Némésis : déesse de la justice distributive et de la vengeance divine

Déesse grecque de la justice distributive, Némésis personnifie peu à peu la vengeance divine. Ses origines remontent à la nuit des temps et ses visages se révèlent nombreux. De nos jours, elle demeure dans l’ombre, mais sa revanche plane sur notre monde.

Némésis-déesse-justice-distributive-vengeance-divine
Némésis, déesse grecque de la justice distributive et de la vengeance divine

Une divinité vengeresse

Racines ténébreuses

La naissance de Némésis survient peu après la création du monde. Du Chaos primordial ont émergé des forces primitives, dont Nyx, l’inquiétante entité de la nuit. La descendance de cette dernière impressionne, grâce à sa capacité à se reproduire seule. Ce procédé se nomme la parthénogenèse.

La déesse nocturne ne néglige pas pour autant le mélange avec d’autres puissances fondamentales. Ainsi, elle s’unit avec Océan, Titan de la vaste étendue d’eau qui encercle le monde. De cette alliance naît Némésis. Comme son père, son action couvre la terre entière. Comme sa mère, on la redoute.

La noire justicière évoluera dans le désordre originel du néant, puis dans celui des Titans. Le panthéon des Olympiens, mené par Zeus (Jupiter, en latin), leur roi, apportera l’ordre dans l’univers. Némésis y trouvera sa place, car elle présageait déjà un ensemble de règles.

Punitions et récompenses

À la différence de Thémis, Titanide de la justice divine, Némésis s’intéresse aux crimes impunis par la loi humaine. L’arrogance et l’ingratitude sont ainsi jugées. Qu’importe que le délit soit perpétré par un roi ou un paysan, tous subissent le courroux de la sombre déesse.

La ministre des représailles sanctionne, en particulier, les offenses commises par les enfants à l’encontre de leurs parents. Mais elle récompense les valeureux et incarne une justice distributive. L’ordre universel se maintient de cette façon.

Du haut des Cieux, elle épie les mortels. Ses sentences apparaissent sévères, mais équitables. Nul ne reste à l’abri de sa répression. Dans les mythologies grecques et romaines, d’autres créatures pourchassent les criminels : les Érinyes (ou Furies). Elles s’attachent spécifiquement aux crimes familiaux.

Attributs implacables

Debout sur son char, la divine revancharde pose l’index sur sa bouche pour évoquer le silence. Ses symboles, une paire d’ailes et la roue, traduisent le passage éclair de la Fortune dans ce monde. De plus, la roue figure le supplice des pécheurs. La corde incarne son châtiment. D’une main, elle brandit une lance qui exécute sa sentence ; dans l’autre, elle tient un miroir pour dévoiler le vrai visage des coupables.

griffon
Un griffon, compagnon de Némésis

Un cerf, figure d’une longue vie, lui sert de monture. Hybride entre le roi des oiseaux, l’aigle, et le maître des animaux, le lion, le griffon l’accompagne. Cet animal fabuleux reste également fidèle à Zeus et à Hélios, le dieu du Soleil. Les humains dédient à la redoutée Némésis l’oreille droite dont ils lui offrent la reproduction en argent. Le pommier demeure son arbre fétiche.

Pour le peuple des Étrusques, elle porte un diadème de pierres précieuses. Le narcisse la couronne aussi. Un voile dissimule son visage, métaphore de la vengeance impénétrable et de son intervention brutale chez les fauteurs qui se croient en paix.

 

Les multiples visages de la vengeance

Métamorphoses animales

Belle et mystérieuse, Némésis attire la convoitise de Zeus. Pour lui échapper, elle se transforme en castor, en poisson, puis en oie. À son tour, le seigneur de l’Olympe prend la forme d’un magnifique cygne et s’unit avec l’oiselle sauvage. Cet accouplement engendre la naissance de Tyché, dispensatrice de la chance et de la malchance. Au contraire de sa mère, elle distribue bienfaits et méfaits à l’aveugle.

Opportun, Zeus, sous l’apparence de l’oiseau majestueux, aperçoit la sublime reine de Sparte, Léda. Elle se baigne dans le fleuve Eurotas, situé dans la région de Laconie, en Péloponnèse. Le foudroyant immortel ordonne à la déesse de l’amour, Aphrodite (Vénus chez les Romains), de se changer en aigle et de le poursuivre. Le cygne se réfugie dans les bras de Léda et en profite pour la séduire. Neuf mois plus tard, elle accouchera de deux œufs. De l’un sortiront Pollux et Hélène, enfants de Zeus ; de l’autre apparaîtront Castor et Clytemnestre, descendants de Tyndare, le roi spartiate.

Reflets narcissiques

Avec son miroir, dénonciateur des coupables, Némésis va plus loin dans la punition de Narcisse, un garçon d’une beauté exceptionnelle. La vanité du jeune homme repousse toutes ses prétendantes. Après avoir été rejetée par l’éphèbe, l’Oréade (nymphe des montagnes et des grottes) Écho se laisse dépérir.

Narcisse-Némésis
Némésis punit Narcisse

Les sœurs de la malheureuse esseulée se plaignent auprès de la déesse de la vengeance qui amène le bourreau des cœurs à apercevoir son reflet dans une fontaine. Aussitôt, il tombe amoureux de son image et se noie pour la rejoindre. Chloris, maîtresse des fleurs, le change en une fleur blanche odorante, le narcisse. Depuis, une personne narcissique désigne un individu qui éprouve un amour excessif pour son image.

