L’Eau de la Vie : un remède miracle

L’Eau de la Vie est le titre d’un des contes des frères Grimm. Réputé pour ses propriétés miraculeuses, le liquide magique représente l’unique espoir pour trois princes de sauver leur père malade. Et comme vous vous en doutez, il demeure bien difficile de s’en procurer…

L'Eau de la Vie jaillit d'une fontaine.

Une fontaine de Jouvence

L’Eau de la Vie se situe dans la cour d’un château enchanté où elle jaillit d’une fontaine. Une lourde porte de fer protège l’entrée de la forteresse ensorcelée et repousse les envahisseurs. Si vous arrivez à pénétrer à l’intérieur, garde aux deux féroces lions qui se jetteront sur vous !

Si vous survivez, il ne restera plus qu’à recueillir l’eau miraculeuse avant le retentissement des douze coups. Passé ce délai, les portes du château se reformeront et vous retiendront prisonnier pour l’éternité. C’est cette aventure que va tenter chacun des trois princes.

La soif justifie les moyens

Dès qu’ils apprennent qu’un antidote existe au mal du roi, ses héritiers s’empressent de le convaincre de les laisser partir. Face au périple qui les attend, le souverain affaibli refuse. L’aîné se montre persuasif et galope vers la contrée fabuleuse.

Le nain punit les princes orgueilleux.
Mieux ne vaut pas manquer de respect à un nain !

Mais l’intention de ce premier fils ne semble pas motivée par l’amour, mais par l’héritage que son père lui offrira quand il l’aura sauvé de la mort. Sur son chemin, il rencontre un nain qui lui demande où il chemine à toute allure comme ça. Le garçon orgueilleux le traite de nabot et trace sa route. Vexé, le petit homme piège le vaniteux entre deux montagnes.

L’absence prolongée de son grand frère incite le deuxième enfant à saisir sa chance et à se rue à son tour en quête du Graal. Tout comme son aîné, il nargue le nain et finit prisonnier.

Dernier espoir, le cadet s’élance à la recherche du liquide merveilleux. Ses intentions, toutefois, restent de secourir son père. Alors qu’il croise la route du nain, il le considère avec respect et lui indique qu’il cherche la fameuse Eau de la Vie.

La vie ne s’écoule plus

Lion de pierre, gardien du château.
Le roi des animaux surveille l’accès au château.

Pour récompenser la conduite convenable du dernier héritier de la couronne, le nain lui offre une baguette de fer et deux petits pains. Le jeune prince pourra désormais ouvrir le solide portail du palais envoûté. Quant aux pains, ils calmeront les félins, gardiens du château. Le minuscule bonhomme met en garde le garçon contre les douze coups qui retentiront et signaleront la fermeture de la seule issue.

Parvenu à la forteresse, le prince frappe trois fois l’entrée avec sa baguette. La porte cède et il jette la nourriture aux lions qui le laissent passer. À l’intérieur du bâtiment de pierres, l’étranger découvre des princes figés par l’enchantement. La vie ne s’écoule plus entre les murs maudits. Après avoir retiré les bagues princières, il se saisit d’un pain et d’une magnifique épée.

Le jeune homme poursuit sa visite et découvre une charmante princesse réveillée dans l’une des chambres. En pénétrant dans le château, il a rompu le charme et le temps a repris son cours. Elle lui indique où se trouve la fontaine fabuleuse et lui promet de se marier avec lui, s’il revient dans un an. Sous le poids de la fatigue, il s’endort dans un lit confortable alors que la cloche commence à retentir…

Amer comme l’eau de la mer

Au son des cloches, le prince se réveille brutalement et se saisit d’un gobelet pour récupérer un peu des eaux de l’existence. Il sort de l’endroit enchanté à la dernière minute et la porte se referme, emportant un bout de sa chaussure.

De retour sur le territoire du nain, il lui montre ses trésors. Le petit homme lui indique que l’épée qu’il a emportée lui permettra de battre des armées tandis que le pain ramassé ne s’épuisera jamais. Mais le prince n’est pas tout à fait ravi, car il voudrait obtenir la libération de ses frères perfides. Le nain finit par y consentir, non sans le mettre en garde sur leur fourberie.

