L’Orchidée Noire : un roman graphique fantastique de Neil Gaiman et Dave McKean

L’Orchidée Noire (Black Orchid) est un roman graphique fantastique de Neil Gaiman, auteur de Sandman, et de Dave McKean, connu pour ses illustrations techniques comme celles d’Arkham Asylum, chez DC Comics. Parue en 1988 sous le label Vertigo, branche plus sérieuse de l’éditeur de Superman, cette histoire se focalise sur une super-héroïne mi-humaine, mi-végétale. Le récit de la justicière florale du nom de Susan, qui se déroule dans le même univers que celui de Batman, s’ouvre sur sa capture. Démasquée lors de l’infiltration d’un réseau mafieux complexe, la voilà prise au piège…

L'Orchidée Noire, le super-héroïsme selon Neil Gaiman

Une chose est sûre…

« Une chose est sûre, tout le reste est mensonge. La fleur, une fois éclose, meurt à tout jamais. »

La mort de l'Orchidée Noire dès les premières pagesPrisonnière, Susan alias Orchidée Noire est confrontée à monsieur Sterling, vice-président d’un conseil d’administration qui dissimule un vaste réseau de crime organisé. Vous vous doutez bien de la suite… L’héroïne s’en sortira. Sauf que cette fois, un retournement de situation se produit. Le méchant connaît les comics et ne commet pas l’erreur d’enfermer Susan. Non, il l’exécute sur-le-champ ! L’Orchidée Noire meurt dès la dixième page…

« En fait, j’ai vu les films… « James Bond », tout ça… J’ai lu les comics. Et devine ce que je ne vais pas faire. T’enfermer à la cave avant de t’interroger. Je ne te piégerai pas avec un système de rayons laser, pour te laisser t’échapper après. C’est trop débile. Non, tu sais ce que je vais faire ? Je vais te tuer. Là. »

Une chose est sûre : nous sommes loin des clichés des super-héros.

Chute libre…

« Descendre. Remonter. Tomber. Les rêves sont faits de paradoxes. Je plonge dans le passé, noyée dans mes souvenirs. Je rêve de ma sœur. »

La seconde OrchidéeAvec la mort de Susan, l’esprit du genre super-héroïque prend également fin. Mais dans le jardin de la défunte, une nouvelle fleur hybride se réveille. Personne n’est là pour lui expliquer les codes de l’héroïsme et elle part en quête de son identité. Le récit commence dans la brutalité et la noirceur. Cependant, le schéma classique d’un homme brutal qui sauve de façon violente un monde terrible ne s’applique pas ici. Dans cette bande dessinée américaine, le protecteur de l’humanité s’incarne en une femme douce et, au travers des dessins oniriques, ses aventures basculent dans la poésie.

La nouvelle Orchidée reçoit l’héritage de sa prédécesseure ;  un thème récurrent chez les super-héros. Mais la femme à la peau mauve choisit une autre voie, celle de la paix. Mais peut-on vraiment éviter la violence dans ce monde ?

« Je le vois descendre. D’instinct, j’ai envie de le laisser couler. Il les a tuées. Toutes. Presque toutes. Je sais que le sauver entraînera d’autres supplices. Mais trop sont déjà morts. Ça suffit. »

Chute libre : la fin de notre histoire est une question de choix.

Oui…

« Oui. C’est bien là. La vie. Chez nous. »

L'Orchidée dans le jardin terrestreIl y a toujours deux façons de considérer le monde : un enfer ou un paradis. La première Orchidée s’est infiltrée au cœur des vices de l’humanité. La deuxième choisit les merveilles de la nature, mais elle sait aussi que des merveilles il y en a chez les êtres humains.

La violence et les malheurs finissent par la rattraper, car on ne peut les éviter. Ils seront toujours présents autour de nous. Mais le bonheur aussi, telle une fleur qui ne demande qu’à être cueillie. Alors, l’Orchidée Noire choisit de voir la lumière parmi les ténèbres.

« Merci, mon Dieu, pour ce jour étonnant : pour les verts et vifs esprits des arbres et le véritable rêve bleu du ciel ; et pour tout ce qui est naturel, qui est infini qui est oui (moi qui suis mort, je revis aujourd’hui, et c’est l’anniversaire du soleil, celui de la vie, de l’amour et des ailes, et de la grande et gaie merveille, la Terre inimitable). »

Oui : Je dis oui à la vie.

Les orchidées noires n’existent pas

Black Orchid, une super-héroïne fleurieLa super-héroïne Black Orchid apparaît pour la première fois en 1973 sous la plume de Sheldon Mayer et le crayon de Tony DeZuniga. Capable de revêtir diverses apparences grâce à son pouvoir végétal, elle résout ses enquêtes en se faisant passer pour une autre personne, sans importance. Outre la possibilité de voler, elle demeure invulnérable aux balles et possède une grande résistance. Le feu reste son point faible. C’est d’ailleurs lui qui coûte la vie à Susan.

Neil Gaiman réutilise le personnage originel dans ce graphic novel afin d’établir une origine à cette justicière au costume violet. Depuis, l’Orchidée Noire effectue de brèves apparitions dans l’univers de DC Comics. Elle demeure l’une des super-héroïnes les plus mystérieuses.

« Certaines personnes gardent leur identité secrète. D’autres n’ont qu’un secret pour identité… »

 

 

Belphégor : démon de la paresse et fantôme féminin du Louvre

La nuit, dans les couloirs du Musée du Louvre à Paris, une ombre féminine se déplace entre les collections anciennes. Surnommé Belphégor, ce fantôme fait référence à une vieille divinité qui prenait possession du corps de ses nombreuses adoratrices. Il deviendra l’un des sept princes de l’Enfer et le démon de la paresse.

Le démon Belphégor
Illustration des éditions J’ai lu

Démon de la paresse

Belphégor demeure l’un des sept princes des Enfers, en compagnie d’Asmodée, Azazel, Belzébuth, Dispater, Mammon et Méphistophélès. Dans le royaume infernal, les princes possèdent plus de pouvoirs que les rois. Oui, c’est le monde à l’envers ici bas !

Belphégor et sa chaise percéeBelphégor correspond au péché capital de la paresse. Pour séduire ses victimes et les enliser dans l’oisiveté, il leur prodigue des richesses. Il favorise les inventions et les découvertes pour que l’homme n’utilise plus son cerveau et ses capacités physiques, le rendant fainéant. L’inaction éloigne ainsi les mortels de Dieu. Une fois que ses proies sont complètement vautrées dans la paresse, il vient saisir leurs âmes.

Ce mauvais génie adopte l’aspect d’un démon barbu et cornu. Sa queue de lion et son odeur fétide permettent de le reconnaître. Il garde sa bouche grande ouverte et raffole de tout ce qui est répugnant, comme les excréments. De ce fait, on le représente souvent sur une chaise percée.

Baalphégor

Les habitants d’une contrée archaïque de Palestine, le Moab, vénèrent Belphégor sous le nom de Baalphégor. Sur le mont Phégor, les Moabites lui remettent une étrange offrande. Ils s’assoient sur une chaise percée et lui offrent le fruit de leur digestion… Une façon d’honorer sa puanteur !

« Phégor » qui signifie « crevasse » renvoie à sa bouche béante. On lui rend aussi hommage dans des cavernes où on lui jette des présents par un soupirail. Les Moabites ne l’adorent pas comme démon, mais comme une divinité de la fertilité des plantes.

Les Madianites qui peuplent la terre de Madiân, en Arabie, le vénèrent eux aussi. Ils s’associent avec les Moabites contre Israël. Chez ses peuples, c’est surtout les femmes qui animent le culte du dieu nauséabond. Elles n’hésitent pas à se prostituer pour le servir.

