Mormô : épouvantail grec des craintes vaines et enfantines

Dévoreuse d’enfants, Mormô demeure un terrible croquemitaine de l’Antiquité grecque. Ses multiples formes représentent les terreurs vaines et enfantines. Associé au monde infernal, cet épouvantail se retrouve dans des masques à l’aspect terrifiant. La simple prononciation de son nom suscite la crainte chez les enfants.

Mormo, un épouvantail grec qui effraie les enfants

Reine de l’épouvante

Tout commence dans la cité grecque de Corinthe située sur l’isthme éponyme où une jeune femme du nom de Mormô se livre à un crime effroyable. En effet, un jour, elle en vient à dévorer ses propres enfants. Les mythologues ignorent la vie qu’elle menait et la raison qui la poussa à commettre l’irréparable.

Quoi qu’il en soit, l’ogresse devient un affreux croquemitaine destiné à effrayer les enfants pas sages. Son nom signifie « épouvantail », un signe déjà de sa nature inquiétante. À l’origine, les épouvantails ne désignaient pas les mannequins disposés dans les champs et les jardins pour affoler les oiseaux. Ils représentaient toutes choses qui inspiraient de vaines terreurs. Pour contenir les petits indisciplinés, les Grecs, et notamment les nourrices, en évoquaient d’autres comme Acco ou Alphito, toutes des femmes qui rappellent les vilaines sorcières.

Le personnage de Mormô reprend cette idée. Dotée du don de métamorphoses, elle apparaît sous la forme d’un cheval, d’un loup ou même un gémissement angoissant, un bruit sourd. Son nom seul suffit à insuffler la crainte chez l’enfant turbulent. Les peurs enfantines se manifestent souvent dans l’irrationnel et Mormô représente bien le principe d’une peur infondée.

Spectre infernal

Mormô fait partie des apparitions. Déesse de la magie, Hécate l’invoque pour effrayer les mortels comme d’autres fantômes féminins tels qu’Empusa (ou l’empuse). Les jeunes ayant des terreurs différentes, Mormô se démultiplie pour donner naissance à un groupe de spectres hideux, les Mormones. Elles prenaient l’apparence de féroces animaux pour susciter l’effroi.

L’épouvantable spectre possède ainsi un lien avec le monde des enfers. Sous l’appellation de Mormolycia, « loup terrible », elle devient la nourrice d’Achéron, le fleuve infernal de la douleur. L’association avec le loup rappelle sa nature cannibale et le monstre menaçant qui rôde dans les parages. D’ailleurs, le canidé sauvage inquiète dans les contes merveilleux et se nourrit de chair humaine, comme dans le Petit Chaperon rouge. D’autre part, le nom de Mormô suggère le murmure bouillonnant de l’eau et le rattache à l’Achéron.

Découvrez l’histoire d’Hécate, déesse de la magie et des spectres

Épouvantail masqué

Dérivé de Mormô, le mormolukeion désigne une sorte de masque qui représente les ombres au théâtre. Il signifie à la fois « épouvante » et « masque ». Par extension, il correspond aux masques tragiques et aux créatures épouvantables.

Un masque de Satyre à l'époque romaine
Un masque de satyre à l’époque romaine.

Les femmes se servaient des mormolukeia pour intimider leur progéniture. Suspendus aux temples de Dionysos, dieu de la vigne, ces faux-visages conjuraient le mauvais sort et rappelaient les visages inquiétants des Satyres.

Tout comme Mormô figure une crainte irréelle, le masque demeure un simple objet et non le vrai visage qui se dissimule derrière. Il rappelle la capacité de métamorphoses de la femme-épouvantail. Notons que le terme « loup » définit aussi un demi-masque de tissu noir que les dames portaient autrefois.


Sources :

  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863.
  • Dictionnaire de la fable de François Noël, 1803.
  • Comment effrayer les enfants : le cas de Mormô/Mormolukê et du mormolukeion de Maria Patera, 2005.
  • Figures grecques de l’épouvante de l’antiquité au présent : Peurs enfantines et adultes de Maria Patera, 2014.
  • Dictionnaire de l’Académie française.
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King’s Quest VII : The Princeless Bride

Inspiré par les contes de fées, le jeu vidéo King’s Quest VII : The Princeless Bride sort en 1994 sur PC. L’aventure nous plonge dans l’histoire d’une famille royale. Grâce à des graphismes à la Disney et à des personnages magiques, le succès est immédiat. Bienvenue dans la féerie du royaume de Daventry !