Les trois frères entament le long voyage du retour. En chemin, l’épée et le pain permettent de préserver trois royaumes de la guerre et de la famine. L’ultime étape du trajet oblige les garçons à traverser la mer. Alors que le cadet s’endort dans sa cabine, les deux autres s’emparent du précieux gobelet et le remplacent par de l’eau de mer.

Quand le plus jeune fils remet la boisson des miracles à son père, l’état du monarque empire. On l’accuse alors d’empoisonnement alors que ses frères bénéficient de tous les honneurs, en présentant la substance guérisseuse.

Suite à cet accident, le souverain rétabli envoie son veneur tuer son dernier fils. Comme dans le conte de Blanche-Neige (où l’on retrouve aussi la présence des nains), le chasseur l’amène dans la forêt, mais refuse de l’assassiner. Ils échangent leurs habits et le prince s’enfuit dans la forêt.

D’eau et d’or

Un jour, les rois voisins livrent des trésors pour remercier le prince cadet qui les a sauvés de la famine et des guerres. Le roi comprend la duperie de ses deux autres enfants et regrette d’avoir fait exécuter son fils méritant. Ravi, le chasseur lui relève qu’il demeure toujours vivant.

Pendant ce temps, la princesse du royaume désenchanté ordonne la construction d’une allée d’or devant l’entrée. Seul celui qui marchera dessus obtiendra l’autorisation d’entrer et deviendra son mari. Les deux princes menteurs tentent leur chance, mais passent à côté du sentier doré de peur de gâcher un bien si précieux. Les gardes leur refusent l’accès. Un an après qu’il a désensorcelé le château, le cadet foule le chemin brillant, plus préoccupé de retrouver sa belle que de posséder des richesses. Son père le réhabilite alors que ses frères honteux s’enfuient par les mers.

Une baguette magique.À la croisée de Blanche-Neige (pour les personnages des nains et du chasseur), de Cendrillon (pour les frères jaloux et la baguette magique) et de la Belle au Bois Dormant (pour le château enchanté), ce récit reprend tous les ingrédients des contes de fées. Qui sait aujourd’hui où se trouve la fontaine qui contient l’Eau de la Vie capable de guérir toutes les maladies…

 

 

Continuez votre visite d’autres châteaux enchantés comme celui du château hanté ou le château habité par des lions.

Retrouvez tous les articles sur les contes dans la rubrique consacrée.

 

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Le prince-lion : un amoureux ensorcelé

Le prince-lion pousse son rugissement dans un conte des frères Grimm, La fauvette qui saute et qui chante. Sous les chants de ce bel oiseau, se cache une terrible malédiction. Comme la Belle, la dernière fille d’un voyageur demeurera prisonnière de la Bête. Mais un amour surgira de la forêt sauvage. Le temps et un féroce dragon le mettront à rude épreuve. Laissez-vous ensorceler par l’histoire d’un prince qui marche, félin, dans la lumière.

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Un lion ou un prince ?

La fauvette qui saute et qui chante

Tout commence par une fauvette ! Ce petit oiseau chanteur au plumage fauve appartient au groupe des Passériformes, un ordre d’espèces arboricoles. D’ailleurs, le conte où apparaît le prince-lion s’intitule La fauvette qui saute et qui chante par les frères Grimm. Notons que le mot « fauvette » dérive de « fauve« , ce qui rappelle le roi des animaux.

La troisième et dernière fille d’un homme désire un tel oiseau alors que ses sœurs préfèrent les perles et les diamants. Au cours d’un long voyage, le père récupère facilement les bijoux, mais il s’aventure au cœur de la forêt pour trouver le passereau.

Dans ce lieu sauvage, il tombe sur un redoutable lion, propriétaire d’une fauvette parfaite en tout point. La féroce bête consent à lui épargner la vie et à lui laisser son compagnon à plumes s’il lui ramène la première personne qu’il croisera à son retour. Vous l’avez deviné : la cadette est condamnée à finir dans la gueule du félin.

Le royaume qui rugit

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La jeune femme se trouve dans un étrange royaume peuplé de lions

Heureusement pour la pauvre fille, le lion demeure un prince victime d’un enchantement. Lui et les siens se transforment en félins au contact de la lumière. Ainsi, la jeune femme erre au milieu de ces dangereux carnivores. Le soir venu, elle découvre le vrai visage de son ravisseur et en tombe amoureuse.