En ce sens, Belphégor se rapproche du dieu grec Priape caractérisé par sa laideur, à tel point que sa mère Aphrodite, la belle déesse de l’amour, l’abandonne à la naissance. Son père Dionysos, le dieu du vin, ne cherche pas non plus à s’en occuper. Avec le phallus comme attribut, Priape demeure le dieu de la fécondité et des plaisirs charnels.

Une autre légende, plus horrible, décrit le sacrifice de victimes humaines dont les prêtres du dieu-démon dévoraient la chair. « Baal » signifiant « seigneur », on comprend que Baalphégor était le maître de la montagne du Phégor.

Belphégor, un fantôme français

Jeune femme possédée par BelphégorAu sein de la cour infernale, Belphégor tient le rôle d’ambassadeur de l’Enfer en France. Il demeure lié à notre culture. Rien d’étonnant alors qu’il a inspiré un roman policier sous forme de feuilleton, à Arthur Bernède, en 1927. Une série française en 1965, Belphégor ou le Fantôme du Louvre, et plusieurs films, dont le plus récent date de 2001 avec Sophie Marceau sous le masque de cet esprit malin, ont vu le jour. Il est vrai que Belphégor aime prendre possession de jolies jeunes femmes pour tromper les hommes.

Jean de La Fontaine lui consacre une fable, inspirée d’un conte de Nicolas Machiavel. Satan constatant que la plupart des morts le sont à cause de leur époux ou leur épouse, envoie Belphégor sur terre pour en apprendre plus sur le mariage.

Sous le nom de Roderic, l’envoyé débute sa mission dans la ville italienne de Florence. Il s’y marie à une belle et riche dame. Celle-ci lui en fait voir de toutes les couleurs ! Pour lui échapper, il fuit la cité pour se cacher à Naples dans une ferme. Là, il convient avec le fermier du nom de Matheo qu’il l’aidera à relancer son affaire, si en échange, il exorcise les trois demoiselles qu’il a l’intention de posséder pour se dissimuler. Le marché conclu, le plan se déroule comme prévu.

Belphégor retourne aux Enfers
Au rythme du tambour, Belphégor s’échappe de son enveloppe mortelle pour fuir sa femme et rejoindre les Enfers.

À la fin, Belphégor décide de s’emparer du corps de la fille du roi de Naples. Le père de cette dernière qui avait entendu parler des exorcismes de Matheo convie le paysan au château pour soigner son enfant. Mais le cultivateur n’étant plus en accord avec le démon, il ne peut rien tenter pour la libérer. Le souverain ordonne aussitôt son exécution.

Au moment d’être pendu, le pauvre demande une dernière faveur : qu’on joue du tambour. Au bruit de l’instrument, Belphégor s’approche, sous les traits de la princesse, et l’interroge sur le son qui retentit. Le fermier lui répond qu’il s’agit de son épouse qui arrive. Terrorisé, le démon quitte le corps de la jeune femme et retourne pour de bon aux Enfers !


Sources :
  • Dictionnaire des sciences occultes de Jacques Collin de Plancy, 1846.
  • Dictionnaire de démonologie occidentale de Marie d’Ange, 2018.
  • Belphégor de Jean de La Fontaine, 1693

Le Serpent Arc-en-ciel : esprit coloré de la pluie

D’innombrables serpents rampent dans la mythologie aborigène d’Australie. Mais il y en a un qui attire l’attention par ses couleurs vives : le Serpent Arc-en-ciel ! Liée à la cosmogonie, cette créature prodigieuse apporte la pluie. Mais gare à son courroux qui déclenche des déluges !

Le coloré Serpent Arc-en-ciel

Un esprit au Temps du Rêve

Les mythes des aborigènes d’Australie dépeignent une ère au cours de laquelle leurs ancêtres ont vécu. C’est le Temps du Rêve. En cette période-là, de nombreux esprits peuplent une Terre plate et aride. Plusieurs d’entre eux sont associés à la pluie, comme le Serpent Arc-en-ciel.

Les sept teintes du Serpent Arc-en-cielCe reptile fabuleux présente une taille gigantesque et sommeille au centre du noyau terrestre. On le décrit souvent sous la forme d’un wonambi, un serpent de six mètres de long qui vivait au Quaternaire. Chez la tribu des Kuninjku qui réside en terre d’Arnhem, sur le territoire Nord de l’Australie, il porte le nom de Ngalyold.

Un matin, le dieu du ciel Baiame désire insuffler la vie en la divisant en deux catégories bien distinctes : les êtres aquatiques et les êtres terrestres. Opposé à son choix, le serpent géant préfère le développement unique de la vie marine. Sa colère provoque un déluge qui dévaste les contrées. Il apparaît ici comme un symbole de destruction.

Une pluie destructrice et fertile

un serpent fertile, mais aussi destructeur
Peinture de Sonia Ferrer

Mais l’esprit Arc-en-ciel apporte aussi la fertilité. Il perce la croûte terrestre et parcourt le monde. Son ondulation creuse le lit des rivières et façonne les reliefs. Lorsque les hommes le traitent avec respect, c’est-à-dire lorsqu’ils protègent la nature, il dort paisiblement. Mais s’ils l’offensent, il déchaîne de rudes inondations.

Incarnation de la force vitale, il symbolise les ressources abondantes de la surface. Il provoque la saison des pluies qui nourrit les sols.

Un arc-en-ciel sinueux

Le divin Shiva et son arc
L’arc du dieu hindou Shiva se compose du Serpent Arc-en-ciel dans lequel il puise sa force.

De nombreuses civilisations pensent que ce serpent immense se manifeste au travers de l’arc-en-ciel. Sa forme allongée et courbée rappelle ce phénomène naturel. La créature sert de médiatrice entre le haut, le ciel, et le bas, la terre. En effet, la pluie intervient entre les deux.

Chez les Yombe, peuple d’Afrique centrale, l’animal irisé contrôle les rites de passage. Il veille sur les guerriers et devient un symbole de puissance. Dans la tradition hindouiste, le dieu Shiva, à la fois destructeur et créateur, tire son pouvoir d’un arc dont la corde est enroulée du Serpent Arc-en-ciel. On représente celui-ci avec sept têtes aux crochets empoisonnés.

Un sang aux sept couleurs

Le Serpent Arc-en-ciel et les oiseaux
Perroquets, colibris et autres espèces tiennent leurs plumes colorées du sang du Serpent Arc-en-ciel, selon la mythologie amérindienne.

Chez les Amérindiens, les couleurs de l’arc-en-ciel baignent le sang de l’ophidien. Un jour, ils recueillirent un ver qui n’était autre qu’un serpent céleste. L’animal se goinfra tellement qu’il grandit de manière impressionnante. Sa faim devenait insatiable et il ordonna aux hommes de lui fournir des cœurs humains à dévorer. Pour se protéger, les hommes finirent par l’abattre. Les oiseaux se baignèrent dans son sang où leurs plumes se teignirent de rouge, d’orange, de jaune, de vert, de bleu, d’indigo ou de violet.

Mais c’est aussi un Serpent Arc-en-ciel qui sauve le peuple amérindien d’une terrible sécheresse. De la taille d’un serpenteau, il indique au shaman de la tribu de le lancer haut dans les airs. Il pourra ainsi s’accrocher à un nuage et le percer. Le sorcier refuse de l’écouter et le jette au lointain. Dans l’atmosphère, le serpent se déroule et devient si long qu’il ouvre tous les nuages de la région. Les gouttes d’eau tombent en abondance sur les plaines arides de l’Amérique.

Pour aller plus loin :

 


Sources :
  • Encyclopédie de la mythologie d’Arthur Cotterell, 2004.
  • Conférence de M. Luc de Heusch, 1973.
  • Histoire illustrée universelle de l’imaginaire d’Antonino Anzaldi et Massimo Izzi, 1995.
  • Le Serpent : symboles, mythes et caractères de Jean Sadaka, 2014.

