Les Chats d’Ulthar

Les Chats d’Ulthar est le titre d’une nouvelle de H.P. Lovecraft, parue en 1926. Dans ce récit, les habitants d’Ulthar s’en tiennent à une règle : « aucun homme n’a le droit de tuer un chat ». En effet, les félins, guidés par la vengeance, se sont révélés redoutables. À travers cette histoire, l’auteur nous rappelle les différentes représentations du chat.

Chats-Ulthar
Chats d’Ulthar représentés par Frej Agelli

Mystérieux animaux de compagnie

Amour et Haine

À Ulthar, les chats vivent en harmonie avec les villageois. Seul un couple de vieux paysans les considère comme des indésirables. Les citoyens n’osent s’approcher de ces marginaux. Leur visage, creusé de rides terrifiantes, suffit à les en dissuader.

Dans leur chaumière, dissimulée sous des chênes centenaires, derrière une cour abandonnée, les deux étranges personnages piègent et tuent les animaux de compagnie de leurs voisins. Personne n’est prêt à leur porter accusation. Mieux vaut plutôt éviter que son compagnon à quatre pattes erre dans le coin.

Chat noir

Un jour, une caravane d’étrangers venue du sud s’installe dans le village. Les voyageurs à la peau sombre intriguent les habitants. Sur la place du marché, ils prédisent la bonne aventure et dépensent leur argent contre des colliers de verroterie.

Chat-Noir
Chat noir

Puis, ils réalisent de curieuses prières. Et que dire des étranges silhouettes peintes sur leurs roulottes ? On y voit des humains avec des têtes de béliers, de chats, de faucons ou encore de lions. D’ailleurs, le chef de cette expédition porte un bonnet décoré d’une paire de cornes et d’un cercle.

 

L’un d’eux, Ménès est un petit orphelin. Il se montre inséparable de son chaton noir. Mais au troisième matin, son ami disparaît. Les villageois lui parlent du couple isolé et de leur haine des félins. Alors l’enfant tend les bras vers le soleil et récite une prière. Bientôt, les nuages prennent de curieuses formes. Le soir venu, les vagabonds quittent Ulthar.

La malédiction des chats

Le lendemain matin, tous les chats demeurent introuvables. Kranon, le maire, accuse les voyageurs de les avoir enlevés pour venger la peine de Ménès. Pour Nith, le notaire, le couple haineux doit encore avoir joué un mauvais tour.

Le jour suivant, à l’aube, tous les familiers réapparaissent. Pendant deux jours, ils refusent de manger leur pâtée ou de boire leur soucoupe de lait. Une semaine plus tard, leurs maîtres se rendent compte que la chaumière des époux maléfiques reste plongée dans le noir.

Accompagné de Shang, le forgeron et de Thul, le tailleur de pierres, Kranon, non sans peur, va voir ce qui se passe dans la maisonnette. Il y trouve deux squelettes parfaitement nettoyés et un grand nombre de scarabées étranges qui grouillent à travers la pièce. Les animaux domestiques semblent s’être livrés à un terrible festin, de quoi être victime d’ailurophobie ! Depuis, plus personne n’a le droit de tuer un chat à Ulthar.

Découvrir d’autres histoires de chats maléfiques.

Représentations du chat

Animal sacré

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Bastet, déesse égyptienne à tête de chat

Dans son récit, Lovecraft, qui adorait les chats, rappelle leur nature divine. En Égypte ancienne, ils étaient l’égal d’un dieu. Ils passaient pour manger les chagrins et, après leur mort, bénéficiaient de l’honneur de la momification.

L’une des divinités les plus appréciées de ce peuple antique est Bastet. Elle présente les traits d’une chatte. Solaire, elle personnifie les bienfaits de l’astre lumineux.

Notons dans la nouvelle une référence au premier homme à avoir régné sur l’Égypte, Ménès. Le nom de Narmer, son prédécesseur lui est parfois attribué.