Bientôt, la captive devient princesse. Elle dort la journée, en compagnie des félidés, et vit la nuit avec les hommes. Un jour, le prince confie à sa tendre que la sœur aînée de cette dernière va se marier. Son époux l’autorise à y aller, mais refuse lui-même de s’y rendre. Il la fait escorter par des lions. Elle retrouve avec joie sa famille qui la pensait dévorée.

Lors des noces de sa deuxième sœur et devenue mère d’un enfant, elle supplie son bien-aimé de l’accompagner. Le prince lui révèle que si un rayon de lumière le touche en dehors de la forêt, il se métamorphosera en colombe pendant sept longues années. Sa compagne insiste et ils participent tous deux à la fête.

Le fauve lion qui devient blanche colombe

Prenant toutes les précautions nécessaires, la princesse mure une pièce chez son père pour que son mari s’y réfugie. Mais lorsque les invités allument les flambeaux de la noce, un fin rayon touche le prince qui se transforme aussitôt en colombe.

Quand elle revient, son épouse découvre le drame. Il lui explique que, pendant sept ans, il volera jusqu’au bout du monde. Pour qu’elle suive sa trace, il déposera tous les sept pas une goutte de sang et l’une de ses plumes. Si elle parvient à le retrouver, elle pourra le libérer.

La jeune femme poursuit l’oiseau pendant presque sept ans jusqu’à ce que les plumes et le sang n’apparaissent plus sur son chemin. Désespérée, elle demande de l’aide au Soleil. Ce dernier ne sait pas où se trouve la colombe, mais lui offre un coffret à ouvrir en cas de danger. De même, elle interpelle, sans succès, la Lune qui lui remet un œuf.

Le vent de la nuit n’a rien vu non plus, mais il interroge les autres courants d’air. Par chance, le souffle du Sud a aperçu le pigeon blanc. Le prince est arrivé jusqu’à la mer Rouge où il est redevenu un lion.

Le dragon qui s’empara du prince

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Le prince-lion et la princesse-dragon s’affrontent sur les bords de la mer Rouge où habite un griffon.

La jeune femme apprend que son lion combat un dragon, en réalité une princesse elle aussi victime d’une malédiction. Le vent nocturne lui conseille de couper le onzième roseau qu’elle trouvera sur la rive droite de la mer Rouge et de frapper le monstre volant avec. Selon lui, cela permettra aux animaux de retrouver forme humaine. Pour retourner chez elle avec son mari, elle montera sur un griffon qui habite non loin. Elle devra jeter une noix au milieu de la mer qui deviendra aussitôt un noyer pour que l’oiseau fabuleux se repose à mi-chemin.

Alors que la princesse parvient à rendre leur véritable apparence aux deux adversaires, la suite ne se déroule pas comme prévu. L’autre princesse serre le prince dans ses bras et tous deux s’envolent sur le dos du griffon. Désespérée, notre héroïne trouve pourtant le courage de partir à la recherche de son bien-aimé. Après un long voyage, elle arrive au château de sa rivale et où les noces avec son prince vont être célébrées.

Ne sachant comment pénétrer dans l’enceinte, elle ouvre le coffret du Soleil et y découvre une robe rayonnante. Ainsi vêtue, elle illumine le bal royal. Sa concurrente, qui ne l’a pas reconnue, marchande avec elle pour obtenir sa tenue afin de la porter à son mariage. Alors la belle lui répond :

— Ni pour or, ni pour argent, mais chair et sang en sont le prix.

Elle demande ainsi à passer une nuit dans la chambre où dort le fiancé. La future mariée, subjuguée par la robe, accepte, ayant pris soin au préalable d’endormir le prince avec un somnifère. L’héroïne lui raconte toute sa mésaventure, mais il ne peut l’entendre. Abattue, la belle quitte le château en larmes. Elle se rappelle alors l’œuf de la Lune et le casse. Une poule et ses douze poussins en or en sortent aussitôt. Ainsi les échangent-elles contre une nouvelle nuit au chevet de son amour. Cette fois-ci, le prince, au courant pour le somnifère, écoute toute l’histoire. Il ouvre les yeux et enlace sa bien-aimée. Ses retrouvailles le délivrent d’un charme qui avait effacé sa mémoire.

