Les Chats d’Ulthar

Les Chats d’Ulthar est le titre d’une nouvelle de H.P. Lovecraft, parue en 1926. Dans ce récit, les habitants d’Ulthar s’en tiennent à une règle : « aucun homme n’a le droit de tuer un chat ». En effet, les félins, guidés par la vengeance, se sont révélés redoutables. À travers cette histoire, l’auteur nous rappelle les différentes représentations du chat.

Chats-Ulthar
Chats d’Ulthar représentés par Frej Agelli

Mystérieux animaux de compagnie

Amour et Haine

À Ulthar, les chats vivent en harmonie avec les villageois. Seul un couple de vieux paysans les considère comme des indésirables. Les citoyens n’osent s’approcher de ces marginaux. Leur visage, creusé de rides terrifiantes, suffit à les en dissuader.

Dans leur chaumière, dissimulée sous des chênes centenaires, derrière une cour abandonnée, les deux étranges personnages piègent et tuent les animaux de compagnie de leurs voisins. Personne n’est prêt à leur porter accusation. Mieux vaut plutôt éviter que son compagnon à quatre pattes erre dans le coin.

Chat noir

Un jour, une caravane d’étrangers venue du sud s’installe dans le village. Les voyageurs à la peau sombre intriguent les habitants. Sur la place du marché, ils prédisent la bonne aventure et dépensent leur argent contre des colliers de verroterie.

Chat-Noir
Chat noir

Puis, ils réalisent de curieuses prières. Et que dire des étranges silhouettes peintes sur leurs roulottes ? On y voit des humains avec des têtes de béliers, de chats, de faucons ou encore de lions. D’ailleurs, le chef de cette expédition porte un bonnet décoré d’une paire de cornes et d’un cercle.

 

L’un d’eux, Ménès est un petit orphelin. Il se montre inséparable de son chaton noir. Mais au troisième matin, son ami disparaît. Les villageois lui parlent du couple isolé et de leur haine des félins. Alors l’enfant tend les bras vers le soleil et récite une prière. Bientôt, les nuages prennent de curieuses formes. Le soir venu, les vagabonds quittent Ulthar.

La malédiction des chats

Le lendemain matin, tous les chats demeurent introuvables. Kranon, le maire, accuse les voyageurs de les avoir enlevés pour venger la peine de Ménès. Pour Nith, le notaire, le couple haineux doit encore avoir joué un mauvais tour.

Le jour suivant, à l’aube, tous les familiers réapparaissent. Pendant deux jours, ils refusent de manger leur pâtée ou de boire leur soucoupe de lait. Une semaine plus tard, leurs maîtres se rendent compte que la chaumière des époux maléfiques reste plongée dans le noir.

Accompagné de Shang, le forgeron et de Thul, le tailleur de pierres, Kranon, non sans peur, va voir ce qui se passe dans la maisonnette. Il y trouve deux squelettes parfaitement nettoyés et un grand nombre de scarabées étranges qui grouillent à travers la pièce. Les animaux domestiques semblent s’être livrés à un terrible festin, de quoi être victime d’ailurophobie ! Depuis, plus personne n’a le droit de tuer un chat à Ulthar.

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Représentations du chat

Animal sacré

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Bastet, déesse égyptienne à tête de chat

Dans son récit, Lovecraft, qui adorait les chats, rappelle leur nature divine. En Égypte ancienne, ils étaient l’égal d’un dieu. Ils passaient pour manger les chagrins et, après leur mort, bénéficiaient de l’honneur de la momification.

L’une des divinités les plus appréciées de ce peuple antique est Bastet. Elle présente les traits d’une chatte. Solaire, elle personnifie les bienfaits de l’astre lumineux.

Notons dans la nouvelle une référence au premier homme à avoir régné sur l’Égypte, Ménès. Le nom de Narmer, son prédécesseur lui est parfois attribué.

Cousin du lion

Si la déesse Bastet se montre de nature pacifique, elle garde en elle une autre personnalité, celle de Sekhmet. Cette dernière possède les caractéristiques d’une lionne et symbolise les ravages du Soleil. Violente, elle propage une puissance de feu destructif.

Lovecraft mentionne le chat comme roi de la jungle. En effet, il appartient à la même famille que le redoutable lion, celle des Félidés. Son caractère sauvage ne doit pas être oublié.

Sphinx
Le sphinx, monstre à corps de lion, parent du chat

Le sphinx est un autre de ses parents. Monstre à corps de lion et à tête humaine, il garde l’entrée des sanctuaires et représente le pharaon. Dans la mythologie grecque, la sphinge est son équivalent féminin et dévore les voyageurs incapables de résoudre ses énigmes. Lovecraft précise que la chat demeure plus ancien et plus sage que cette créature.

Compagnon des sorcières

Au Moyen Âge, les chats semblent se doter d’un autre aura, celle du diable. Ils assistent au Sabbat, assemblée nocturne des sorciers. Le démon aime, lui-même, prendre l’aspect d’un félin.

Croiser un chat noir porte malheur. D’ailleurs, notre couple de paysans ne survivra pas à sa rencontre avec celui de l’histoire de Lovecraft…

Découvrir l’univers de Lovecraft.