Cousin du lion

Si la déesse Bastet se montre de nature pacifique, elle garde en elle une autre personnalité, celle de Sekhmet. Cette dernière possède les caractéristiques d’une lionne et symbolise les ravages du Soleil. Violente, elle propage une puissance de feu destructif.

Lovecraft mentionne le chat comme roi de la jungle. En effet, il appartient à la même famille que le redoutable lion, celle des Félidés. Son caractère sauvage ne doit pas être oublié.

Sphinx
Le sphinx, monstre à corps de lion, parent du chat

Le sphinx est un autre de ses parents. Monstre à corps de lion et à tête humaine, il garde l’entrée des sanctuaires et représente le pharaon. Dans la mythologie grecque, la sphinge est son équivalent féminin et dévore les voyageurs incapables de résoudre ses énigmes. Lovecraft précise que la chat demeure plus ancien et plus sage que cette créature.

Compagnon des sorcières

Au Moyen Âge, les chats semblent se doter d’un autre aura, celle du diable. Ils assistent au Sabbat, assemblée nocturne des sorciers. Le démon aime, lui-même, prendre l’aspect d’un félin.

Croiser un chat noir porte malheur. D’ailleurs, notre couple de paysans ne survivra pas à sa rencontre avec celui de l’histoire de Lovecraft…

Découvrir l’univers de Lovecraft.

Le petit +

Ghost Towns : les Chats d’Ulthar est un jeu PC d’objets cachés édité par Big Fish Games.

« À votre arrivée dans la ville d’Ulthar, vous découvrez que le procès d’un garçon pour le meurtre d’un couple âgé se déroule. Sa sœur clame son innocence et vous demande d’en trouver les preuves avant que le verdict ne tombe ! Parcourez la ville à la recherche d’indices sur la disparition du vieux couple et la raison pour laquelle ils capturaient les chats de la ville. Tentez de sauver Ménès d’une condamnation injuste, et découvrez pourquoi les chats sont considérés comme sacrés à Ulthar. »

Récapitulons les principales caractéristiques des chats d’Ulthar

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    H.P. Lovecraft, auteur des Chats d’Ulthar.

    Fonctions : Animaux de compagnie, instruments de la vengeance de Ménès.

  • Apparition : en 1926, dans la nouvelle éponyme.
  • Créateur : H.P. Lovecraft.
  • Parenté : les déesses égyptiennes Bastet et Sekhmet, le lion (famille des Félidés), le sphinx.
  • Représentations : divinités, rois de la jungle, compagnons des sorcières.
  • Culte : animaux sacrés en Égypte antique et maléfiques au Moyen Âge.

Sources :

  • Dictionnaire du diable, des démons et sorciers de Pierre Ripert, 2012
  • Les Chats d’Ulthar (The Cats of Ulthar), nouvelle de H.P. Lovecraft, 1926
  • Dictionnaire Illustré des Arts Divinatoires de Thomas Decker, 1999
  • Dictionnaire des Mythologies de Myriam Philibert, 1998
  • Dictionnaire de la Mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et Roland Harari, 2000.
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Némésis : déesse de la justice distributive et de la vengeance divine

Déesse grecque de la justice distributive, Némésis personnifie peu à peu la vengeance divine. Ses origines remontent à la nuit des temps et ses visages se révèlent nombreux. De nos jours, elle demeure dans l’ombre, mais sa revanche plane sur notre monde.

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Némésis, déesse grecque de la justice distributive et de la vengeance divine

Une divinité vengeresse

Racines ténébreuses

La naissance de Némésis survient peu après la création du monde. Du Chaos primordial ont émergé des forces primitives, dont Nyx, l’inquiétante entité de la nuit. La descendance de cette dernière impressionne, grâce à sa capacité à se reproduire seule. Ce procédé se nomme la parthénogenèse.

La déesse nocturne ne néglige pas pour autant le mélange avec d’autres puissances fondamentales. Ainsi, elle s’unit avec Océan, Titan de la vaste étendue d’eau qui encercle le monde. De cette alliance naît Némésis. Comme son père, son action couvre la terre entière. Comme sa mère, on la redoute.