Sous la crainte du père de la princesse, un méchant sorcier, les amoureux s’échappent. Ils s’envolent à dos de griffon et regagnent leur royaume où leur fils est devenu un homme.

Lire l’histoire de La Fauvette qui saute et qui chante des frères Grimm

Connaissez-vous l’histoire du prince-grenouille ?


Sources :

  • La fauvette qui saute et qui chante des frères Grimm.
  • Dictionnaire de l’Académie française.

Images :

  • Un lion par IanZa sur Pixabay.
  • The Lady and the Lion d’Arthur Rackham, 1909.
  • Un lion-tigre par DrSJS sur Pixabay.

 

L’apprenti sorcier : personnage d’un poème de Goethe

L’apprenti sorcier, célèbre ballade de Goethe, poète allemand du 19e siècle, puise son origine dans l’Antiquité. En 1897, le compositeur Paul Dukas s’en inspire pour créer un poème symphonique. C’est sous une musique envoûtante que se raconte la mésaventure de cet élève magicien.

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L’apprenti sorcier, héros d’une ballade de Goethe (Image d’Etienne Morel, 1965)

Apprenti d’un grand mage

Notre sorcier en herbe apprend les rudiments de la magie auprès d’un vieux et puissant maître des forces invisibles. C’est au fond d’une sombre forêt que se déroule son apprentissage.

Le professeur, occupé par ses créations magiques, se sert plutôt de son élève comme d’un valet pour effectuer des tâches ingrates. En tendant une oreille discrète, l’assistant tente de percer le secret des sorts interdits.

Lorsque le mage s’absente pour la journée, un repos bien mérité s’impose. Pourquoi ne pas prendre un bon bain relaxant ? Encore faut-il le remplir !

Sorcier imitateur

Trop paresseux pour puiser l’eau de la rivière, l’étudiant en sorcellerie se rappelle une formule magique prononcée par son maître pour animer des objets. Pourquoi ne pas envoyer quelqu’un effectuer ce pénible travail à sa place ?

Balai-Animé-Fantasia
Balai animé dans le court-métrage Fantasia (Disney)

Il envoûte ainsi un balai. Équipé d’un seau, l’objet ensorcelé part chercher de l’eau pour remplir la baignoire. Il accomplit sa tâche à merveille. Mais lorsque le bain déborde, il poursuit son rôle. Comment le désensorceler ?

Bientôt, une inondation menace la maison du grand magicien. Pour stopper ce déluge, le disciple inexpérimenté ne connaît pas d’incantations miraculeuses. Il se saisit alors d’une hache et fend l’ustensile de ménage en deux. Comme l’hydre de Lerne dont deux têtes repoussent à la place d’une tête tranchée, ce sont deux bouts de balais qui s’éveillent et reprennent leur fonction.

Rien ne peut arrêter les deux assistants de bois jusqu’à ce que le maître-sorcier rentre. D’une seule parole, il les désenvoûte et évacue les eaux. Le gamin fait profil bas. Il a joué avec des forces qui le dépassaient. Comme toute chose, du temps et du travail s’avèrent nécessaires pour maîtriser un sujet. L’imitation n’a pas sa place.

Créateur d’objets assistants

Dans son œuvre, le poète Goethe annonçait déjà l’apparition des robots domestiques. Les dangers du progrès et des machines inventées par l’homme s’expriment dans ce balai incontrôlable.

Un apprenti sorcier, dans la langue française, devient une personne qui, par inexpérience, déchaîne des forces qu’elle ne peut maîtriser. Ainsi naît l’expression jouer à l’apprenti sorcier.

Personnage de Goethe d’origine antique

Johann Wolfgang von Goethe écrit ce poème en 1797. Il s’inspire d’un passage de Les amis du mensonge ou l’Incrédule de Lucien de Samosate, écrivain de l’Antiquité.