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King’s Quest : la quête d’une famille royale

Sir Graham : de chevalier à roi

La saga des jeux King’s Quest se caractérise par le fait d’incarner les membres d’une même lignée à chaque épisode. C’est l’histoire de la famille royale du royaume de Daventry.

Le preux chevalier Graham
Le preux chevalier Graham se lance en quête des objets mystiques de Daventry.

Dans le premier opus, Quest for the Crown, le vieux roi de Daventry demeure sans enfants et donc sans héritier pour lui succéder. Il convoque son chevalier le plus loyal, Sir Graham, pour lui faire une proposition. S’il parvient à retrouver les trois objets magiques disparus de la contrée, il deviendra le nouveau monarque.

Intéressé par la couronne afin de perpétuer la paix dans le pays, Graham se lance en quête d’un miroir capable de prédire l’avenir, d’un coffre toujours rempli d’or et d’un bouclier qui repousse tous les ennemis.

Après avoir croisé diverses créatures fantastiques telles que dragon, fée et nain, il regagne le château avec les trois éléments féeriques. Soulagé, le roi s’effondre et son fidèle serviteur accède au trône.

La reine Valanice dans King's Quest
L’image de la belle Valanice apparaît dans le miroir enchanté.

Dans la suite, Romancing the Throne, Graham règne en sage souverain. Le goût de l’aventure commence à lui manquer. Pour connaître son futur, il interroge le miroir qui lui montre une charmante femme, dans un pays étranger. Il ressent le coup de foudre et part aussitôt pour les terres sableuses de Kolyma. Après mille périples, il rencontre Valanice, sa promise, et se marie avec elle.

 

 

Sorti en 1984, lepremier volet est disponible en abandonware, sur PC :

Alexander et Rosella : les dignes héritiers

Le troisième opus, To heir is human, brouille les pistes en proposant l’aventure dans la peau de Gwydion, un esclave au service du maléfique magicien Manannan, dans le pays de Llewdor. En réalité, Gwydion n’est autre que le prince Alexander, enlevé par le sorcier. Lorsqu’il l’apprendra, il retournera chez lui, en délivrant au passage sa sœur Rosella promise à un dragon.

La famille royale de Daventry
La famille royale de Daventry

Les aventures de la famille se poursuivent avec le quatrième épisode, The Perils of Rosella. Graham se pose la question de savoir qui de ses deux enfants pourra le mieux lui succéder, un jour. Pour répondre à son interrogation, il lance son chapeau et attend le verdict du destin. Brusquement, il tombe malade. La princesse Rosella, inquiète, aperçoit dans le miroir une fée nommée Genesta qui lui indique qu’un fruit guérisseur pousse dans la région de Tamir. Cette fois-ci, c’est au tour de la fille d’entamer sa quête !

Graham, sauvé d’une mort certaine, assiste, dans le cinquième volet Absence Make the Heart Go Yonder !, à la disparition de son château et de sa famille. Pour ramener l’ordre, il affronte le puissant mage Mordack. Dans King’s Quest VI : Heir Today, Gone Tomorrow, l’histoire continue avec le fils Alexander qui part à la rescousse de la princesse Cassima.

Rosella et Valanice : les femmes de la famille

Nous voilà arrivés à King’s Quest VII et en 1994 ! Telle une héroïne de Disney, la princesse Rosella chante sa liberté. Mais à vingt ans, elle ne se trouve toujours pas mariée et sa mère Valanice tente de la convaincre de laisser un de ses prétendants devenir son époux.

Un jour de promenade dans la forêt, la jeune femme préfère s’amuser à tourner son doigt dans un cours d’eau que d’écouter les propos de sa mère sur son avenir. Tout à coup, un drôle d’hippocampe ailé, semblable à une fée, remonte à la surface et tombe nez à nez avec elle. Alors qu’elle essaie de l’attraper, il plonge et s’enfuit dans les profondeurs de la rivière. C’est là qu’elle aperçoit un autre monde et décide de sauter à l’eau !

Rosella et Valanice dans King's Quest 7
Prises dans un tourbillon, Rosella et Valanice sont séparées.

 

La reine essaie de sauver sa fille et elles tombent toutes les deux dans un tourbillon. Alors qu’elles sont à deux doigts de se retrouver, une main de troll enlève la princesse. Pendant ce temps, Valanice atterrit dans un désert inconnu.