La noire justicière évoluera dans le désordre originel du néant, puis dans celui des Titans. Le panthéon des Olympiens, mené par Zeus (Jupiter, en latin), leur roi, apportera l’ordre dans l’univers. Némésis y trouvera sa place, car elle présageait déjà un ensemble de règles.

Punitions et récompenses

À la différence de Thémis, Titanide de la justice divine, Némésis s’intéresse aux crimes impunis par la loi humaine. L’arrogance et l’ingratitude sont ainsi jugées. Qu’importe que le délit soit perpétré par un roi ou un paysan, tous subissent le courroux de la sombre déesse.

La ministre des représailles sanctionne, en particulier, les offenses commises par les enfants à l’encontre de leurs parents. Mais elle récompense les valeureux et incarne une justice distributive. L’ordre universel se maintient de cette façon.

Du haut des Cieux, elle épie les mortels. Ses sentences apparaissent sévères, mais équitables. Nul ne reste à l’abri de sa répression. Dans les mythologies grecques et romaines, d’autres créatures pourchassent les criminels : les Érinyes (ou Furies). Elles s’attachent spécifiquement aux crimes familiaux.

Attributs implacables

Debout sur son char, la divine revancharde pose l’index sur sa bouche pour évoquer le silence. Ses symboles, une paire d’ailes et la roue, traduisent le passage éclair de la Fortune dans ce monde. De plus, la roue figure le supplice des pécheurs. La corde incarne son châtiment. D’une main, elle brandit une lance qui exécute sa sentence ; dans l’autre, elle tient un miroir pour dévoiler le vrai visage des coupables.

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Un griffon, compagnon de Némésis

Un cerf, figure d’une longue vie, lui sert de monture. Hybride entre le roi des oiseaux, l’aigle, et le maître des animaux, le lion, le griffon l’accompagne. Cet animal fabuleux reste également fidèle à Zeus et à Hélios, le dieu du Soleil. Les humains dédient à la redoutée Némésis l’oreille droite dont ils lui offrent la reproduction en argent. Le pommier demeure son arbre fétiche.

Pour le peuple des Étrusques, elle porte un diadème de pierres précieuses. Le narcisse la couronne aussi. Un voile dissimule son visage, métaphore de la vengeance impénétrable et de son intervention brutale chez les fauteurs qui se croient en paix.

 

Les multiples visages de la vengeance

Métamorphoses animales

Belle et mystérieuse, Némésis attire la convoitise de Zeus. Pour lui échapper, elle se transforme en castor, en poisson, puis en oie. À son tour, le seigneur de l’Olympe prend la forme d’un magnifique cygne et s’unit avec l’oiselle sauvage. Cet accouplement engendre la naissance de Tyché, dispensatrice de la chance et de la malchance. Au contraire de sa mère, elle distribue bienfaits et méfaits à l’aveugle.

Opportun, Zeus, sous l’apparence de l’oiseau majestueux, aperçoit la sublime reine de Sparte, Léda. Elle se baigne dans le fleuve Eurotas, situé dans la région de Laconie, en Péloponnèse. Le foudroyant immortel ordonne à la déesse de l’amour, Aphrodite (Vénus chez les Romains), de se changer en aigle et de le poursuivre. Le cygne se réfugie dans les bras de Léda et en profite pour la séduire. Neuf mois plus tard, elle accouchera de deux œufs. De l’un sortiront Pollux et Hélène, enfants de Zeus ; de l’autre apparaîtront Castor et Clytemnestre, descendants de Tyndare, le roi spartiate.

Reflets narcissiques

Avec son miroir, dénonciateur des coupables, Némésis va plus loin dans la punition de Narcisse, un garçon d’une beauté exceptionnelle. La vanité du jeune homme repousse toutes ses prétendantes. Après avoir été rejetée par l’éphèbe, l’Oréade (nymphe des montagnes et des grottes) Écho se laisse dépérir.