La Dame du Lac : fée des légendes arthuriennes

Célèbre fée de la légende arthurienne, la mystérieuse Dame du Lac, de son vrai nom Viviane, a connu une enfance humaine avant d’acquérir ses pouvoirs magiques. C’est sa rencontre avec Merlin l’enchanteur qui a changé le cours de son destin. Grâce à ses charmes, la gardienne de l’épée mythique Excalibur apporte son secours au roi Arthur et au chevalier Lancelot. Allons faire un tour dans son château, dissimulé au fond du lac de la forêt de Brocéliande…

La Dame du Lac et l'épée Excalibur

Une enfance sous la baguette de la fée Diane

L’histoire de la Dame du Lac commence à Benoïc, un pays de Bretagne où règne le roi Ban. Celui-ci demeure protégé par une bonne fée nommée Diane, qui ressemble beaucoup à la déesse romaine de la chasse du même nom. Cette magicienne prend aussi sous son aile le jeune baron Dionas à qui appartient la forêt mythique de Brocéliande.

La fée Diane dans la forêt de Brocéliande
La fée Diane veille sur la forêt de Brocéliande [Image par Susan Cipriano de Pixabay]

Grâce à Diane, le baron accède à la richesse, gagne le titre de chevalier, remporte de nombreux tournois et vient à bout de plusieurs géants et tyrans. Sur le bord du lac Comper, au cœur de la forêt, il construit un immense château, embelli par les pouvoirs de sa bienfaitrice. C’est là qu’il s’installe avec son épouse, la nièce du duc de Bretagne. Ils y donnent le jour à une fille, baptisée Viviane.

À sa naissance, Diane s’empresse de la doter de beaux atouts, mais l’enfant semble déjà tout avoir. Elle se révèle charmante et se montre intelligente. Pendant de longs mois, la fée cherche ce qu’elle pourrait bien lui offrir. Elle s’isole pendant sept ans afin de trouver un moyen de lui faire un don qu’elle ne possède pas encore. Mais Diane reconnaît que Viviane deviendra plus puissante qu’elle et qu’elle acquerra tous les talents qu’elle souhaite. La seule chose qu’elle peut faire, c’est de l’aider, plus tard, à conquérir le cœur du plus sage des hommes qui lui apprendra l’art de la magie et fera d’elle une grande enchanteresse.

Malgré ce bel avenir, la vie de Viviane sera loin d’être féerique. À douze ans, elle perd sa mère et à quinze ans, son père. Elle hérite ainsi de la forêt et du château. En compagnie de sa marraine Diane, elle y séjourne pendant un an. Puis, la fée protectrice quitte, à son tour, le royaume. Sur un char tiré par des dragons, elle regagne ses terres. Quelques jours après, un enchanteur du nom de Merlin traverse Brocéliande…

Merlin et Viviane, des amours enchantées

Merlin et Viviane
Merlin et Viviane, une rencontre magique [Tableau d’Edward Burne-Jones, 1874]

Émerveillé par la forteresse du lac, Merlin s’endort à ses bords. Il se réveille lorsque Viviane passe près de lui, accompagnée de ses valets et chaperons. Frappé par sa beauté, le magicien tente de la séduire et lui révèle ses pouvoirs. D’abord effrayée, Viviane se rappelle la prédiction de Diane. Elle profite dès lors des sentiments de son soupirant pour le convaincre de lui enseigner la magie.

Mais l’élève finit par tomber amoureuse de son maître. De peur qu’il s’éloigne de Brocéliande, elle l’endort d’un profond sommeil grâce à un charme et le réveille à sa volonté. Puis, après avoir acquis une grande maîtrise des enchantements, elle entoure son château d’une haie d’aubépines impénétrable et scelle, à l’aide d’illusions, toutes les issues, à l’intérieur. Voilà Merlin pris au piège !

Après dix années auprès de son bien-aimé, Viviane consent à le laisser partir, car le monde a besoin de ses connaissances. Avec son aide, elle dissimule le château au fond du lac et s’y retire.

Lancelot du Lac et l’épée Excalibur

Au fond des eaux, Viviane, désormais surnommée la Dame du Lac, recueille Lancelot, fils du roi Ban, devenu orphelin. Elle l’éduque aux vertus chevaleresques et apparaît ainsi comme la gardienne des valeurs morales de la chevalerie. Grâce à ses dons de guérisseuses, elle soigne les crises fréquentes d’hystéries de son jeune protégé. Son but demeure d’en faire un héros accompli qui servira le royaume. À cet effet, elle lui offre un bouclier à trois bandes qui décuple sa force au combat. Et, le temps venu, elle le conduit elle-même à la cour du roi Arthur à qui elle avait apporté son secours par le passé.

La dame du Lac et ExcaliburC’est lorsque sa lame légendaire, qu’il a retirée d’un rocher, se brisa, qu’Arthur avait reçu l’épée magique et indestructible Excalibur de Viviane, qui l’avait brandie à la surface de son lac. Celle-ci avait promis de veiller sur lui et ses chevaliers de la Table ronde.

À la fin de sa vie, blessé mortellement par son propre fils Mordred, le roi Arthur confie à Bedwyr, un de ses chevaliers, la mission de jeter Excalibur dans le lac d’origine. Avant que l’épée ne touche l’eau, la Dame du Lac l’a saisie. Qui sait où cette arme légendaire se trouve aujourd’hui…

Les deux facettes de l’eau

Viviane se prénomme parfois Nimue (ou Niniane), deux prénoms qui reflètent les deux aspects de l’eau, à la fois salvatrice et destructrice pour le peuple celte. Ainsi, selon l’une ou l’autre des appellations, elle montre un caractère opposé. Nimue use de la magie à des fins personnelles alors que Viviane apporte son aide aux hommes.

On la considère plus souvent comme l’égale bénéfique de la fée Morgane, demi-sœur d’Arthur aux noirs desseins. En ce sens, elle se rapproche de la déesse-chasseresse Diane (Artémis chez les Grecs), pure et vierge.

Pour aller plus loin :


Sources :
  • Encyclopédie de la mythologie d’Arthur Cotterell, 2004.
  • Petit Larousse illustré des légendes et des mythes de Philip Wilkinson, 2009.
  • Mythologies du monde entier de Roy Willis, 1995.
  • Encyclopédie du fantastique et de l’étrange de Béatrice Botter, 2008.
  • L’Hostellerie de pensée : études sur l’art littéraire au Moyen-Âge de Daniel Poirion, 1995.
  • Le Guide des fées : regards sur la femme d’Audrey Cansot et Virginie d’Avray-Barsagol, 2015.
  • Dictionnaire des pèlerinages anciens et modernes de Louis de Sevry et Jean Champagnac, 1860.

L’origine des contes de fées : Il était une fois…

Et si les contes de fées apparaissaient, pour la première fois, dans un temps bien plus éloigné que l’on ne se l’imagine ? Il y a des centaines d’années, les frères Grimm, Charles Perrault ou encore Hans Christian Andersen ont collecté ces histoires magiques et les ont transmises à travers les livres. Mais de quand datent exactement ces récits de princes, princesses, nains et autres sorcières ? Dans une récente étude, un folkloriste et anthropologue affirme qu’ils sont nés à la Préhistoire ! Et si l’on remontait le temps pour en savoir plus ?

Les origines préhistoriques des contes

Image par DarkWorkX de Pixabay

 

Des branches aux racines

C’est dans une étude parue dans la revue Royal Society Open Science, que Jamie Tehrani, anthropologue britannique, prétend que certains contes, comme Jack et le Haricot magique, sont bien plus anciens que nous le croyons. Jusqu’à présent, on jugeait que les Grimm avaient récolté des aventures qui n’avaient que quelques centaines d’années. Mais il faudrait plutôt parler en milliers d’années…

Au lieu de se pencher sur une analyse historique, les chercheurs ont eu l’idée de se servir de la biologie. D’habitude, la phylogénétique s’utilise dans le but de montrer l’évolution des organismes, un peu comme le procédé de l’arbre généalogique. À l’aide de cette technique, les biologistes ont retracé les racines de 275 contes de fées au moyen d’arborescences complexes qui croisent la culture, la langue et la population.