 

King’s Quest 7 : un jeu culte

Un succès cartoonesque

À l’époque, la révolution de ce septième épisode se retranscrit dans les graphismes. Le joueur a l’impression d’évoluer dans un véritable dessin animé, un univers qui sied parfaitement aux contes de fées.

Transformée en troll, Rosella doit épouser le roi Otar
Transformée en troll, Rosella doit épouser le roi Otar.

Après sa disparition, Rosella passe, telle Alice au pays des merveilles, de l’autre côté du miroir. Elle arrive dans le monde souterrain de VulcanixOtar, le roi des trolls, la force au mariage. En apercevant son reflet dans la glace, la jeune héroïne constate, avec effroi, que le changement de dimension a laissé des traces. Elle s’est métamorphosée en horrible lutin ! De plus, elle apprend qu’une vilaine magicienne nommée Malicia menace de réveiller un volcan pour détruire Etheria, le royaume des nuages.

Un conte de fées avec un soupçon de fantasy

Roberta-Williams-King's-Quest
Roberta Wlliams est surnommée « la reine de l’aventure ».

Derrière toutes ces histoires de princes, de princesses et de créatures se trouvent l’engouement d’une femme pour les légendes enfantines. En 1979, Roberta Williams décide de créer ses propres jeux d’aventure avec son époux, Ken Williams. En effet, elle affectionne ce genre, mais, à son époque,  peu d’opus dans ce domaine existent. Le premier titre du couple, Mystery House, sort en 1980 et s’inspire du livre Les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie. En 1984, Roberta invente le récit fabuleux de King’s Quest.

« Lorsque j’étais jeune fille, j’adorais les vieux contes de fées. J’ai mis cette passion dans King’s Quest dont le premier épisode n’est rien d’autre qu’un condensé de conte de fées. », déclare-t-elle.

Outre les fables de notre enfance, le titre du jeu fait référence au roman de William Goldman, Princess Bride, publié en 1973. Ce récit de fantasy raconte les péripéties de Bouton d’Or, une fille de ferme. Sans arrêt, elle s’en prend au pauvre valet Westley, mais finit par tomber amoureuse de lui. Toute une suite d’événements inattendus et magiques entraînent la jeune femme dans un véritable conte merveilleux. Une adaptation cinématographique voit le jour en 1987 par le réalisateur Rob Reiner.

Girls power

Rosella et le croquemitaine
Rosella vient de réveiller le terrible croquemitaine.

Dans le septième King’s Quest, le joueur peut enfin interpréter la reine Valanice. Cette fois-ci, Graham n’apparaît pas. Dans ce jeu en point’n’click, Rosella et sa mère doivent trouver des objets et résoudre des énigmes, pour retourner dans leur dimension. Tour à tour, on incarne les deux héroïnes. L’aventure devient exclusivement féminine avec une méchante sorcière comme antagoniste. Une recette qui a fait ses preuves et un épisode qui marquera toute une génération de gamers.

L’histoire de King’s Quest ne s’arrête pas là. En 1998, le huitième volume Mask of Eternity met en scène, pour la première fois, un simple fermier de Daventry. En 2015, des fans créent The Silver Lining, un nouveau chapitre vidéoludique à la saga.

Si vous souhaitez vivre l’aventure de King’s Quest 7, vous pouvez le télécharger légalement et gratuitement ici : King’s Quest VII en abandonware.

Le jeu vidéo King's Quest VII


Sources :

  • La saga des King’s Quest d’Ulrike Koj, 1990.
  • Le petit livre des jeux vidéo de Yann Lebihan, 2015.

 

Les Histoires du Royaume Bleu

Des auteurs et dessinateurs venus de tous les horizons participent à l’élaboration des parchemins du Royaume Bleu. Retrouvez ici la liste de leurs histoires à lire et à relire !

Le trident

 

 

Sur le thème du trident

 

 

La dame de pique

Sur le thème de la dame de pique

 

 

Le tapis volant

 

Concours actuel

Le tapis volant

Jouvence : nymphe des eaux jeunes

Vous connaissez tous le mythe de la fontaine de Jouvence. Mais savez-vous qui se cache derrière le nom Jouvence ? Pour percer ce mystère, nous devons remonter au temps de la mythologie grecque, à la recherche d’une nymphe très discrète.