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Némésis punit Narcisse

Les sœurs de la malheureuse esseulée se plaignent auprès de la déesse de la vengeance qui amène le bourreau des cœurs à apercevoir son reflet dans une fontaine. Aussitôt, il tombe amoureux de son image et se noie pour la rejoindre. Chloris, maîtresse des fleurs, le change en une fleur blanche odorante, le narcisse. Depuis, une personne narcissique désigne un individu qui éprouve un amour excessif pour son image.

En savoir plus sur Chloris, nymphe de la flore

 

Surnoms de la justice punitive

La fatale Némésis se confond avec Adrastée, fille de Zeus et d’Anancé, la Nécessité aux mains de bronze. Selon les Égyptiens, cette furie juge les criminels du haut de la lune. Dotée d’ailes, elle abat sa fureur sur les mortels. Elle porte une couronne rehaussée d’une corne de cerf. Outre sa ressemblance, Némésis prend le nom d’Adrastée en raison d’Adraste, le premier à lui avoir dédié un temple.

Avec Thémis, elle partage le surnom d’Ichné, « qui marche sur les traces », car elle ne se trouve jamais loin derrière les pas des humains répréhensibles. Un autre de ses noms, Rhamnusia, se réfère à sa statue située à Rhamnus, cité de l’Attique.

L’héritage de Némésis

Statue controversée

La statue de Némésis à Rhamnus émerge d’un concours entre Agoracrite et Alcamène, disciples du sculpteur Phidias. Les Athéniens, sensibles à la beauté, désirent une vénus, statuette pleine de grâce, pour leur cité. Dès lors, Alcamène, originaire d’Athènes, s’attelle à sculpter une version d’Athéna (Minerve, en latin), protectrice divine de la ville. Agoracrite, lui, se tourne vers Aphrodite (qui porte d’ailleurs le nom romain de Vénus) pour servir de modèle.

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Vestiges du temple de Némésis à Rhamnus

D’un seul bloc du plus marbre de Paros, île de la mer Égée et patrie d’Agoracrite, l’artiste crée une sculpture éblouissante. Mais le peuple lui préfère l’œuvre de son concurrent, enfant de la cité. Cette injustice se paie lorsque les habitants, subjugués par la représentation de la déesse de l’amour, veulent à tout prix la garder. Le perdant y consent à la condition que son travail ne soit pas exposé à Athènes. Pour marquer sa revanche, il modifie le visage d’Aphrodite par celui de Némésis. Les attributs deviennent une couronne surmontée de petites figures de cerfs et de victoires, et une branche de pommier tenue dans une main. La statue est placée à Rhamnus, autre cité de l’Attique. Face à sa grandeur, un temple se construit pour l’entourer.

À Rome, un autel est consacré à Némésis. Les guerriers, avant une bataille, lui immolent des victimes et lui offrent leur glaive. Les Némésées, fêtes funèbres, se célèbrent en son honneur, car elle veille sur les cadavres et punit ceux qui les souillent.

Sombre jumelle du Soleil

De nos jours, Némésis prête son nom à une étoile noire hypothétique. Elle serait dissimulée dans l’ombre du Soleil et orbiterait autour de lui. Tous les 26 millions d’années, l’astre maléfique provoquerait une catastrophe sur Terre lorsqu’il demeure au plus proche du Soleil.

En effet, une sphère de comètes, le nuage d’Oort, entoure notre système solaire. L’étoile sombre occasionnerait des perturbations gravitationnelles à l’origine de la chute de comètes sur la planète bleue. Cette théorie, émise dans les années 80 par Richard A. Muller, reste toujours une hypothèse.

En savoir plus sur l’étoile Némésis (en anglais)

Synthèse de l’article en français

Pire ennemie

Le mot « Némésis » signifie la fatalité. Dans la langue française, il devient synonyme de colère et de vengeance divine.