Le petit +

Ghost Towns : les Chats d’Ulthar est un jeu PC d’objets cachés édité par Big Fish Games.

« À votre arrivée dans la ville d’Ulthar, vous découvrez que le procès d’un garçon pour le meurtre d’un couple âgé se déroule. Sa sœur clame son innocence et vous demande d’en trouver les preuves avant que le verdict ne tombe ! Parcourez la ville à la recherche d’indices sur la disparition du vieux couple et la raison pour laquelle ils capturaient les chats de la ville. Tentez de sauver Ménès d’une condamnation injuste, et découvrez pourquoi les chats sont considérés comme sacrés à Ulthar. »

Récapitulons les principales caractéristiques des chats d’Ulthar

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    H.P. Lovecraft, auteur des Chats d’Ulthar.

    Fonctions : Animaux de compagnie, instruments de la vengeance de Ménès.

  • Apparition : en 1926, dans la nouvelle éponyme.
  • Créateur : H.P. Lovecraft.
  • Parenté : les déesses égyptiennes Bastet et Sekhmet, le lion (famille des Félidés), le sphinx.
  • Représentations : divinités, rois de la jungle, compagnons des sorcières.
  • Culte : animaux sacrés en Égypte antique et maléfiques au Moyen Âge.

Sources :

  • Dictionnaire du diable, des démons et sorciers de Pierre Ripert, 2012
  • Les Chats d’Ulthar (The Cats of Ulthar), nouvelle de H.P. Lovecraft, 1926
  • Dictionnaire Illustré des Arts Divinatoires de Thomas Decker, 1999
  • Dictionnaire des Mythologies de Myriam Philibert, 1998
  • Dictionnaire de la Mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et Roland Harari, 2000.
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Le serpent blanc

Le serpent blanc rampe dans plusieurs contes et mythes du monde entier. Il transmet un don unique aux hommes : la compréhension du langage des animaux.

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Un roi sage, réputé pour être au courant de tout ce qui se passe dans son royaume, comme s’il était omniprésent, est mentionné dans le conte « Le serpent blanc » des Frères Grimm. Son serviteur lui apporte chaque jour, à midi, un mystérieux plat.

Poussé par la curiosité, le serviteur finit par découvrir que son maître mange du serpent blanc ! Il goûte, à son tour, la chair du reptile. Aussitôt, il comprend la conversation de deux moineaux.

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Le serviteur du roi et les poissons

Ce don lui permet de secourir des poissons piégés dans des roseaux, d’éviter d’écraser des fourmis avec son cheval et de nourrir de petits corbeaux abandonnés par leurs parents. Reconnaissants, les animaux l’aideront à surmonter des épreuves et à conquérir une princesse.

Mélampe, médecin grec spécialisé dans l’utilisation des plantes, acquiert ce don, mais d’une manière un peu différente. Un jour, ses domestiques remarquent la présence d’une famille de serpents dans un vieux chêne autour de sa demeure. Ils s’empressent de tuer les parents et Mélampe intervient de justesse pour sauver les deux jeunes serpents restants.

Le médecin s’attache rapidement à eux et s’en occupe avec la plus grande attention. Devenus grands, les serpents se faufilent dans le lit de Mélampe, profondément endormi, et lui lèchent chacun une oreille. À son réveil, le médecin comprend le chant des oiseaux et la langue des animaux rampants.

Il comprend ainsi, plus tard, que le toit de la prison dans laquelle on l’a enfermé va s’écrouler, grâce à l’avertissement des vers qui en rongent les poutres. Il exige de changer de cellule, juste avant son effondrement.

Le serpent blanc offre l’accès à une connaissance plus étendue, grâce au don du langage des animaux.


Sources :

  • Dictionnaire de la Fable ou Mythologie de François Noël, 1803
  • Dictionnaire critique de mythologie de Jean-Loïc Le Quellec et Bernard Sergent, 2017
  • Dictionnaire des mythologies de Myriam Philibert, 1998
  • Dictionnaire illustré des Arts Divinatoires de Thomas Decker, 1999
  • Le Serpent Blanc des frères Grimm, Contes de l’enfance et du foyer, 1812.

Crédit Photos :

  • Image libre de droit sur Pixabay. par Atlantios.
  • Le Serpent Blanc d’Arthur Rackham, 1916

La licorne

La légende de la licorne remonte à l’Antiquité. Appelée monocéros (« une seule corne ») à cette époque, elle fut aperçue, pour la première fois, en Inde.

licorne

Le monocéros possède une tête pourpre avec une longue corne droite au milieu du front, blanche à la base, noire au milieu et rouge à l’extrémité. Ses yeux sont bleu foncé. Au Moyen Âge, cet animal fabuleux adopte le nom d’unicorne, puis de nos jours, licorne.

Aujourd’hui, la licorne ressemble à une jument blanche avec une corne tout aussi blanche. Elle se cache dans les forêts profondes. Solitaire, elle retrouve son partenaire à la saison des amours, au printemps.