Des contes à l’âge du bronze

L'origine du haricot magique
Si la tige du haricot magique monte jusqu’au ciel, sa racine, elle, s’enfoncerait jusqu’à la Préhistoire !

Grâce à la classification internationale Aarne-Thompson des contes, qui indexe les récits par types, l’équipe de recherche a observé la présence de ces histoires chez 50 peuples indo-européens. Elle a ainsi retrouvé les « ancêtres » de 76 récits et a suivi leur passé avec des arbres de langues. Cette démarche leur a permis de réaliser que certains de ces contes se basaient sur d’autres récits bien plus anciens.

Selon eux, Jack et le Haricot magique remonterait à la séparation entre les langues indo-européennes occidentale et orientale, il y a plus de 5 000 ans ! Quant à l’histoire intitulée Le Forgeron et le Diable, elle nous proviendrait de l’âge du bronze ! D’ailleurs, Wilhelm Grimm pensait déjà à son époque que tous les contes découlaient d’une même source et que les cultures partageaient les mêmes histoires sous des formes différentes.

400 nuances de Cendrillon

Mais alors pourquoi les contes de fées décrivent-ils des métiers ou des objets qui n’existaient pas en ces temps si reculés ? Les chercheurs ont en effet occulté volontairement la partie historique dissimulée entre les lignes de ces textes imaginaires. La réponse est peut-être tout simplement qu’au fil du temps, les récits se sont transformés avec leur époque.

L'origine du conte de Cendrillon

À travers le temps et les cultures, beaucoup de jeunes femmes ont chaussé la fameuse pantoufle. [Image par Prawny de Pixabay]

Par exemple, on trouve les premières traces de Cendrillon dans la Chine du IXe siècle. Depuis, l’auteur allemand Ulf Diederichs a recensé plus de 400 variantes de cette histoire ! Imaginez tous ces conteurs qui ont raconté les péripéties de la jeune femme à la pantoufle de verre à leur manière, les ont transmises aux autres, qui les ont modifiées à leur tour…

 

Dès l’Antiquité, une femme grecque du nom de Rhodope se voit dérober une de ses pantoufles par un aigle. Le rapace la transporte jusqu’en Égypte et l’abandonne auprès du pharaon Psammétique. Touché par la délicatesse du chausson, le souverain fait vœu d’épouser celle à qui elle appartient. Devenue esclave, Rhodope ne doit son salut qu’au fait que seul son pied entre parfaitement dans la pantoufle.

Une origine mythologique

Les contes découleraient des mythes. L’historien Max Müller, auteur de l’ouvrage Mythologie comparée, perçoit dans la Belle au bois dormant, et dans les histoires semblables de jeunes femmes délivrées par un courageux héros, des traditions mythologiques relatives au printemps. La saison du renouveau se libère ainsi de l’hiver, le soleil chasse les ombres. Aux origines, les hommes voyaient des divinités dans la nature. Et c’est à partir de là qu’ils ont construit leurs récits.

L’éditeur André Lefèvre montre que derrière chaque conte se cache un événement cosmique. Dans ce contexte, le Petit Chaperon rouge symboliserait le carmin de l’aube. Il apporte une galette à sa grand-mère, c’est-à-dire qu’il est l’aurore, nommée « la messagère » par les Grecs. Chaque jeune aube part rejoindre les vieilles aurores, personnifiées par la mère-grand. Quant au loup, il correspondrait au soleil dévorant. On comprend alors aisément comment les contes sont apparus à l’origine, dans leur plus simple signification.

La source de la féerie

La sources des contes de féesEt si l’ensemble des contes, des fables et des mythes provenaient d’une même source ? C’est ce qu’évoquent plusieurs théories. Peut-être qu’il y a des milliers d’années, au commencement de l’humanité, nos ancêtres racontaient une unique histoire qui s’est démultipliée en plusieurs (le mot « conte » provient du latin computus, « calcul, quantité dénombrée »). Et qui sait si cette histoire n’était pas basée sur ce qu’ils avaient vu et qu’elle n’était pas inventée ?

Ce blog existe pour perpétuer cet héritage afin que les contes et mythes, dont on ne parle presque plus, puissent perduraient encore des milliers et des milliers d’années, après la parution de cet article. Sans eux, nous n’aurions jamais pu autant rêver… Alors, n’hésitez pas à partager cet article et les autres pour les faire connaître au plus grand nombre !

Pour aller plus loin :


Sources :
  • La première partie de l’article est une traduction partielle de celui d’Erin Blakemore du site smithsonian.com, paru en 2016.
  • L’Origine des contes populaires de Charles Martens, 1984.
  • Histoire naturelle de Pline, 1833.

Azraël : ange de la mort et passeur d’âmes

Apercevoir Azraël est un signe de mauvais augure. Et pourtant, l’ange de la mort ne se limite pas à ce rôle funeste. Grâce à lui, les âmes se libèrent de leur prison corporelle et accèdent à un monde plus joyeux. Membre du chœur des archanges, il apporte du réconfort dans les périodes de deuil. Ouvrons le livre de la destinée pour en savoir plus sur son histoire !

Azraël, archange de la mort

Ange de la mort et du deuil

Azraël, dont le nom signifie « celui que Dieu aide », est reconnaissable à ses petites ailes et à sa faux. Mais attention, celui qui peut le voir est déjà mort ! Au moment du dernier soupir, l’ange redouté vient délivrer les âmes de leur enveloppe physique. Les légendes orientales précisent qu’il maintient une pomme de l’Arbre de vie sous les narines du mourant, pour accomplir cette séparation. Puis, il accompagne l’essence des justes au septième ciel, c’est-à-dire à Alicon, le séjour des bienheureux.

Selon certaines religions, il a 70 000 pieds, 4 000 ailes, autant d’yeux et de langues qu’il y a d’hommes dans le monde. Il inscrit dans un grand livre le nom de chaque personne à sa naissance et l’efface à son dernier souffle. Au-delà de sa fonction, il apporte une aide spirituelle aux personnes endeuillées. Et par-delà les rêves, il permet le contact avec des proches disparus. Son aura émet un jaune clair et on lui associe la calcite jaune, une pierre qui apaise en fin de vie ou en période de deuil.

Azraël et la création de l’homme

Azraël et les âmes
L’intransigeance d’Azraël sur l’heure de la mort ne l’empêche pas de rassurer et de guider les défunts vers la lumière.

Azraël reçoit l’attribution de son rôle à la suite de la création de l’homme. En effet, Dieu désire modeler le premier humain et charge l’archange Gabriel de récupérer une poignée de chacun des sept lits qui constituent la terre. Effrayée par l’idée de perdre des parties d’elle, la Terre supplie le messager céleste de renoncer à sa mission. Elle le met en garde, car, selon elle, la créature de Dieu, ainsi faite, se révoltera contre son créateur et sera maudite à tout jamais. Gabriel expose cette requête à son maître qui campe sur ses positions.

 

Le Tout-Puissant se tourne alors vers ses serviteurs Michaël et Azraël, pour lui rapporter le matériau dont il a besoin. Mais le premier se laisse aussi attendrir par les propos de la Terre. Au contraire, le second, sans s’émouvoir, arrache les sept morceaux demandés. Il les apporte en Arabie, où l’homme va être conçu. Satisfait de l’impassibilité d’Azraël face à la situation, Dieu le charge désormais de séparer les âmes des corps. Contrairement à ses semblables plus compatissants, Azraël résistera aux supplices des mortels à l’approche de leur trépas ! Mais pour les guider dans l’au-delà, il se montrera soucieux de rassurer les défunts.