Un némésis s’emploie de plus en plus dans le langage courant comme la désignation de son pire ennemi. D’ailleurs, dans le jeu vidéo de survival-horror Resident Evil 3, le Nemesis est un monstre destiné à éliminer les S.T.A.R.S., unité spéciale de police, dont fait partie Jill Valentine, l’héroïne. Seul l’aspect vengeur de Némésis semble perdurer à notre époque.

 

Récapitulons les principales caractéristiques de la déesse grecque Némésis

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Lance, pomme, griffon, roue, font partis des symboles de la divinité
  • Fonctions : justice distributive et vengeance divine.
  • Étymologie : fatalité.
  • Parenté : Fille de Nyx, la Nuit, et du Titan Océan.
  • Descendance : Tyché, la Fortune, avec Zeus.
  • Attributs : paire d’ailes, roue, corde, lance, miroir révélateur, char, cerf, griffon, oreille droite, pommier, narcisse, voile.
  • Capacités : don de métamorphoses, révélation des vrais visages.
  • Autres noms : Adrastée, Ichné, Rhamnusia.
  • Fêtes : les Némésées.
  • Culte : statue et temple à Rhamnus.
  • Aujourd’hui : hypothétique sœur jumelle du Soleil, désignation de son pire ennemi.

 

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Sources :

  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert & Roland Harari, 2000
  • Dictionnaire de l’Académie française
  • Dictionnaire des Mythologies de Myriam Philibert, 1997
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829
  • Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772
  • Dictionnaire des Symboles de Jean Chevalier, 1969
  • Dictionnaire de la Fable ou Mythologie de François Noël, 1803
  • L’Univers et ses Mystères n°111 : Némésis, la jumelle maléfique du Soleil de Showshank films, 2013

 

La gargouille

Dégorgeoir par lequel s’évacue l’eau des gouttières, la gargouille, statue de pierre, orne les cathédrales. Pourquoi avoir choisi cette effigie monstrueuse ? Remontons en l’an 520, à Rouen, là où la vraie gargouille montre son museau pour la première fois…

gargouille

En plein Moyen Âge, un monstre volant surgit des eaux de la Seine. Ses yeux, rouges perçants, repèrent des passants. En plein vol, elle saisit les malheureux et les déchiquette. La gargouille effectue une entrée fracassante dans la ville de Rouen. Bientôt, une inondation menace la ville, car la créature volante crache des torrents de rage.

Alors qu’il escorte un criminel, Saint Romain, premier évêque de Rouen, aperçoit la gargouille. Il la suit jusque dans la caverne qu’elle s’est construite, au bord de la Seine. Sûr de sa foi, il effectue un signe de croix qui calme la bête. Mais cela reste bien trop dangereux de s’en approcher. Le détenu surgit et, pour se repentir de ses crimes, enchaîne la gargouille. Tous deux l’amènent sur la place publique où les diocésains, ne croyant pas en la rédemption du monstre, ordonnent de le brûler. Pour rappeler cette victoire, tous les ans, à Rouen, le jour de l’Ascension, un criminel obtient grâce.

Gargouille de Paris

Constatant que la gargouille, avant son exécution, s’est tournée vers Dieu, le diable maudit toute son espèce. Les gargouilles se réfugient sur les toits des édifices, comme sur la cathédrale Notre-Dame de Paris, et se pétrifient sous les rayons du soleil. Désormais, elles demeurent les gardiennes des édifices religieux. En évacuant l’eau des gouttières, elles purifient le lieu. Leur présence permet de chasser les mauvais esprits. Sous le silence de la nuit, elles redeviennent vivantes et s’envolent jusqu’à l’aube.

Le petit +

Le mot « gargouille » se compose de la racine « garg » qui signifie gorge et de l’ancien français « goule », c’est-à-dire gueule.


Sources :

  • Dictionnaire de l’Académie française
  • Dictionnaire des sciences occultes de Jacques Collin de Plancy, 1846
  • L’Encyclopédie de la fantasy de Judy Allen, 2006
  • L’Encyclopédie du Merveilleux : du bestiaire fantastique d’Édouard Brasey, 2006
  • Revue des traditions populaires, 1980

Crédits images :

  • La Gargouille sous la tempête de Darksouls1, sur Pixabay.
  • La Gargouille de Paris de Pexels, sur Pixabay.