Symbole de pureté, elle est agile, rapide, et forte. Si elle se montre douce, elle n’en demeure pas moins féroce pour protéger ses petits ou se mesurer à un éléphant. Ses sabots sont tranchants et sa corne puissante perce tout ce qu’elle frappe.

unicorn-2099819_960_720Furtive, elle s’apaise à la vue d’une jeune fille vierge. Les chasseurs utilisent cette ruse pour la capturer. Elle se trouve également hypnotisée par son reflet.

La corne de la licorne recèle des propriétés magiques : elle purifie l’eau. Utilisée comme corne à boire, elle préserve des convulsions et de l’épilepsie qu’importe le liquide qu’elle contient : eau, liqueur ou vin.

Mais son pouvoir le plus important reste d’être un anti-poison universel. En buvant dans une corne,  la personne s’immunise contre tous les poisons. Mieux encore, une personne empoisonnée guérira grâce à ce procédé.

La licorne demeure donc bien le symbole de la pureté au travers de sa blancheur, de son attirance pour les jeunes filles vierges et de son pouvoir de purification contre les poisons.


Sources :

  • Le bestiaire divin de Guillaume, clerc de Normandie, 1852.
  • Dictionnaire portatif de la mythologie pour l’intelligence des poètes d’André de Claustre, 1765.
  • L’Encyclopédie du Merveilleux – Tome 2 : du bestiaire fantastique d’Édouard Brasey, 2006.
  • Histoire naturelle du monde surnaturel de Joel Levy et autres auteurs, 2000.
  • Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772
  • Les animaux ont aussi leur histoire : les mystères de la licorne de Michel Pastoureau et Mathilde Wagman, émission de France Culture, 2015.

Crédit image : images libre de droit sur Pixabay ; auteurs : ArtsyBee & Ractapopulous

Le prince-grenouille

Dans une fontaine, habite un prince transformé en grenouille par une sorcière. Qu’a-t-il fait pour mériter ce sort ? Qui est la sorcière ? Cela demeure toujours un mystère.

Grenouille bleue

Un jour, une boule d’or tombe dans sa fontaine. La plus jeune fille du roi vient de perdre son jouet préféré. Attiré par ses pleurs, le batracien lui propose de lui rapporter sa boule d’or en échange d’une promesse :

« Je n’ai envie ni de tes robes, ni de tes perles ou de tes pierres précieuses, ni de ta couronne d’or non plus ; mais je voudrais que tu me traites avec sympathie et que tu m’acceptes comme compagnon de jeux et camarade ; j’aimerais m’asseoir à côté de toi à table et manger dans ta petite assiette d’or, boire dans ton petit gobelet, dormir dans ton petit lit, voilà ! Et si tu me le promets, je plongerai tout au fond et je te ramènerai ta boule d’or. »

La princesse accepte, mais une fois sa boule d’or récupérée, plus question de tenir parole à cette affreuse créature ! Notre prince-grenouille compte bien pourtant lui faire tenir sa promesse et il saute jusqu’au château :

« Fille du roi, la cadette ouvre-moi ! Ne sais-tu pas ce qu’hier tu m’as dit à la fraîche fontaine ? Fille du roi, la cadette ouvre-moi ! »

Le roi ordonne à sa fille d’honorer la promesse qui a été faite à l’amphibien. Voilà le prince-grenouille qui suit la jeune fille partout. Au moment d’aller se coucher, la princesse, dégoûtée par le visqueux animal, le jette violemment contre le mur et voilà que le prince retrouve forme humaine et se marie avec la fille du roi.

roi grenouille

Le prince-grenouille apparaît dans le premier conte des frères Grimm. La traduction du titre de ce conte donne « Le roi-grenouille« , mais l’histoire parle bel et bien d’un prince. D’autres titres lui sont attribués : « la fille du roi et la grenouille » ou « Henri-le-ferré » en référence au fidèle valet du prince.

La version des frères Grimm ne mentionne pas le fameux baiser qui briserait le charme. La grenouille subit bien des sorts horribles dans d’autres versions pour retrouver son état : elle est brûlée ou encore décapitée ! C’est la scène du baiser, bien plus douce, que retiendra l’imaginaire collectif.

La transformation du prince en grenouille rappelle que cet animal est lié à la métamorphose : le têtard devient grenouille. Dans le conte, il inspire le dégoût en contraste à la beauté de la princesse. Il symbolise aussi les organes génitaux masculins que la jeune fille répugne jusqu’à les redouter dans son lit, avant de les accepter et de mûrir en femme.

La grenouille nous montre que derrière l’apparente laideur peut naître des sentiments et révéler la beauté intérieure. L’amour ne vient pas uniquement d’un coup de foudre, mais aussi de la connaissance de l’autre et de la reconnaissance de ses qualités. Avez-vous déjà rencontré un prince-grenouille ? Ouvrez l’œil !

Dans le royaume bleu, une reine-grenouille existerait aussi, mais ceci est une autre histoire…


Source :

  • Contes de l’enfance et du foyer, recueil des frères Grimm (1812)

Crédit image :

images libres de droit sur Pixabay, auteurs : jill111 & cocoparisienne