Jouvence, océanide des jeunes eaux

Nymphe de la jeunesse

Après bien des batailles, Zeus accède au trône de l’Olympe et règne sur l’ensemble des dieux. Il épouse sa sœur Héra, protectrice du mariage, qui lui donne plusieurs enfants, dont Hébé, déesse de la jeunesse. Ébloui par l’éclat de sa fille, le roi divin lui confie le soin de verser le précieux nectar aux immortels.

Si la jeunesse descend du maître des cieux, cela n’est pas un hasard. En effet, bien avant ses noces avec Héra, Zeus se met en tête de trouver une nymphe très mystérieuse, détentrice des secrets de la vitalité. Elle s’appelle Jouvence et, tout le monde se demande si elle existe vraiment.

La belle se cache, en fait, dans le vaste océan. Fille des Titans Océan et Téthys, Jouvence demeure l’océanide des eaux jeunes. Lorsque Zeus l’aperçoit, son cœur se remplit d’amour. Non seulement la nymphe lui révèle ses mystères, mais elle partage ses sentiments avec lui. Désormais, le secret de la jeunesse éternelle coule dans les veines de l’Olympien et se transmet à sa descendance.

Fontaine de Jouvence

Pour remercier la nymphe Jouvence, Zeus lui accorde de réaliser son vœu le plus cher. Elle choisit d’être encore plus difficile à trouver. Aussitôt, le roi des dieux exécute son souhait et la transforme en fontaine aux couleurs éclatantes et aux parfums revigorants. Elle sera, sous cette forme, plus inaccessible. Puis, il la dissimule dans un lieu confidentiel. On raconte qu’Héra s’y baigne chaque année pour recouvrer sa virginité.

Cairos, dieu des opportunités
Saisissez la mèche rousse de Cairos pour bénéficier d’opportunités !

Bien des années, après toutes les conquêtes amoureuses de Zeus, un dieu juvénile surgit des eaux rajeunissantes de la source secrète. C’est de cette façon que Cairos, personnification de l’opportunité, émerge au grand jour. Il devient le plus jeune fils du souverain olympien et l’unique enfant de Jouvence.

Éternel adolescent, Cairos symbolise le moment favorable pour réussir. Aussi insaisissable que sa mère, il possède une longue mèche de cheveux roux sur le front, seul moyen de l’attraper et de saisir sa chance. Une fois qu’il se retourne, son crâne rasé ne laisse aucune prise. Il s’échappe grâce à des ailes disposées sur ses épaules et ses talons et plus jamais ne repasse au même endroit.

Secret de l’éternelle jeunesse

La Fontaine de Jouvence possède la propriété de rajeunir tous ceux qui s’y baignent. Mais pour les humains, elle reste difficile à trouver. Alors, quand Zeus, voulant renforcer les liens avec eux, leur promet d’exaucer leur désir le plus cher, préserver leur jeunesse pour l’éternité arrive en haut de la liste.

Ne souhaitant pas révéler l’emplacement de la fontaine par respect pour la nymphe, le dieu de la foudre en prélève un certain volume. Il en confectionne une liqueur, l’élixir de jouvence, et charge l’âne du vieux satyre Silène de l’apporter aux mortels.

Lors de la Gigantomachie, guerre entre les dieux et les géants, l’animal avait annoncé, d’un braiment, la retraite des colosses. C’est ce qui lui vaut l’honneur d’accomplir cette tâche. En chemin, la soif le tenaille. Il interrompt son voyage et s’approche d’une fontaine, dont les eaux ondulent, pour se désaltérer.

La mue du serpent
Grâce à l’eau de Jouvence, les serpents changent de peau et conservent leur vigueur. ©Adobe Stock

Soudain, un serpent transparent comme l’eau jaillit de la cascade sacrée et le toise. Si le mammifère souhaite boire, il devra offrir le breuvage au gardien de la fontaine rampante. Épuisé, l’âne troque son fardeau contre quelques gorgées.

Dès lors, les serpents acquièrent la faculté de muer : leur peau se renouvelle et conserve son éclat. Les pauvres mortels, eux, restèrent contraints par la vieillesse et maudirent les ânes.

Découvrir l’histoire d’une autre fontaine qui contient l’Eau de la vie.


Images :

  • Kairos par Francesco Salviati, 2002.