Janus : dieu aux deux visages

Mystérieux, Janus demeure une des plus anciennes divinités romaines. Aucune autre mythologie ne fait référence à ce dieu aux deux visages. Il veille sur les portes qui prennent bien des formes.

Janus-dieu

Autrefois, Janus régnait sur l’Italie. Il y accueillit Saturne, titan du temps, exilé du ciel par son fils Jupiter. Pour le remercier, le dieu banni lui fit don de la prudence et de la connaissance du passé et de l’avenir. Janus utilisa ses nouveaux pouvoirs pour protéger les foyers avec des portes, des serrures et des clés. Le lituus, un bâton augural à l’extrémité recourbée, concentre ses capacités de voyance.

Dieu romain des portes, Janus surveille à la fois les entrées et les sorties d’où son double visage. Sa fonction se révèle plus complexe qu’il n’y paraît. Ainsi, son vieux visage barbu se tourne vers le passé, la terre et endure le solstice d’hiver. Son jeune visage, au contraire, regarde le futur, le ciel et s’illumine du solstice d’été.

La clef est l’attribut principal de Janus. Avec les Heures romaines, nymphes des saisons, il garde les portes célestes. D’ailleurs, il est parfois affublé de quatre faces qui représentent les saisons. Le nombre 65 figure au creux de sa main gauche. Dans celle de droite, c’est le nombre 300 qui s’y trouve. Le tout correspond aux jours de l’année.

Très vite, Janus symbolise les commencements : le début du jour, de l’année… Il donne son nom au premier mois, januarius, qui deviendra janvier. Puis, les Januales, dédiées au dieu, se fêtent le premier janvier. Amis et parents s’y offrent des étrennes sous la forme de feuilles de laurier ou de figues sèches. Janus reçoit, en offrande, un gâteau nommé janual. Son double visage suggère qu’il est également le dieu des fins.

dieu-JanusJanus séduit plusieurs nymphes comme Carna. Rusée, celle-ci échappe à ses prétendants en les amenant dans une grotte d’où elle se sauve à la faveur de l’obscurité. Avec sa double vision, Janus comprend son stratagème et la rattrape. La nymphe, qui avait fait vœu de chasteté, cède à la divinité.

Pour la remercier, Janus lui offre le pouvoir sur les gonds des portes. Loin de se contenter de ce rôle, Carna devient une puissante déesse. Elle prend soin des mortels en protégeant leurs organes vitaux et en leur procurant du bien-être. Elle vieille sur le sommeil des nouveau-nés en repoussant les attaques des Stryges, des démons femelles ailés.

Érigées aux portes des villes, des arches à quatre faces servaient de sanctuaires à Janus. Son temple principal se caractérisait par l’ouverture de ses portes en temps de guerre et leur fermeture lors de la paix.

Le petit +

Janus est qualifié de biphormis, c’est-à-dire d’une forme qui appartient à deux natures différentes ou avec deux visages. Les Centaures ou le Minotaure sont aussi des êtres biphormis.


Sources :

  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert & Roland Harari, 2000
  • Dictionnaire des Mythologies de Myriam Philibert, 1997
  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863
  • Dictionnaire abrégé de la Fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837

Dame Trude, la sorcière diabolique

La mauvaise réputation de Dame Trude se répand dans tout le village. Pour autant, n’occupe-t-elle pas une demeure fantastique ? Les objets de sa maison ne ressemblent à rien de connu. Bien sûr, ils paraissent étranges, mais la véritable apparence de la dame l’est encore plus…

Dame Trude

 

Dame Trude vit au fond des bois. Son habitation est réputée fantastique par les objets qui la composent. Très vite, son nom s’emploie comme synonyme de « sorcière ». Pas question de lui rendre visite !