Archange de la destinée

Azraël, messager du destin
Azraël veille au bon déroulement du destin. (© 2009 – 2020 gaux-gaux)

Un jour, Azraël se dévoile auprès du roi Salomon et dévisage l’homme qui est assis à côté de lui. Intimidé, l’homme en question interroge son hôte sur l’identité de ce sinistre inconnu. Le seigneur lui apprend qu’il s’agit de l’ange de la mort. Effrayé, le bonhomme presse Salomon d’invoquer le vent pour qu’il le transporte en Inde. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Azraël révèle alors au roi qu’il fixait cet humain, car il avait ordre de prendre son âme en Inde. Il était donc surpris de le trouver ici, en Palestine ! Mahomet racontait cette histoire pour montrer que personne ne pouvait échapper à son destin. Ainsi, Azraël accomplit-il les desseins de la destinée.

 

Au même titre que Gabriel, Michaël, Raphaël ou encore le puissant Métatron, Azraël appartient à la catégorie des archanges, des êtres purs qui effectuent des missions terrestres. Ange du passage, il établit un pont entre la dimension des vivants et celle des ombres. Dans la mythologie grecque, on retrouve cette qualité de messager chez le dieu Hermès qui relie le ciel, la terre et les Enfers. C’est lui aussi qui retire l’âme du corps. Son équivalent féminin, la déesse de l’arc-en-ciel Iris, elle, coupe le cheveu fatal des femmes et forme un pont entre le ciel et la terre.

Malgré son rôle jugé effrayant et son intransigeance, Azraël reste un être rayonnant et bienveillant.

Pour aller plus loin :


Sources :
  • Dictionnaire des sciences occultes de Jacques Collin de Plancy, 1846.
  • Dictionnaire de la mythologie de tous les peuples avec les rapprochements historiques de Luigi Capello, 1833.
  • Dictionnaire des anges (y compris déchus) de Gustav Davidson, 2005.

Poséidon : dieu grec de la mer et frère de Zeus

Armé de son célèbre trident, Poséidon est l’un des plus grands dieux du panthéon grec. Et ce n’est pas son homologue romain Neptune qui va tarir à cette réputation et qui a même donné son nom à une planète de notre système solaire ! Frère du puissant Zeus, il règne sur la mer et contrôle les eaux. Bien que marié à la nymphe Amphitrite, il séduit une foule de déesses et de mortelles. Sa descendance est vertigineuse, fabuleuse, mais également monstrueuse ! Pas étonnant pour ce dieu querelleur qui entre souvent en conflit avec les autres divinités de l’Olympe

Poséidon, le maître de la mer dans la mythologie grec
Image par intographics de Pixabay

À coup de trident

Poséidon est l’un des fils du titan Cronos, le Temps, et de Rhéa, la Fertilité. Comme pour ses sœurs, Déméter, Héra et Hestia, ainsi que son frère Hadès, son père, maître du monde, le dévore afin de converser son trône. Le dernier enfant, Zeus, échappe au massacre, grâce à sa mère qui le remplace par une pierre. Élevé par les nymphes, celui-ci met au point un stratagème avec Métis, océanide des eaux magiques, pour libérer sa famille. La nymphe concocte un breuvage que Cronos avale. Pris de nausées, le roi recrache l’ensemble de sa progéniture qui a bien grandi. La guerre entre les Dieux et les Titans, la Titanomachie, est déclarée.

Zeus, Poséidon et Hadès
Le monde se partage entre le ciel pour Zeus, la mer pour Poséidon et l’enfer pour Hadès.

Pour l’aider dans son combat, Poséidon reçoit des Cyclopes le trident, une arme capable de soulever la mer et d’ébranler la terre. Après la victoire des divinités, Zeus devient le nouveau souverain du ciel. Il partage le monde avec ses nombreux alliés, en premier lieu ses frères et ses sœurs. Poséidon hérite ainsi du domaine des eaux. Après Zeus, les Grecs le considèrent comme le plus puissant des dieux.

Poséidon et sa reine Amphitrite

Poséidon s’installe au fond de la mer, dans un somptueux palais. Le silence qui y règne commence à le peser. Il se met en quête d’une épouse. Lorsqu’il aperçoit Amphitrite, l’aînée des Néréides, les nymphes des vagues, sur l’île de Naxos, il tombe sur son charme. Le problème, c’est que la belle a prêté vœu de chasteté…

Pour lui échapper, la nymphe se cache auprès du titan Atlas qui soutient la voûte céleste. Son prétendant charge les créatures marines de la retrouver, en échange de ses faveurs. L’intelligent Delphinos, un dauphin, repère sa cachette. Il dresse un portrait si fabuleux du dieu marin que la néréide se laisse convaincre. En récompense, le cétacé devient l’un des attributs de Poséidon et sera placé dans les astres, aux côtés des étoiles, sous la forme de la constellation du Dauphin.

Poséidon et sa reine Amphitrite sur leur char
Poséidon et sa reine Amphitrite sur le char royal.

Le mariage se déroule à merveille. Reine des eaux, Amphitrite veille sur les animaux aquatiques. Elle met au monde plusieurs enfants : Triton, le mugissement de la mer, Rhodé, l’île de Rhodes, Benthésicymé, les vagues profondes, Cymopoléia, les vagues violentes, Albion et Bergion, deux géants. Poséidon se construit un char en forme de coquillage tiré par des chevaux marins, nommés les Hippocampes, car les Anciens pensaient qu’ils étaient la forme adulte du petit hippocampe tel que nous le connaissons. Le dieu de la mer vogue ainsi avec son épouse sur les vagues. Muni de sa conque en guise de trompette, leur fils Triton précédait le char et annonçait leur arrivée.

 

Une descendance monstrueuse

Des monstres de tout horizon

Tout comme son frère Zeus, Poséidon connaît de nombreuses aventures amoureuses et une sacrée descendance ! Avec sa grand-mère Gaïa, la Terre, il engendre Antée et Charybde. Le premier, un géant, bâtit un temple en son honneur avec les crânes de ses victimes. Héraclès (Hercule, en latin) parvient à l’étouffer en le soulevant, car la bête tirait sa force du sol. Quant à la deuxième, déesse des marées, un appétit vorace la consume et elle dérobe les bœufs du héros. Zeus la foudroie pour ce sacrilège et la précipite dans les flots. Elle devient un gouffre gigantesque qui engloutit les navires, en face de la non moins redoutable Scylla, monstre à six têtes.

Hercule défait Busiris
Busiris n’a pas choisi la bonne victime en s’en prenant à son cousin Hercule ! [Tableau de Jean-Baptiste Corneille]

Busiris, un tyran égyptien, est aussi l’un de ses fils. Réputé cruel, il immole à Zeus les étrangers à son pays. Malheureusement pour lui, il sonne sa fin quand il réserve ce sort odieux à Héraclès. Le demi-dieu qui vient de débarquer dans la vallée du Nil se voit ligoté à l’aide de bandelettes, prêt à être sacrifié sur l’autel. Par sa seule force, il se défait de ses liens et tue Busiris, son fils et l’ensemble des prêtres.

Poséidon est aussi le père, avec la nymphe marine Thoosa, du cyclope anthropophage Polyphème qui vit sur une île et élève des troupeaux de brebis. Ulysse aura fort à faire avec lui et, avec l’aide de ses compagnons, lui crèvera son unique œil.

 

Des créatures fabuleuses

C’est aussi Poséidon qui engendre Chrysomallos, le bélier à la toison d’or, après avoir changé la princesse Théophane de la tribu des Bisaltes en brebis, pour la dissimuler de ses nombreux prétendants, et s’être uni à elle. Les Argonautes, équipe de héros emmenée par Jason, partiront à la conquête de cette fameuse laine.