Dans ce dialogue entre Tychadiès (représentation de l’auteur Lucien de Samosate) et divers interlocuteurs, le propos consiste à déterminer la véracité des histoires fabuleuses. Tychadiès reste incrédule face à ces anecdotes merveilleuses qu’il pense être des mensonges. L’une d’elles inspira la ballade de Goethe :

Apprenti-Sorcier-Goethe
Le célèbre chapeau du magicien

« Quand nous étions dans une hôtellerie, il ôtait la barre de la porte ou s’emparait, soit d’un balai, soit d’un pilon, et il l’habillait de quelques guenilles. Ensuite, il lui jetait un sort en prononçant une formule incantatoire : alors, l’objet se mettait à marcher avec une telle aisance qu’on eut dit un humain. Cet esclave, d’un genre très particulier, puisait l’eau, préparait les repas, faisait le ménage et nous servait avec un soin extrême. Lorsque Pancrate n’avait plus besoin de ses services, il lui rendait son état originel de balai ou de pilon en prononçant une nouvelle formule magique.

J’étais émerveillé par cet enchantement, mais je ne pouvais obtenir la formule qu’il gardait secrète. Certes, avec courtoisie, il refusait toujours de me la dévoiler. Un jour, à son insu, tapi dans l’ombre, je parvins à entendre la fameuse incantation. C’était un mot renfermant trois syllabes. Peu après, Pancrate dut sortir pour affaires à l’agora : auparavant, il avait donné ses consignes au pilon.

Le lendemain, l’Égyptien étant à l’agora, je saisis le pilon ; je lui enfilai quelques hardes, comme d’habitude, prononçai les trois syllabes miraculeuses, puis lui ordonnai d’aller chercher de l’eau. Le pilon m’en rapporta une pleine amphore. « Très bien, dis-je, il y en a assez, redeviens le pilon d’avant. » Mais – c’est là le problème – il refusa de m’obéir et continua à puiser de l’eau, sans aucun d’état d’âme, jusqu’à ce que la pièce fut inondée. J’étais désemparé, vous le pensez bien, et mortifié à l’idée de mettre en colère mon ami Pancrate. Je n’avais pas tort. Je pris donc une hache et coupai le pilon en deux. Hélas ! deux morceaux de bois se dressèrent aussitôt, qui prirent chacun une amphore et allèrent puiser de l’eau. J’avais désormais deux serviteurs en action, au lieu d’un. Pancrate revenu, il devina la cause de cette pagaille, et rendit à ces porteurs d’eau leur forme première. Quelques jours plus tard, l’Egyptien disparut. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. »

Le compositeur français Paul Dukas en fait un poème symphonique. À l’aide de divers instruments (bois, cordes, cuivres, percussions), il retranscrit ce récit et le propulse au rang des contes célèbres. Walt Disney reprendra sa version musicale en mettant en scène Mickey Mouse dans le rôle de l’apprenti sorcier. Ce court-métrage apparaît dans le film Fantasia.

Découvrir le version de Paul Dukas


Sources :

  • Dictionnaire de l’Académie Française
  • Les Amis du mensonge ou l’Incrédule de Lucien de Samosate
  • L’Apprenti sorcier de Johann Wolfgang von Goethe, 1797

 

Dame Trude, la sorcière diabolique

La mauvaise réputation de Dame Trude se répand dans tout le village. Pour autant, n’occupe-t-elle pas une demeure fantastique ? Les objets de sa maison ne ressemblent à rien de connu. Bien sûr, ils paraissent étranges, mais la véritable apparence de la dame l’est encore plus…

Dame Trude

 

Dame Trude vit au fond des bois. Son habitation est réputée fantastique par les objets qui la composent. Très vite, son nom s’emploie comme synonyme de « sorcière ». Pas question de lui rendre visite !

Pour une fillette désobéissante, la curiosité devient trop forte. La voilà en chemin chez Dame Trude, malgré l’avertissement de ses parents. Lorsqu’elle arrive à destination, l’enfant ressent de l’effroi.

Pourtant, Dame Trude l’accueille chaleureusement :

« Pourquoi es-tu si pâle ? »

La fillette lui raconte qu’elle a vu, à tour de rôle, plusieurs hommes bizarres sortir de la maison : un noir, un vert et un tout rouge de sang.

Dame Trude la rassure. L’homme noir se trouve être un charbonnier et l’homme vert correspond à un chasseur en uniforme. Quant à l’homme rouge, ce n’est rien d’autre qu’un boucher.

Cependant, la petite a regardé par la fenêtre de la maison et, à la place d’y voir Dame Trude, elle a aperçu le diable avec une tête de feu. La dame lui révèle alors que c’est elle qu’elle a aperçue, sous son apparence de sorcière diabolique.