Taouret : déesse-hippopotame égyptienne de la maternité et des naissances

Appelée Thouéris en Grèce, la déesse égyptienne Taouret se caractérise par sa tête d’hippopotame. Effrayante en apparence, elle repousse uniquement les mauvais esprits. Elle veille sur le foyer familial et, tout particulièrement, sur les nouveau-nés et les mères. Associée à l’élément de l’eau, on la retrouve au ciel et dans le monde des morts, car elle demeure une divinité primordiale du panthéon égyptien.

La déesse égyptienne Thouéris

Déesse-hippopotame

Sur les rives du Nil, les Égyptiens se confrontent à de terribles animaux tels que les crocodiles et les hippopotames. La déesse Taouret revêt ainsi l’apparence de celui que les Anciens surnomment « le cheval du fleuve », pour repousser les mauvais esprits. À la fois craint et vénéré, le mammifère amphibie fascine et incarne cette dualité au sein de la divinité.

De son nom latin Hippopotamus amphibus, ce géant d’Afrique possède un corps massif, une tête énorme et une dentition impressionnante. Il joue un rôle essentiel dans l’équilibre des eaux intérieures. En se frayant un passage à travers les marécages, il crée de petits cours d’eau qui permettent l’irrigation des terres voisines.  De plus, il favorise le développement du plancton grâce aux tonnes d’excréments qu’il libère dans le fleuve. Aujourd’hui, seules deux espèces représentent la famille des Hippopotamidés : l’hippopotame commun et l’hippopotame nain (Hexaprotodon liberiensis).

Protectrice de la naissance et de la maternité

Il suffit d’observer le ventre arrondi de Taouret pour comprendre son rôle dans la naissance et le bon déroulement des accouchements. Elle protège les bébés et leur foyer, avec l’aide de Bès, un nain barbu et hideux. En effet, tout comme la déesse hybride, son apparence repoussante s’explique dans sa fonction à écarter les esprits maléfiques.

Les foyers où un heureux événement est attendu célèbrent la divinité hippopotame. Chaque habitat égyptien devient son temple. Pour s’assurer son aide, les femmes portent une amulette à son effigie.

Si l’enfant naît handicapé, la famille l’estime touché par la déesse. De ce fait, le nouveau-né reçoit le privilège de la divinité et le respect des autres. Loin d’être rejeté par la société, il sera perçu comme une chance pour le peuple de l’Égypte antique.

Un petit hippopotame et sa maman
Un bébé hippopotame et sa mère.

En ce qui concerne l’hippopotame, les petits naissent à la saison des pluies quand l’herbe abonde. Après une gestation d’environ 230 jours, la femelle met bas un seul bébé qu’elle allaitera sur une période d’un an.

Le nœud « sa », sur lequel Taouret s’appuie, symbolise la protection. Avec sa poitrine lourde de lait nourricier et son ventre proéminent, la déesse incarne la fécondité aquatique. À l’aide de son couteau en obsidienne qui lui sert à éloigner le mauvais œil, elle tranche le cordon ombilical des nouveau-nés. Une coiffe rouge et vert recouvre sa tête.

Compagne de Seth

La déesse Thouéris, mélange d'hippopotame, de crocodile et de lion
Taouret est un hybride entre l’hippopotame, le crocodile et le lion.

Divinité bienfaisante, Taouret n’en demeure pas moins une déesse vengeresse quand les forces du mal s’approchent. Outre sa gueule monstrueuse d’hippopotame, elle possède des pattes de lion et une queue de crocodile.

Bien que les puissances positives s’incarnent en Taouret, les hippopotames, notamment les mâles blancs, représentent les forces maléfiques. D’ailleurs, ces mammifères nilotiques vivent en groupe d’une quinzaine de membres, dirigés par un vieux mâle agressif. Pour menacer son ennemi, l’animal ouvre sa gueule immense et pousse un fort mugissement. Seth, le dieu du mal, prend souvent l’apparence d’une bête inconnue aux oreilles dressées et parfois celui d’un hippopotame destructeur. Taouret siège alors aux côtés de ce dieu violent. Les pharaons redoutent l’animal maudit et pour cause…

L'hippopotame possède une gueule immense
L’incroyable gueule de l’hippopotame alimente la peur du peuple égyptien.

Ménès, premier pharaon d’Égypte et bâtisseur de la ville de Memphis, se fait dévorer par une de ces créatures fluviales. Depuis, le gros mammifère incarne le maléfice, capable, même, d’anéantir le puissant souverain égyptien.