Sous la forme d'un cheval, Poséidon pourchasse Déméter
Déméter aurait peut-être dû se métamorphoser en un autre animal que celui que Poséidon préfère… [Tableau de Bessie Papazafiriou, 2004].

Sa sœur Déméter lui échappe sous les traits d’une jument. Le dieu des chevaux se métamorphose alors en étalon. De leur union naissent le cheval sauvage Aréion et une mystérieuse déesse du nom de Despoiné. Avec la naïade Salamis, il conçoit Cychrée dont la férocité lui donne le surnom de « serpent ». Celui-ci devient un roi fabuleux et le prêtre de Déméter.

Poséidon séduit Méduse, belle déesse à l’origine, dans un temple de sa nièce Athéna, déesse de la sagesse. Transformée en gorgone à la chevelure de serpents et au regard pétrifiant pour ce sacrilège, elle ne peut mettre au monde les enfants qu’elle attend du dieu. Lorsque le héros Persée la décapite, il les libère. Pégase, le cheval ailé, voit ainsi le jour, accompagné de son frère Chrysaor, un guerrier à l’épée dorée.

Querelles divines

Athéna et Poséidon en conflit pour la cite d'Athènes
L’olivier ou le cheval ? Athéna ou Poséidon ? [Tableau de Noël Hallé]

Notre séducteur entre souvent en conflit avec les autres Olympiens. Et encore une fois, il se confronte à Athéna pour la possession d’une cité de l’Attique. D’un coup de trident, il propose le premier cheval, Scyphios, à ses habitants pour les aider dans leur quotidien. Mais ceux-ci voient en lui le symbole de la guerre. Ils préfèrent l’olivier, gage de la paix, que leur offre la déesse de la sagesse. La ville prend alors le nom d’Athènes et non celui de Poséidonia.

Poséidon retrouve sa nièce rivale pour la possession de la cité de Trézène, dans l’archipel du Péloponnèse. Cette fois, Zeus intervient et déclare son frère roi de la ville. Il permet à sa fille Athéna de devenir la protectrice de ses murs. C’est l’hécatonchire Briarée, un géant à cent bras, qui départage le dieu de la mer avec Hélios, le Soleil, pour l’obtention de la cité de Corinthe. Le maître des eaux gagne l’isthme, c’est-à-dire la bande de terre qui relie la péninsule du Péloponnèse à la Grèce continentale et qui sépare mer Ionienne de la mer Égée. Hélios, lui, hérite de la majeure partie du territoire.

Apollon et Poséidon au service de Laomédon
L’avare Laomédon refuse de payer les deux immortels qui l’ont aidé.

Le dieu marin complote même contre Zeus, avec l’aide d’Héra et même d’Athéna ! Grâce à leurs forces unies, ils l’enchaînent à son trône. Tout le monde se demande bientôt qui va lui succéder. La néréide Thétis envoie Briarée à sa rescousse. Délivré, Zeus punit les traîtres. Son frère est chassé des cieux pendant une année. Il servira Laomédon, le roi de Troie, qui le charge de construire les murailles qui protégeront la ville. Il effectue cette tâche avec son neveu Apollon, lui aussi exilé. À la fin, le seigneur refuse de les payer. Recouvrant son pouvoir, le dieu de la mer provoque une inondation et envoie un monstre marin ravager le pays. Car si Poséidon se montre clément avec les pieux navigateurs, il sait se montrer sans pitié avec ceux qui oublient leurs promesses…

Carte d’identité de Poséidon

Les attributs et la généalogie de Poséidon

  • Fonction : dieu de la mer
  • Nom latin : Neptune
  • Famille : Fils du titan Cronos et de la titanide Rhéa. Frère de Zeus, roi des dieux, d’Hadès, les Enfers, de Déméter, l’agriculture, d’Héra, le mariage, et d’Hestia le foyer.
  • Épouse : Amphitrite, aînée de Néréides.
  • Enfants (cette liste n’est pas exhaustive) : Triton, Rhodé, Benthésicymé, Cymopoléia, Albion, Bergion, avec Amphititre. Antée, Charybde, avec Gaïa. Aréion, Despoiné, avec Déméter. Le cyclope Polyphème, avec Thoosa. Chrysomallos, le bélier à la Toison d’or, avec Théophane. Pégase, Chrysaor, avec Méduse. Cychrée, avec Salamis. Busiris.
  • Attributs : le trident, le dauphin, le cheval.

Pour aller plus loin :


Sources :
  • Dictionnaire des mythologies de Myriam Philibert, 1998.
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et de Roland Harari, 2000.
  • Mythologie grecque et romaine de A. Boime-Simon, 1833.
  • Dictionnaire abrégé de la fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837.

Le faisan : oiseau du tonnerre et de l’harmonie cosmique dans les contes et légendes

Dans les contes chinois, le faisan brille par sa présence. Associé à l’énergie du yang, il provoque le tonnerre. La mythologie grecque possède sa propre légende sur l’oiseau coloré, originaire d’Asie et jadis importé par les Argonautes en Europe. Au Japon ou dans certaines religions, l’animal annonce de mauvais augures. Cela n’empêche pas les chevaliers du Moyen Âge d’en faire l’emblème de leur courage.

Le faisan dans la mythologie et les contes
Image par Mabel Amber de Pixabay

Merveille de Colchide

Le faisan appartient à la famille des Phasianidés et, de manière globale, à celle des Gallinacés. Ce groupe comprend la caille, le coq, le dindon, le paon, la perdrix, la pintade et la poule. Le mâle présente un plumage exotique à longue queue alors que la faisane demeure terne afin de se confondre avec l’environnement des champs. Ce système de camouflage constitue le mimétisme.

Le faisan doré
Le faisan doré, une espèce haut en couleurs ! [Image par M Ameen de Pixabay]

Selon le mythe grec, les Argonautes, une équipe de héros menée par Jason, se lance en quête de la Toison d’or. Sans elle, le chef de l’expédition ne pourra récupérer le trône qui lui revient aux mains de son oncle Pélias. Après de multiples aventures, les navigateurs, victorieux, rentrent dans leur contrée.

À bord de leur vaisseau, l’Argo, ils ramènent plusieurs spécimens de faisans. Ces derniers les ont fascinés quand ils les ont aperçus en Colchide, sur les bords d’un fleuve nommé le Phase. À l’époque antique, les Grecs définissaient ce cours d’eau comme la frontière entre l’Europe et l’Asie. L’appellation des faisans provient du latin phasianus, « du Phase ». Ils s’adaptent vite à leur nouvelle terre et se multiplient sur tout le continent européen.

Origine d’un gibier

Itys, le faisanSi au départ le faisan incarne la beauté et embellit les territoires, il va devenir un mets apprécié pour sa chair. Un terrible mythe raconte pourquoi les hommes se mettent à le consommer. Une histoire qui dissuaderait n’importe quel chasseur d’en manger !

Térée, roi de Thrace et fils d’Arès qui règne sur la guerre, épouse Progné, une princesse athénienne. Loin de chez elle, la nouvelle reine, s’attriste de l’absence de sa sœur Philomèle. Son mari se propose de la ramener dans leur royaume. Au cours du voyage, il s’éprend de sa belle-sœur qui se refuse à lui. Il l’amène de force dans un château, proche de la capitale, la violente et lui tranche la langue pour qu’elle garde le secret. Pendant des années, elle reste enfermée dans les cachots. Tout le monde la croit morte dans un accident, selon les dires de son agresseur.

Philomèle profite de sa captivité pour perfectionner son art de peindre. Un jour, elle représente l’histoire de son malheur sur une toile qu’elle parvient à envoyer à Progné. Lors d’une cérémonie en l’honneur du dieu du vin Dionysos, cette dernière, qui a découvert la vérité, se glisse parmi les Ménades, les servantes de la divinité. Elle délivre sa sœur, au détour de la parade. Pour se venger de son époux, elle tue leur propre enfant Itys qu’elle cuisine. Le jeune homme sert de dîner. Lorsque Térée réclame son fils, elle lui avoue qu’il vient de l’ingurgiter et lance sa tête sur la table.