Comme la fillette l’a vue sous sa forme originelle, Dame Trude peut désormais utiliser ses pouvoirs sur elle. Elle la transforme en bûche et la jette aussitôt au feu. La sorcière se réchauffe ainsi, en attendant le prochain curieux…

Le petit +

Dame Trude reste l’un des rares contes des frères Grimm où la méchante sorcière triomphe à la fin.


 

Source :

  • Contes de l’enfance et du foyer, recueil des frères Grimm (1812)

Crédit image :

  • Frau Trude par Kywyn, 2011

Monsieur Corbis : un mystérieux bonhomme

Qui est donc Monsieur Corbis ? Une chose demeure certaine : tout le monde souhaite lui rendre visite ! Le conte éponyme des frères Grimm retranscrit l’histoire de ce personnage mystérieux.

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En route chez Monsieur Corbis !

Un monsieur réputé

Tout commence par le projet de Petit Coq et de Dame Poulette d’effectuer un beau voyage. Dans cette idée, l’oiseau de basse-cour construit un magnifique carrosse avec quatre roues rouges comme sa crête et il s’en montre très fier ! Et ce sont quatre souris qui tireront cet attelage.

Mais où aller ? Et pourquoi pas chez ce cher Monsieur Corbis ? C’est parti ! Le couple d’oiseaux se met en route. Au cours de leur voyage, ils rencontrent deux autres animaux, un chat et un canard, et quatre objets animés : une pierre de meule, un œuf, une épingle et une aiguille.

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Huit voyageurs prennent place dans le carrosse.

Ce gentil monde apprécie l’idée de rendre visite à Monsieur Corbis. Petit Coq les invite à prendre place dans son carrosse. Voilà donc nos huit voyageurs et les quatre souris en route !

La naissance d’une mauvaise réputation

Arrivée à destination, notre troupe constate, avec déception, l’absence de Monsieur Corbis. Ils décident de l’attendre dans sa maison. Quand Corbis rentre chez lui, ses « invités » se sont endormis et il n’a pas remarqué leur présence. En voulant allumer un feu de cheminée, il déclenche une série de catastrophes.

Monsieur-Corbis-Conte
Le pauvre Monsieur Corbis n’a pas le temps de se justifier.

Le chat, couché dans la cheminée, pense que cet effrayant individu tente de le tuer. Pour se défendre, il lui jette des cendres. Barbouillé, Corbis court jusqu’à son puits, mais le canard qui y barbote s’affole et lui inonde le visage. Il fonce vers sa cuisine pour s’essuyer avec une serviette. Roulé dedans, l’œuf s’écrase sur sa figure. Le monsieur n’y voit plus rien !

Puis l’épingle, installée sur le coussin du fauteuil, le pique. En colère, le pauvre bonhomme s’étend sur son lit. Aïe ! L’aiguille se plante sur sa joue. C’en est trop ! Monsieur Corbis décide de quitter cette maudite maison. Et en passant la porte d’entrée, la pierre de meule tombe sur lui et le tue…

Sans avoir eu le temps de s’expliquer, le malheureux n’est plus. Nos voyageurs n’ont vu qu’un homme peu fréquentable et méchant ; la rumeur se propage rapidement… Mais pour que le sort s’acharne autant sur ce monsieur, n’était-il pas un mauvais individu ?  À vous de vous faire votre propre avis sur ce Monsieur Corbis !

Le petit +

Le roman policier Le Crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie se rapproche de cette histoire. En effet, douze voyageurs (cela correspond au nombre des personnages du conte) d’un train deviennent suspects d’un meurtre commis durant le trajet.


Source :

  • Contes de l’enfance et du foyer, recueil des frères Grimm (1812)

Images :

  • Visiting Herr Korbes, peinture de Kristin Tercek, 2014
  • Monsieur Corbis, illustration de Walter Crane

Dame Holle, la Dame Hiver

Munie de longues dents, la vieille Dame Holle a de quoi faire peur ! Pourtant, elle se révèle bienfaisante, du moins avec ceux qui en valent la peine…

Dame Holle

Dans un royaume paisible où pousse une infinité de fleurs et où les aliments sont doués de parole, une vieille dame coule des jours heureux dans sa maisonnette. Sa principale préoccupation demeure de garder son logis en ordre. Elle se prénomme Dame Holle ; ce dernier mot signifie « enfer » en allemand.