En savoir plus sur Chloris, nymphe de la flore

 

Surnoms de la justice punitive

La fatale Némésis se confond avec Adrastée, fille de Zeus et d’Anancé, la Nécessité aux mains de bronze. Selon les Égyptiens, cette furie juge les criminels du haut de la lune. Dotée d’ailes, elle abat sa fureur sur les mortels. Elle porte une couronne rehaussée d’une corne de cerf. Outre sa ressemblance, Némésis prend le nom d’Adrastée en raison d’Adraste, le premier à lui avoir dédié un temple.

Avec Thémis, elle partage le surnom d’Ichné, « qui marche sur les traces », car elle ne se trouve jamais loin derrière les pas des humains répréhensibles. Un autre de ses noms, Rhamnusia, se réfère à sa statue située à Rhamnus, cité de l’Attique.

L’héritage de Némésis

Statue controversée

La statue de Némésis à Rhamnus émerge d’un concours entre Agoracrite et Alcamène, disciples du sculpteur Phidias. Les Athéniens, sensibles à la beauté, désirent une vénus, statuette pleine de grâce, pour leur cité. Dès lors, Alcamène, originaire d’Athènes, s’attelle à sculpter une version d’Athéna (Minerve, en latin), protectrice divine de la ville. Agoracrite, lui, se tourne vers Aphrodite (qui porte d’ailleurs le nom romain de Vénus) pour servir de modèle.

vestiges-temple-Némésis-Rhamnus
Vestiges du temple de Némésis à Rhamnus

D’un seul bloc du plus marbre de Paros, île de la mer Égée et patrie d’Agoracrite, l’artiste crée une sculpture éblouissante. Mais le peuple lui préfère l’œuvre de son concurrent, enfant de la cité. Cette injustice se paie lorsque les habitants, subjugués par la représentation de la déesse de l’amour, veulent à tout prix la garder. Le perdant y consent à la condition que son travail ne soit pas exposé à Athènes. Pour marquer sa revanche, il modifie le visage d’Aphrodite par celui de Némésis. Les attributs deviennent une couronne surmontée de petites figures de cerfs et de victoires, et une branche de pommier tenue dans une main. La statue est placée à Rhamnus, autre cité de l’Attique. Face à sa grandeur, un temple se construit pour l’entourer.

À Rome, un autel est consacré à Némésis. Les guerriers, avant une bataille, lui immolent des victimes et lui offrent leur glaive. Les Némésées, fêtes funèbres, se célèbrent en son honneur, car elle veille sur les cadavres et punit ceux qui les souillent.

Sombre jumelle du Soleil

De nos jours, Némésis prête son nom à une étoile noire hypothétique. Elle serait dissimulée dans l’ombre du Soleil et orbiterait autour de lui. Tous les 26 millions d’années, l’astre maléfique provoquerait une catastrophe sur Terre lorsqu’il demeure au plus proche du Soleil.

En effet, une sphère de comètes, le nuage d’Oort, entoure notre système solaire. L’étoile sombre occasionnerait des perturbations gravitationnelles à l’origine de la chute de comètes sur la planète bleue. Cette théorie, émise dans les années 80 par Richard A. Muller, reste toujours une hypothèse.

En savoir plus sur l’étoile Némésis (en anglais)

Synthèse de l’article en français

Pire ennemie

Le mot « Némésis » signifie la fatalité. Dans la langue française, il devient synonyme de colère et de vengeance divine.

Un némésis s’emploie de plus en plus dans le langage courant comme la désignation de son pire ennemi. D’ailleurs, dans le jeu vidéo de survival-horror Resident Evil 3, le Nemesis est un monstre destiné à éliminer les S.T.A.R.S., unité spéciale de police, dont fait partie Jill Valentine, l’héroïne. Seul l’aspect vengeur de Némésis semble perdurer à notre époque.

 

Récapitulons les principales caractéristiques de la déesse grecque Némésis

attributs-déesse-Némésis
Lance, pomme, griffon, roue, font partis des symboles de la divinité
  • Fonctions : justice distributive et vengeance divine.
  • Étymologie : fatalité.
  • Parenté : Fille de Nyx, la Nuit, et du Titan Océan.
  • Descendance : Tyché, la Fortune, avec Zeus.
  • Attributs : paire d’ailes, roue, corde, lance, miroir révélateur, char, cerf, griffon, oreille droite, pommier, narcisse, voile.
  • Capacités : don de métamorphoses, révélation des vrais visages.
  • Autres noms : Adrastée, Ichné, Rhamnusia.
  • Fêtes : les Némésées.
  • Culte : statue et temple à Rhamnus.
  • Aujourd’hui : hypothétique sœur jumelle du Soleil, désignation de son pire ennemi.

 

Vous avez apprécié cette histoire ? N’hésitez pas à rejoindre le Royaume Bleu sur les réseaux sociaux et à laisser en commentaires vos impressions et envies d’articles.

Suivre le Royaume Bleu sur Facebook

Suivre le Royaume Bleu sur Twitter


Sources :

  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert & Roland Harari, 2000
  • Dictionnaire de l’Académie française
  • Dictionnaire des Mythologies de Myriam Philibert, 1997
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829
  • Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772
  • Dictionnaire des Symboles de Jean Chevalier, 1969
  • Dictionnaire de la Fable ou Mythologie de François Noël, 1803
  • L’Univers et ses Mystères n°111 : Némésis, la jumelle maléfique du Soleil de Showshank films, 2013

 

Publicités

Un commentaire sur “Némésis : déesse de la justice distributive et de la vengeance divine

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s