Pour une fillette désobéissante, la curiosité devient trop forte. La voilà en chemin chez Dame Trude, malgré l’avertissement de ses parents. Lorsqu’elle arrive à destination, l’enfant ressent de l’effroi.

Pourtant, Dame Trude l’accueille chaleureusement :

« Pourquoi es-tu si pâle ? »

La fillette lui raconte qu’elle a vu, à tour de rôle, plusieurs hommes bizarres sortir de la maison : un noir, un vert et un tout rouge de sang.

Dame Trude la rassure. L’homme noir se trouve être un charbonnier et l’homme vert correspond à un chasseur en uniforme. Quant à l’homme rouge, ce n’est rien d’autre qu’un boucher.

Cependant, la petite a regardé par la fenêtre de la maison et, à la place d’y voir Dame Trude, elle a aperçu le diable avec une tête de feu. La dame lui révèle alors que c’est elle qu’elle a aperçue, sous son apparence de sorcière diabolique.

Comme la fillette l’a vue sous sa forme originelle, Dame Trude peut désormais utiliser ses pouvoirs sur elle. Elle la transforme en bûche et la jette aussitôt au feu. La sorcière se réchauffe ainsi, en attendant le prochain curieux…

Le petit +

Dame Trude reste l’un des rares contes des frères Grimm où la méchante sorcière triomphe à la fin.


 

Source :

  • Contes de l’enfance et du foyer, recueil des frères Grimm (1812)

Crédit image :

  • Frau Trude par Kywyn, 2011

Clytie, la nymphe amoureuse du Soleil

La belle Clytie rayonne d’amour pour le dieu du Soleil, Hélios. Quand celui-ci se détourne d’elle pour la princesse Leucothoé, la jalousie l’emporte. Les deux rivales connaîtront toutes les deux un sort tragique et une métamorphose liée à l’astre du jour.

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Océanide des eaux glorieuses, Clytie est la fille d’Océan et de Téthys. Lors de sa course pour propager la lumière sur la terre, Hélios l’aperçoit et nourrit une passion brûlante partagée.

Tout bascule le jour où Hélios, surnommé « celui qui voit tout » surprend Aphrodite, la déesse de l’amour, dans les bras de son amant Arès, le dieu de la guerre. Aussitôt, il s’empresse d’avertir Héphaïstos, l’époux de la déesse. Aphrodite, contrariée par les révélations d’Hélios, lui inspire une passion pour la princesse de Perse, la belle Leucothoé.

Habituée à recevoir les rayons réconfortants d’Hélios, Clytie s’étonne de l’absence de son amant. Elle découvre que le dieu solaire l’a délaissée pour Leucothoé. Folle de jalousie, elle dénonce sa rivale auprès de son père, le roi Orchame.

Outré par le comportement de sa fille, le roi prend une décision radicale : pour empêcher Hélios de voir Leucothoé, il ensevelit la princesse vivante durant la nuit ! Au petit matin, le dieu constate, avec tristesse, la mort de sa bien-aimée. Il verse, pour l’honorer, un nectar parfumé sur la terre qui recouvre sa dépouille. Bientôt, le corps de la pauvre princesse se transforme en un arbre qui émet du parfum lorsqu’on le brûle. L’arbre à encens, qui pousse même dans des zones très ensoleillées, vient de naître.

Après la mort de sa rivale, Clytie espère retrouver les faveurs du dieu. Indigné par son geste, Hélios délaisse la nymphe et la prive de sa lumière. Clytie, désespérée, s’isole des autres océanides et erre dans le désert. Pendant neuf jours, elle reste sans manger ni boire, fixant la course du Soleil.

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Par pitié, Hélios finit par métamorphoser Clytie en une fleur. Sous cette forme, la nymphe continue de tourner son regard vers Hélios. Cette fleur prit le nom de tournesol et est qualifiée d’héliotrope, ce qui signifie qu’elle suit la rotation du Soleil. Les Anciens racontent que le tournesol fait mourir l’arbre à encens.

 

Tout comme Hélios a porté son regard sur elle, Clytie reste à jamais tourné vers celui qu’elle aime.