Le passage d’accès au monde de Dame Holle se situe dans un puits, suggérant un royaume souterrain comme l’enfer. La vieille femme symbolise la mort de la terre ce qui explique son lien avec l’enfer et la quatrième saison. On la surnomme, d’ailleurs, Dame Hiver. En secouant son édredon, des plumes volent et se transforment en neige. Quand les flocons tombent, on dit que « Dame Holle fait son lit« .

Le plus souvent, Dame Holle présente l’aspect d’une vieille femme dont la dentition n’a rien à envier à un vampire ! Cette apparence perdure en automne et en hiver. Au printemps, la dame se transforme en une belle jeune femme. Elle se baigne aux alentours de minuit dans un lac ou une fontaine. Le Roi de l’Hiver passe son temps à la courtiser. En été, le mariage entre le Roi et la Dame est célébré. Holle devient femme et un symbole de fertilité. De dos, son apparence est celle d’un arbre.

C’est durant la saison froide qu’une fille de notre monde rencontre Dame Holle. Chargée par son affreuse belle-mère de récupérer sa quenouille tombée dans un puits, elle plonge dans le royaume de Dame Holle. Dans un four, des pains lui crient en chœur :

« Retire-moi ! Retire-moi ! Sinon, je vais brûler, je suis déjà bien cuit et plus que cuit ! »

Sans hésiter, la visiteuse les retire. Puis des pommes l’interpellent :

« Secoue-moi, secoue-moi ! Nous, les pommes, nous sommes toutes mûres ! ».

Alors, elle s’exécute.

Bien que le soleil rayonne, dans ce royaume, plusieurs saisons coexistent. C’est ainsi que la fille aperçoit Dame Holle au travers d’une fenêtre et prend peur face à son apparence. La vieille se montre pourtant aimable et lui propose de l’aider à conserver une maison propre en échange d’un foyer et d’un repas quotidien. L’étrangère accepte et remplit son office de bon cœur.

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Un jour, la fille souhaite, cependant, retrouver son monde. Dame Holle l’aide à franchir un portail et la récompense, pour ses efforts, en la couvrant d’or et en lui rendant sa quenouille. De retour chez elle, la « demoiselle d’or » attire la jalousie et la curiosité de sa demi-sœur, laide et paresseuse.

Cette dernière plonge à son tour dans le royaume enchanteur de Dame Holle. Toutefois, pas question de retirer le pain du four ou d’aider les pommes à tomber de l’arbre ! Après avoir trouvé l’habitation de la vieille dame, l’affreuse demi-soeur se met à son service. Toutefois, pas question d’épousseter ! A bout de nerfs, Dame Holle congédie la paresseuse. Avant de traverser le portail, elle la couvre d’une tonne de poix ! La « sale demoiselle » restera dans cet état toute sa vie.

Dame Holle représente bien la dualité des choses : son apparence peut être repoussante, mais son cœur bon, sa récompense peut être d’or ou sous forme de poix, son corps peut être à la fois humain et végétal, son royaume peut s’écouler à la fois en été et en hiver… Ses dons lui permettent de faire tomber des éléments sur la terre comme la neige, la fortune ou le malheur. Prenez donc garde à votre attitude lorsque vous la croiserez !


Sources :

  • Dame Holle des Frères Grimm
  • Le Dictionnaire Féérique d’André-François Ruaud, 2002

Crédit image :

  • Dame Holle dans le parc d’attractions Efteling (Pays-Bas)
  • Madame Holl d’Anne Anderson

Le serpent blanc : révélateur du langage animal

Le serpent blanc rampe dans plusieurs contes et mythes du monde entier. De différentes manières, il transmet un don unique aux hommes : la compréhension du langage des animaux.

Le serpent blanc

Conversations avec les animaux

Conversation de poissons
Conversation avec les poissons

Dans le conte Le Serpent blanc des Frères Grimm, un roi sage, réputé pour être au courant de tout ce qui se passe dans son royaume, déguste, chaque midi, une mystérieuse terrine.

Poussé par la curiosité, le serviteur découvre que son maître mange du serpent blanc ! Il goûte, à son tour, la chair du reptile. Aussitôt, il comprend la discussion de deux moineaux.