C’est sous la forme du colossal animal que Seth noie son frère Osiris dans les eaux du Nil ou qu’il affronte Horus, le fils de ce dernier. Toutefois, la cité de Papremis vouait un culte à cette créature tant redoutée, sans doute par peur de la voir dévaster les champs.

Divinité primordiale

La généalogie de Taouret demeure trouble. Dans les mythes égyptiens, le monde émerge de l’eau. Ainsi, la déesse apparaît dans l’océan primordial et veille sur les origines de la vie. Tous les ans, elle renouvelle les forces vitales de l’Égypte, ce qui se manifeste dans la crue du Nil.

D’ailleurs, la seule fête connue consacrée à Taouret se célèbre lors de l’inondation, au Gebel-Silsileh, une carrière de grès qui borde le Nil. Les Égyptiens jettent diverses offrandes dans le fleuve, afin d’en recevoir une quantité démultipliée le jour des moissons.

Le nom de Taouret signifie « la grande »  et elle se trouve présente dans l’autre monde où elle assure la naissance d’une deuxième vie, celle après la mort.

Constellation protectrice

Présente dans le milieu aquatique, Taouret s’installe aussi dans le ciel sous la forme d’une constellation appelée Réret. Elle y tient la cuisse de Seth (qui correspond à la Grande Ourse) qu’Horus arracha au dieu maléfique.

Avec d’autres déesses-hippopotames comme Ipet, elle forme un groupe bienveillant et céleste qui protège les douze mois du calendrier. Elles veillent également sur les cinq dernières journées rajoutées en fin d’année : les jours épagomènes réputés néfastes.

Un hippopotame qui nage dans le fleuve


Sources :

  • Encyclopédie Atlas de la Mythologie d’Éric Mathivet.
  • Le grand livre des animaux de Philip Whitfield et Richard Walker, 1999.
  • Les dieux de l’Égypte de Raphaël Martin, Jean-Christophe Piot et Djilian Deroche, 2017.

Images :

  • Taouret par NoumenonDoesArt, une image que vous pouvez acquérir en cliquant sur ce lien.
  • Photos libres de droit sur Pixabay.

L’Eau de la Vie : un remède miracle

L’Eau de la Vie est le titre d’un des contes des frères Grimm. Réputé pour ses propriétés miraculeuses, le liquide magique représente l’unique espoir pour trois princes de sauver leur père malade. Et comme vous vous en doutez, il demeure bien difficile de s’en procurer…

L'Eau de la Vie jaillit d'une fontaine.

Une fontaine de Jouvence

L’Eau de la Vie se situe dans la cour d’un château enchanté où elle jaillit d’une fontaine. Une lourde porte de fer protège l’entrée de la forteresse ensorcelée et repousse les envahisseurs. Si vous arrivez à pénétrer à l’intérieur, garde aux deux féroces lions qui se jetteront sur vous !

Si vous survivez, il ne restera plus qu’à recueillir l’eau miraculeuse avant le retentissement des douze coups. Passé ce délai, les portes du château se reformeront et vous retiendront prisonnier pour l’éternité. C’est cette aventure que va tenter chacun des trois princes.

La soif justifie les moyens

Dès qu’ils apprennent qu’un antidote existe au mal du roi, ses héritiers s’empressent de le convaincre de les laisser partir. Face au périple qui les attend, le souverain affaibli refuse. L’aîné se montre persuasif et galope vers la contrée fabuleuse.

Le nain punit les princes orgueilleux.
Mieux ne vaut pas manquer de respect à un nain !

Mais l’intention de ce premier fils ne semble pas motivée par l’amour, mais par l’héritage que son père lui offrira quand il l’aura sauvé de la mort. Sur son chemin, il rencontre un nain qui lui demande où il chemine à toute allure comme ça. Le garçon orgueilleux le traite de nabot et trace sa route. Vexé, le petit homme piège le vaniteux entre deux montagnes.

L’absence prolongée de son grand frère incite le deuxième enfant à saisir sa chance et à se rue à son tour en quête du Graal. Tout comme son aîné, il nargue le nain et finit prisonnier.

Dernier espoir, le cadet s’élance à la recherche du liquide merveilleux. Ses intentions, toutefois, restent de secourir son père. Alors qu’il croise la route du nain, il le considère avec respect et lui indique qu’il cherche la fameuse Eau de la Vie.

La vie ne s’écoule plus

Lion de pierre, gardien du château.
Le roi des animaux surveille l’accès au château.