 

Le petit +

Le tournesol est aussi appelé l’herbe de Clytie.


Sources :

  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert & Roland Harari, 2000
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829
  • La mythologie et les fables expliquées par l’Histoire de Briasson, 1738
  • Mythologie grecque et romaine ou Introduction facile et méthodique à la lecture des poètes de Jean Humbert
  • Traité de mythologie ou explication de la fable par l’histoire et les hiéroglyphes de Jean-Jacques Lionnois, 1808

Crédit Images :

  • Clytie par Louis Welden Hawkins
  • Helios and Clytie par Melinda McCarthy, 2015

Appel à histoires courtes et dessins sur le thème de la reine de pique & concours « indigo » prolongé

Malgré de nombreuses histoires reçues, le concours sur le thème de l’indigo n’a pas trouvé son gagnant. Le Royaume Bleu n’a pas eu de coup de cœur. L’appel à textes et à dessins est donc prolongé jusqu’au 31 janvier 2019.

Suite à la lecture de vos récits, voici les points qui nous semblent importants de souligner :

  • Le but est de proposer une approche originale du thème. Utiliser l’indigo comme couleur ou sous la forme d’une pierre n’est pas original. Par exemple, l’indigo peut se révéler le nom d’un monstre mystérieux, d’un nouveau traitement médical ou si vous l’utilisez comme couleur, qu’à-t-elle de spéciale par rapport aux autres couleurs ? Laissez libre cours à votre imagination !
  • Pour le concours sur le thème du trident, nous avions reçu beaucoup d’histoires dont la particularité de cet objet consistait à commander la mer. Vous en conviendrez que cela n’apporte rien de nouveau. Cet objet aurait pu devenir une arme, la fourchette d’un géant, une clef et bien d’autres choses.
  • L‘intention de l’œuvre que nous demandons précise votre regard nouveau, votre approche originale, sur le thème. Par exemple, dans votre histoire, l’indigo n’est pas traité comme une couleur, mais un élément au même titre que l’eau ou le feu.
  • Nous constatons souvent que l’auteur développe bien son intrigue en trois pages, mais n’a pas prévu de place pour la fin qui demeure pourtant essentielle.
  • Nous sommes là pour lire vos textes et non les relire. Nous ne fournirons donc plus de commentaires constructifs, si votre histoire n’est pas aboutie et corrigée au niveau de la langue française.
  • Votre histoire doit comporter un titre.

En attendant de nouvelles histoires sur le thème de l’indigo, nous vous proposons un nouveau défi sur le thème de la reine de pique.

dame de pique

 

La reine de pique (ou dame de pique) est une carte à jouer. Dans Alice au Pays des Merveilles, Lewis Carroll a offert une histoire à la reine de cœur. Quelle sera l’histoire de votre reine de pique ?

 

Attention, l’histoire doit être traitée de façon originale : la reine de pique n’est pas forcément humaine, ni même un être vivant. Laissez libre cours à votre imagination et amusez-vous !

 

Consignes :

  • 1 histoire et/ou 1 dessin par auteur
  • 3 pages maximum
  • Genre imaginaire : merveilleux, fantastique, horreur, science-fiction, fantasy
  • Format OpenOffice ou Word pour les textes, format JPEG pour les illustrations
  • Envoi à l’adresse mail royaumebleu@hotmail.com avec en objet « Dame de Pique ».
  • Préciser dans le mail : nom et prénom de l’auteur (ou pseudo) et intention de l’œuvre (comment vous traitez le thème de façon originale dans votre histoire)
  • Votre texte ou votre illustration doivent être inédits.

Date limite de soumission : le 31 mars 2019

Un accusé de réception sera envoyé une fois l’œuvre reçue.

Nos appels à histoires et à illustrations sont basés sur le bénévolat et ne donnent pas lieu à une rémunération. De ce fait, les artistes conserveront leurs droits sur leurs productions.

Les meilleures créations figureront dans la rubrique « Parchemins ».

Bonne chance à tous !