Grâce à son don, il retrouve la plus belle bague de la reine, avalée par un canard. Le roi veut le récompenser, mais le domestique préfère recevoir un cheval et une bourse de voyage pour explorer le monde.

Sa nouvelle capacité lui permet de secourir trois poissons piégés dans des roseaux, d’éviter d’écraser des fourmis avec sa monture et de nourrir de jeunes corbeaux abandonnés par leurs parents. Reconnaissants, les animaux l’aideront à surmonter des épreuves et à conquérir une princesse.

Paroles d’oiseaux

Dans le conte, le serviteur commence par déceler la discussion de deux passereaux. Le pouvoir du serpent blanchâtre se limite souvent à la compréhension du peuple ailé. On peut se référer à la théorie selon laquelle les oiseaux descendraient des dinosaures, et donc des reptiles.

Selon la croyance, les anciens Arabes ingurgitaient le cœur ou le foie de l’ophidien immaculé pour déchiffrer la langue des animaux à becs et à plumes. Dans la mythologie scandinave, le héros Sigurd acquiert la faculté de comprendre les volatiles, après avoir mangé le cœur de Fafnir qui s’était métamorphosé en dragon, créature reptilienne, pour veiller sur le trésor de son père. Notons qu’en Australie, les coutumes interdisent aux magiciens de consommer des serpents blancs, au même titre que les espèces noires et les pythons tapis.

D’autres légendes existent comme celle qui prétend la connaissance universelle à ceux qui goûtent à un bouillon composé du pâle serpent. Tous ces miracles rejoignent le symbolisme du serpent. À travers l’ophiolâtrie, des fidèles vouent un véritable culte à l’animal sinueux. En Azerbaïdjan, les pélerins se rendent sur le mont Pirilan pour y vénérer un blanc serpent miraculeux.

Dans les mythes grecs, une couleuvre s’associe au bâton d’Asclépios, dieu de la médecine, et forme le caducée, emblème médical. La bête rampante couleur ivoire possède la propriété de guérir la lèpre, en la faisant tremper dans de l’eau destinée au malade.

Murmures de serpents

Mélampe (ou Mélampos), médecin grec spécialisé dans l’utilisation des plantes, acquiert le don, mais d’une manière un peu différente. Un jour, ses domestiques remarquent la présence d’une famille de serpents dans un vieux chêne autour de sa demeure. Ils s’empressent de tuer les parents et Mélampe intervient de justesse pour sauver les deux serpenteaux restants.

Un bébé serpent blanc
Une léchouille, ça te dit ?

Le praticien s’attache rapidement à eux et s’en occupe avec la plus grande attention. Devenus grands, les petits serpents se faufilent dans le lit de leur propriétaire, profondément endormi, et lui lèchent chacun une oreille. À son réveil, le soigneur comprend le chant des oiseaux et la langue des bêtes rampantes.

Il comprend ainsi, plus tard, que le toit de la prison dans laquelle on l’a enfermé va s’écrouler, grâce à l’avertissement des vers qui en rongent les poutres. Il exige de changer de cellule, juste avant son effondrement.

Grâce au don du langage animalier, le serpent blanc offre l’accès à une connaissance plus étendue, grâce au don du langage des animaux. Mieux ne vaut pas souffrir d’ophiophobie, si vous souhaitez discuter avec votre chien ou votre chat…


Sources :

  • Dictionnaire de la Fable ou Mythologie de François Noël, 1803
  • Dictionnaire critique de mythologie de Jean-Loïc Le Quellec et Bernard Sergent, 2017
  • Dictionnaire des mythologies de Myriam Philibert, 1998
  • Dictionnaire illustré des Arts Divinatoires de Thomas Decker, 1999
  • Le Serpent Blanc des frères Grimm, Contes de l’enfance et du foyer, 1812.
  • Faune populaire de la France de Eugène Rolland, 1881.
  • Supersitions annamites, relatives aux plantes et aux animaux de J. Pouchat, 1910.
  • L’origine des pouvoirs magiques dans les sociétés australiennes de Marcel Mauss, 1903.
  • Les survivances pré-islamiques chez les musulmans de l’U.R.S.S. de Hélène Carrère d’Encausse, 1961.

Crédit Photos :

  • Image libre de droit sur Pixabay. par Atlantios.
  • Le Serpent Blanc d’Arthur Rackham, 1916