Pour récompenser la conduite convenable du dernier héritier de la couronne, le nain lui offre une baguette de fer et deux petits pains. Le jeune prince pourra désormais ouvrir le solide portail du palais envoûté. Quant aux pains, ils calmeront les félins, gardiens du château. Le minuscule bonhomme met en garde le garçon contre les douze coups qui retentiront et signaleront la fermeture de la seule issue.

Parvenu à la forteresse, le prince frappe trois fois l’entrée avec sa baguette. La porte cède et il jette la nourriture aux lions qui le laissent passer. À l’intérieur du bâtiment de pierres, l’étranger découvre des princes figés par l’enchantement. La vie ne s’écoule plus entre les murs maudits. Après avoir retiré les bagues princières, il se saisit d’un pain et d’une magnifique épée.

Le jeune homme poursuit sa visite et découvre une charmante princesse réveillée dans l’une des chambres. En pénétrant dans le château, il a rompu le charme et le temps a repris son cours. Elle lui indique où se trouve la fontaine fabuleuse et lui promet de se marier avec lui, s’il revient dans un an. Sous le poids de la fatigue, il s’endort dans un lit confortable alors que la cloche commence à retentir…

Amer comme l’eau de la mer

Au son des cloches, le prince se réveille brutalement et se saisit d’un gobelet pour récupérer un peu des eaux de l’existence. Il sort de l’endroit enchanté à la dernière minute et la porte se referme, emportant un bout de sa chaussure.

De retour sur le territoire du nain, il lui montre ses trésors. Le petit homme lui indique que l’épée qu’il a emportée lui permettra de battre des armées tandis que le pain ramassé ne s’épuisera jamais. Mais le prince n’est pas tout à fait ravi, car il voudrait obtenir la libération de ses frères perfides. Le nain finit par y consentir, non sans le mettre en garde sur leur fourberie.

Les trois frères entament le long voyage du retour. En chemin, l’épée et le pain permettent de préserver trois royaumes de la guerre et de la famine. L’ultime étape du trajet oblige les garçons à traverser la mer. Alors que le cadet s’endort dans sa cabine, les deux autres s’emparent du précieux gobelet et le remplacent par de l’eau de mer.

Quand le plus jeune fils remet la boisson des miracles à son père, l’état du monarque empire. On l’accuse alors d’empoisonnement alors que ses frères bénéficient de tous les honneurs, en présentant la substance guérisseuse.

Suite à cet accident, le souverain rétabli envoie son veneur tuer son dernier fils. Comme dans le conte de Blanche-Neige (où l’on retrouve aussi la présence des nains), le chasseur l’amène dans la forêt, mais refuse de l’assassiner. Ils échangent leurs habits et le prince s’enfuit dans la forêt.

D’eau et d’or

Un jour, les rois voisins livrent des trésors pour remercier le prince cadet qui les a sauvés de la famine et des guerres. Le roi comprend la duperie de ses deux autres enfants et regrette d’avoir fait exécuter son fils méritant. Ravi, le chasseur lui relève qu’il demeure toujours vivant.

Pendant ce temps, la princesse du royaume désenchanté ordonne la construction d’une allée d’or devant l’entrée. Seul celui qui marchera dessus obtiendra l’autorisation d’entrer et deviendra son mari. Les deux princes menteurs tentent leur chance, mais passent à côté du sentier doré de peur de gâcher un bien si précieux. Les gardes leur refusent l’accès. Un an après qu’il a désensorcelé le château, le cadet foule le chemin brillant, plus préoccupé de retrouver sa belle que de posséder des richesses. Son père le réhabilite alors que ses frères honteux s’enfuient par les mers.

Une baguette magique.À la croisée de Blanche-Neige (pour les personnages des nains et du chasseur), de Cendrillon (pour les frères jaloux et la baguette magique) et de la Belle au Bois Dormant (pour le château enchanté), ce récit reprend tous les ingrédients des contes de fées. Qui sait aujourd’hui où se trouve la fontaine qui contient l’Eau de la Vie capable de guérir toutes les maladies…

 

 

Continuez votre visite d’autres châteaux enchantés comme celui du château hanté ou le château habité par des lions.

Retrouvez tous les articles sur les contes dans la rubrique consacrée.

 

Carpos : dieu grec des fruits

Dans la mythologie grecque, le dieu Carpos veille au développement des fruits. Rien de plus normal pour ce fils du Vent occidental, Zéphyr, et de la nymphe des fleurs, Chloris… Grâce à lui, des fruits de toutes sortes poussent sur la terre. Lorsqu’il rencontre le beau Calamos, sa vie connaît un destin tragique.