Progné et Philomèle, métamorphosées
L’une des Fables de La Fontaine offre une suite à l’histoire de Philomèle et Progné. [illustration de Jean-Jacques Grandville]

Hors de lui, le seigneur poursuit les deux sœurs pour les anéantir. Les dieux, témoins de ce carnage, décident d’intervenir. Ils métamorphosent Progné en hirondelle et Philomèle en rossignol, lui offrant la capacité de chanter au passage. Quant au poursuivant, il se transforme en épervier, un oiseau de proie qui chasse les oiseaux plus petits que lui. Itys recouvre la vie et se change en faisan. Depuis lors, cet animal deviendra comestible aux yeux de certains.

Le faisan et le serpent

Le cycle du faisan et du serpent
Le cycle universel du faisan et du serpent [estamped’Hokusai]

Le faisan joue un rôle important dans les mythologies de l’Asie orientale. Il symbolise l’harmonie cosmique par son chant et sa danse nuptiale. Pour cela, il concentre le principe du yang associé au mouvement, à la chaleur et au masculin, dans la philosophie taoïste. Il se manifeste ainsi au printemps. L’hiver venu, il se change en serpent qui représente le yin correspondant à la passivité, la féminité et le froid. On retrouve cette idée du serpent hivernal aux côtés de la déesse grecque de la saison glaciale Hora.

Le faisan rythme les saisons, mais aussi l’Univers. Les architectes anciens agrémentent, pour cette raison, les toits des temples shintoïstes et bouddhistes d’une reproduction de ses ailes. Par son symbolisme, le phénix, oiseau légendaire qui renaît de ses cendres, s’apparente à notre volatile. Mais le faisan ne vit pas éternellement comme lui. Pour déterminer son âge, les Wallons observent les bandes sur sa queue. Chacune d’elles équivaudrait à une année. Ses couleurs flamboyantes montrent que la nature ne connaît pas de fin à la création.

La fille de l’Empereur chinois Thân Nông, elle, aurait aimé vivre des années avec son prince. Par malheur, il se noie dans la mer orientale. Elle s’y suicide de désespoir. Dans les eaux, elle devient un Tinh-Vi, une créature semblable au faisan. Sous cette forme, elle saisit des pierres avec son bec et les lance dans la vaste étendue d’eau pour l’assécher, comme si elle essuyait ses larmes. Elle retrouvera, de cette façon, le corps de son bien-aimé.

Les battements du tonnerre

Le cri de la faisane évoque le bruit de la foudre, selon les Chinois. En raison de la lourdeur de son vol, le mâle manifeste ce grondement. D’un battement d’ailes, il crée le tonnerre dont il devient l’emblème. On l’invoquait ainsi pour mettre un terme aux orages. On le rapproche de l’oiseau-tonnerre des mythes amérindiens.

Mauvais présages

Momatoro et le faisanLe Japon a un avis plus mitigé sur le rôle du faisan. Momotaro, petit garçon courageux, célèbre héros de leur folklore, enfile une armure de samouraï pour combattre les démons qui terrorisent les villages alentour. En chemin, grâce à sa générosité, il se lie d’amitié avec un chien, un singe et un faisan, trois animaux qui l’accompagneront dans sa quête. L’oiseau devient ici un combattant des forces du bien. En revanche, dans la tradition populaire, son cri annonce un tremblement de terre.

Anamelech, divinité des habitants de Sepharvaïm, qui s’établissent dans la région biblique et montagneuse de Samarie, possède une tête de faisan ou parfois de caille. Bien que son nom signifie « roi doux et bon », le peuple lui sacrifie des enfants sur ses autels, à la manière du démon Moloch. Ses oracles présagent toujours de terribles nouvelles.

L’emblème du courage

En iconographie, la simplicité de l’esprit adopte pour emblème un faisan qui se cache la tête dans un buisson, s’imaginant n’être vu de personne lorsqu’il ne voit rien. Au contraire, la chevalerie française du Moyen Âge le prend comme symbole du courage et de la bravoure.

Tout à tour faisan et serpent, l’oiseau de Colchide revêt des rôles bien différents dans l’histoire de l’Univers.

Les faisans et les faisanes
Peinture par Archibald Thorburn.

Sources :
  • Revue des traditions populaires
  • L’Encyclopédie des symboles de Michel Cazenave, 1989.
  • Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes de Didier Colin, 2000.
  • Mythologie zoologique ou les légendes animales d’Angelo de Gubernatis, 1874.
  • Éléments de mythologie avec l’analyse des poèmes d’Homère et de Virgile de Nicolas de Bassville, 1804.
  • Dictionnaire de mythologie de tous les peuples avec les rapprochements historiques de Luigi Capello di Sanfranco, 1833.

Cléopâtra, déesse grecque de la gloire méritée et fille du vent Borée

Certaines figures de la mythologie grecque se dévoilent à peine dans les récits qui nous sont parvenus. Leurs légendes restent, sans doute, perdues à jamais. Cléopâtra, fille du vent nordique Borée et qui n’a rien à voir avec la reine d’Égypte, fait partie de cette catégorie. Essayons de retracer ses aventures et de lui redonner toute sa gloire…

Cléopâtre ou Cléobula, fille du dieu venteux Borée
Tableau de John William Waterhouse

À la gloire de Borée

Dans les mythes antiques, Borée, l’un des Vents, souffle sur le Nord. Un jour, il remarque Orithyie, une princesse athénienne, au bord d’un ruisseau. Dans une bourrasque, il l’emporte et l’emmène jusqu’à son palais, en Thrace. Elle accepte de devenir sa reine et lui donne cinq enfants : Calaïs et Zétès, génies des airs dotés d’ailes, Haemus qui se transformera en montagne, Cléopâtra et Chioné, déesse des neiges.

Le prénom de Cléopâtra signifie « la gloire du père » et donc la renommée de Borée. En effet, les borées, vents glaciaux et violents, jouaient un autre rôle. Ils annonçaient la consécration. L’historien Jules Michelet évoque des « borées qui soufflent la gloire ». La princesse, semi-divinité, se porte en digne héritière de cette tempête triomphante. Mais sa vie va connaître un tournant tragique et ce sera à ses frères de lui redonner son prestige.

Épouse du devin Phinée

Phinée, fils d’Agénor, roi des Phéniciens, et frère de Cadmos et de la belle Europe, est un prince doté du don de prophétie, accordé par Apollon. Ayant quitté son royaume en quête de sa sœur que Zeus enleva sous la forme d’un taureau, il atterrit en Thrace où il s’amourache de Cléopâtra.

Très vite, les deux tourtereaux se marient, engendrent deux fils, Plexippe et Pandion, et s’installent à Salmydesse, une cité de la région. Orgueilleux d’avoir la gloire à ses côtés, le jeune époux use de son don de voyance. Ses révélations divulguent les desseins des immortels et servent sa vengeance contre Zeus. La réaction du seigneur de l’Olympe ne tarde pas. D’un coup de tonnerre, le prétentieux perd ses visions.

Les Harpies persécutent le roi Phinée
Les Harpies persécutent le roi Phinée [par Willy Pogony]

En rage, le prince reproche son malheur à sa femme, la répudie et l’enferme. Il épouse, en seconde noce, Idéa, fille de Dardanos qui règne sur la Scythie. Celle-ci, jalouse, désire se débarrasser de ses beaux-fils et les accuse de séduction à son égard. En punition, leur père leur crève les yeux et les emprisonne avec leur mère. Devant cette nouvelle folie, Zeus frappe Phinée de cécité. Sa femme Héra, qui veille sur le mariage, s’indigne de la façon dont ce mortel bafouille les liens sacrés. Elle envoie les Harpies, monstres des tempêtes, le tourmenter et souiller sa nourriture.