Carpos, dieu grec des fruits.

Carpos, fruit de l’action du vent sur les fleurs

Dans les mythes antiques, Carpos naît de l’union de Zéphyr, le Vent de l’Ouest et de Chloris, déesse des fleurs. Cette dernière demeure à l’origine la nymphe des îles Fortunées. Quand le doux Zéphyr l’aperçoit, il l’enlève puis la demande en mariage. Il lui offre un magnifique jardin et lui donne le pouvoir sur la flore.

Découvrir l’histoire de la déesse florale Chloris

Cette histoire d’amour légendaire personnifie le cycle de la fleur. D’abord, le vent transporte et disperse les grains de pollen, organes mâles des végétaux. C’est la pollinisation. Ils atterrissent sur le stigmate d’un pistil, organe femelle des plantes à fleurs. La fécondation se déroule lorsqu’un pollen pénètre dans un ovule, gamète femelle produit par l’ovaire. Une graine résulte de l’insémination pendant que l’ovaire se transforme pour constituer la chair du fruit.

Découvrir l’histoire du dieu du vent occidental Zéphyr

Dieu aux pouvoirs fruités

cynorhodons
Les cynorhodons, fruits du rosier.

Le jeune Carpos à l’apparence d’adolescent règne sur l’ensemble des fruits. Comestibles ou non, ces produits végétaux deviennent aussi nombreux que la variété de fleurs dont ils sont issus. Par exemple, le fruit du coquelicot prend la forme d’une capsule munie de pores qui contiennent des graines noires.

La rose sauvage offre des cynorhodons consommables et riches en vitamine C. Plus poétique, dans un conte chinois, le fruit de la rose bleue est le véritable amour.

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Celui du tournesol est un capitule d’akènes, des fruits secs. Au-delà des classiques fraises, framboises, oranges, pêches, citrons, bananes, kiwis, pommes, poires, myrtilles et autres, une foule de fruits naissent des fleurs. L’un d’eux porte une référence directe à Carpos, le carpo-balsamum issu du baumier, un arbre produisant du baume. D’ailleurs, le nom de la jeune divinité signifie « fruit ». Les Athéniens nomment pancarpe le sacrifice où ils offrent toutes sortes de fruits.

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Toute comme la déesse de l’automne, Carpo, qui tire son nom de la même étymologie, le dieu des baies, des grappes et des agrumes, prête son nom à la carpologie, l’étude des graines et des fruits.

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Amoureux tragique

Un jour, Carpos tombe amoureux du beau Calamos, le fils du dieu-fleuve Méandre situé en Carie, une contrée de l’Asie Mineure. Alors que les deux amants se baignent dans le cours d’eau, ils se défient à la nage. D’une rapidité extrême, Calamos ralentit à chaque fois pour laisser gagner son camarade de jeux. Mais le dieu des fruits, qui a hérité de la mortalité de sa mère, se noie.

Les roseaux au bord de l'eau.
Les roseaux poussent sur les rives.

Sentant le vent, Calamos pense que l’un des courants d’air se trouve responsable de la mort de son compagnon. Il interroge la naïade du fleuve pour connaître l’identité du coupable et ainsi se venger. Face au silence, il se coupe une mèche de ses cheveux brillants et la jette dans les eaux. Puis, il remonte sur la rive pour pleurer son bien-aimé. Ses larmes coulent tellement qu’il finit par se dessécher et se métamorphose en roseau. Depuis, le calame désigne cette plante qui s’épanouit au bord de l’eau et dont les anciens se servaient pour écrire.

Conscient du rôle important de Carpos dans la nature, Zeus, le roi des immortels, le transforme en fruits de toute espèce. Dans les Dionysiaques, le poète grec Nonnos de Panoplis raconte l’épopée de Dionysos, divinité du vin, et y narre les amours de Calamos et Carpos.


Sources :

  • Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772.
  • Histoires amoureuses des dieux et déesses de la mythologie de René Ponthus, 2012.
  • Dictionnaire de la fable de François Noël, 1803.
  • Abrégé de la mythologie universelle de François Noël, 1805.
  • Les Dionysiaques de Nonnos de Panoplis.

Images :

  • Garçon avec un panier de fruits par Caravage, vers 1593.