L’honneur de la famille

Pendant ce temps, Calaïs et Zétès, surnommés les Boréades, se lancent en quête de la Toison d’or en compagnie d’autres héros, tels Jason et Héraclès, qui adoptent le nom d’Argonautes. Lors d’une escale, leur embarcation, l’Argo, s’arrête sur les rives de Salmydesse. Les jumeaux en profitent pour saluer leur sœur et apprennent son terrible destin.

Faisant honneur à leur père, ils refusent de se venger de Phinée. Touchés par son calvaire, ils acceptent même de le débarrasser des Harpies, en échange d’un moyen pour traverser les Symplégades. Ces deux falaises, situées au détroit du Bosphore qui relie la mer Noire à celle de Marmara, s’entrechoquent et rendent impossible toute navigation.

Les Boréades s’élancent dans les airs et repoussent les Harpies jusqu’aux îles Strophades. Alors qu’ils s’apprêtent à porter le coup de grâce, Iris, sœur des créatures et messagère d’Héra, intervient et les arrête. Depuis, les monstres s’établissent sur ces bouts de terre. Libéré, Phinée révèle aux Argonautes que s’ils lâchent une colombe entre les deux rochers, ils traverseront si l’oiseau réussit à franchir le passage. Sur ce symbole de paix, il indique à ses sauveurs où se trouve leur sœur. Quant à Idéa, elle est priée de rentrer dans sa patrie.

La lumière de Cléopâtra

Calaïs et Zétès délivrent Cléopâtra et, grâce à leurs pouvoirs, rétablissent la vue à leurs neveux. Insatisfait de ce revirement de situation pour Phinée, à qui il offrit la clairvoyance, Apollon le métamorphose en un animal à l’appétit insatiable et qui se terre hors des rayons du soleil. C’est ainsi que naît la taupe qui hérite d’une mauvaise vue et qui déteste la lumière que représente le dieu.

Depuis sa mésaventure, Cléopâtra, elle, séjourne dans la lumière. La gloire, qui est restée dans l’ombre des années, finit toujours par éclater au grand jour. Celle que certains auteurs appellent parfois Cléobula accompagne son père Borée. Elle récompense et illumine ceux qui subissent de violentes tempêtes glacées dans leur existence, mais persévèrent malgré tout. Elle se fait la représentante de ceux qui résistent comme les robustes vents nordiques. L’Olympe compte désormais une nouvelle déesse…

Cléopâtra, déesse de la gloire méritée
Image par Anant Sharma de Pixabay

Sources :
  • Mythologie pittoresque de Joseph Desnos, 1849.
  • Le Temple des Muses d’Antoine de Beaumarchais, 1742.
  • Promenades zoologiques dans la littérature ancienne de Paul Rossi, 1967.

Vinca pervinca : formule magique de guérison dissimulée dans la pervenche

Formule magique oubliée, Vinca pervinca renferme des secrets d’éternité. Elle guérit tous les maux, y compris ceux provoqués par la sorcellerie. Son pouvoir le plus fabuleux est de réparer le passé. Les familles et les amitiés se rétablissent sous sa prononciation. Et surtout, elle ramène les âmes des morts… L’incantation a fini par s’incarner dans la pervenche, une fleur reconnue pour ses propriétés médicinales.

Vinca-pervinca-formule-magique-pervenche

Des mots réparateurs

D’anciens sorciers, ou peut-être des fées liées à la nature, énoncent Vinca pervinca dans le but de soigner. En deux mots, la fièvre se dissipe, les hémorragies s’estompent, les morsures se cicatrisent. La puissance curative ne s’arrête pas là. Elle brise les malédictions et efface les charmes de la magie noire. Une vraie panacée !

Si l’on se penche sur son origine, ce mot dérive de Les pouvoirs curatifs de Vinca pervincavincere, « vaincre », « je surmonte ». Cette racine se retrouve dans Invictus, « dont on ne triomphe pas, invincible », célèbre poème de William Ernest Henley. À 25 ans, l’auteur britannique retranscrit sur papier sa résistance exceptionnelle à la douleur, suite à l’amputation de l’un de ses pieds.

Les paroles triomphantes du Vinca agissent également dans le champ des émotions. Elles règlent les conflits et rassemblent les familles. Les amours perdues se ravivent. Les amitiés se renouent. Ses mots résonnent jusqu’au monde des morts. Ils raniment les récents défunts et permettent la communication avec les âmes plus vieilles.

La façon de se servir de cette formule reste enfouie au temps des mythes et des légendes. Sans doute, est-elle trop puissante pour dévoiler tous ses secrets.

De formule à fleur éternelle

Néanmoins, les restes de ces paroles incantatoires subsistent, aujourd’hui, dans la fleur bleue violacée de pervenche. Vinca pervinca se soude en vincapervinca, se raccourcit en pervinca. Est-ce alors un hasard, ou en connaissance de cause, que les Grecs baptisent, de ce dernier mot, une fleur mystérieuse aux vertus thérapeutiques ? Le terme se modifie, une dernière fois, pour donner naissance à celui de la pervenche. Cette plante n’a rien à voir avec la pervinca des Anciens, mais offre d’étonnantes similitudes au niveau de ses bienfaits.

la pervenche résiste à la neige et au froid
La pervenche, reine des neiges ? [photo par Myriam Zilles de Pixabay]

La pervenche triomphe de la saison froide. Durant l’hiver, ses feuilles vertes et luisantes résistent à la décoloration. Amères, elles traitent les troubles neurologiques, la sénilité, les pertes de mémoire. Le symbole du souvenir apparaît ici et renvoie aux possibilités de la formule magique sur le passé. Dans la nature, la fleur pousse là où se situaient des champs cultivés et indique d’anciennes traces humaines à cet endroit.

Selon la croyance, elle résout les problèmes de santé. Un dicton populaire dit : La pervenche, contre tout mal, prend sa revanche. Grâce à ses propriétés astringentes, elle arrête les hémorragies. Elle devient un symbole d’immortalité et d’éternité. En Italie, les tombes des enfants et des adolescents recevaient des couronnes de cette fleur, dans l’espoir de les voir ressusciter. Même les vaches en portaient des colliers autour du cou, pour prévenir les maladies !

Violette des sorciers, des serpents et des morts

Des potions d'amour à base de pervenche
L’amour des premiers jours.

À partir du Moyen-Âge, la pervenche entre dans la composition des philtres d’amour. Les infidèles, sous son emprise, reviennent au foyer. Et les passions brisées se reconstituent. Par ce pouvoir ensorceleur, le végétal adopte le nom de « violette des sorciers ». Il permet de lancer des sorts et d’en annuler. De plus, ses cinq pétales évoquent le pentagramme, étoile à cinq branches utilisée en ésotérisme. Cloué sur la porte, il éloigne les vilaines sorcières.

À l’aide d’incantations secrètes, ses feuilles, frottées sur la peau, purifient les morsures de vipères. D’où sa dénomination de « violette des serpents ». Sa tige souple, qui rampe et se propage dans les sous-bois, rappelle cet animal sinueux et son lien avec le monde mystique.

Jetée sèche dans un feu, elle manifeste, au travers de la fumée, les êtres chers disparus. « La violette des morts » s’ajoute donc à ses appellations. Dans le langage des fleurs, elle exprime la mélancolie en lien avec cette propriété. En sa présence, les maisons se purifient des mauvais esprits. Alors, Vinca pervinca à tous !

Connaissez-vous l’histoire de la formule Abracadabra ?


Sources :
  • Dictionnaire de l’Académie française
  • Dictionnaire encyclopédique des sciences médicinales, 1874.