Dame Trude, la sorcière diabolique

La mauvaise réputation de Dame Trude se répand dans tout le village. Pour autant, n’occupe-t-elle pas une demeure fantastique ? Les objets de sa maison ne ressemblent à rien de connu. Bien sûr, ils paraissent étranges, mais la véritable apparence de la dame l’est encore plus…

Dame Trude

 

Dame Trude vit au fond des bois. Son habitation est réputée fantastique par les objets qui la composent. Très vite, son nom s’emploie comme synonyme de « sorcière ». Pas question de lui rendre visite !

Pour une fillette désobéissante, la curiosité devient trop forte. La voilà en chemin chez Dame Trude, malgré l’avertissement de ses parents. Lorsqu’elle arrive à destination, l’enfant ressent de l’effroi.

Pourtant, Dame Trude l’accueille chaleureusement :

« Pourquoi es-tu si pâle ? »

La fillette lui raconte qu’elle a vu, à tour de rôle, plusieurs hommes bizarres sortir de la maison : un noir, un vert et un tout rouge de sang.

Dame Trude la rassure. L’homme noir se trouve être un charbonnier et l’homme vert correspond à un chasseur en uniforme. Quant à l’homme rouge, ce n’est rien d’autre qu’un boucher.

Cependant, la petite a regardé par la fenêtre de la maison et, à la place d’y voir Dame Trude, elle a aperçu le diable avec une tête de feu. La dame lui révèle alors que c’est elle qu’elle a aperçue, sous son apparence de sorcière diabolique.

Comme la fillette l’a vue sous sa forme originelle, Dame Trude peut désormais utiliser ses pouvoirs sur elle. Elle la transforme en bûche et la jette aussitôt au feu. La sorcière se réchauffe ainsi, en attendant le prochain curieux…

Le petit +

Dame Trude reste l’un des rares contes des frères Grimm où la méchante sorcière triomphe à la fin.


 

Source :

  • Contes de l’enfance et du foyer, recueil des frères Grimm (1812)

Crédit image :

  • Frau Trude par Kywyn, 2011
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Dame Holle, la Dame Hiver

Munie de longues dents, la vieille Dame Holle a de quoi faire peur ! Pourtant, elle se révèle bienfaisante, du moins avec ceux qui en valent la peine…

Dame Holle

Dans un royaume paisible où pousse une infinité de fleurs et où les aliments sont doués de parole, une vieille dame coule des jours heureux dans sa maisonnette. Sa principale préoccupation demeure de garder son logis en ordre. Elle se prénomme Dame Holle ; ce dernier mot signifie « enfer » en allemand.

Le passage d’accès au monde de Dame Holle se situe dans un puits, suggérant un royaume souterrain comme l’enfer. La vieille femme symbolise la mort de la terre ce qui explique son lien avec l’enfer et la quatrième saison. On la surnomme, d’ailleurs, Dame Hiver. En secouant son édredon, des plumes volent et se transforment en neige. Quand les flocons tombent, on dit que « Dame Holle fait son lit« .

Le plus souvent, Dame Holle présente l’aspect d’une vieille femme dont la dentition n’a rien à envier à un vampire ! Cette apparence perdure en automne et en hiver. Au printemps, la dame se transforme en une belle jeune femme. Elle se baigne aux alentours de minuit dans un lac ou une fontaine. Le Roi de l’Hiver passe son temps à la courtiser. En été, le mariage entre le Roi et la Dame est célébré. Holle devient femme et un symbole de fertilité. De dos, son apparence est celle d’un arbre.

C’est durant la saison froide qu’une fille de notre monde rencontre Dame Holle. Chargée par son affreuse belle-mère de récupérer sa quenouille tombée dans un puits, elle plonge dans le royaume de Dame Holle. Dans un four, des pains lui crient en chœur :

« Retire-moi ! Retire-moi ! Sinon, je vais brûler, je suis déjà bien cuit et plus que cuit ! »

Sans hésiter, la visiteuse les retire. Puis des pommes l’interpellent :

« Secoue-moi, secoue-moi ! Nous, les pommes, nous sommes toutes mûres ! ».

Alors, elle s’exécute.

Bien que le soleil rayonne, dans ce royaume, plusieurs saisons coexistent. C’est ainsi que la fille aperçoit Dame Holle au travers d’une fenêtre et prend peur face à son apparence. La vieille se montre pourtant aimable et lui propose de l’aider à conserver une maison propre en échange d’un foyer et d’un repas quotidien. L’étrangère accepte et remplit son office de bon cœur.

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Un jour, la fille souhaite, cependant, retrouver son monde. Dame Holle l’aide à franchir un portail et la récompense, pour ses efforts, en la couvrant d’or et en lui rendant sa quenouille. De retour chez elle, la « demoiselle d’or » attire la jalousie et la curiosité de sa demi-sœur, laide et paresseuse.

Cette dernière plonge à son tour dans le royaume enchanteur de Dame Holle. Toutefois, pas question de retirer le pain du four ou d’aider les pommes à tomber de l’arbre ! Après avoir trouvé l’habitation de la vieille dame, l’affreuse demi-soeur se met à son service. Toutefois, pas question d’épousseter ! A bout de nerfs, Dame Holle congédie la paresseuse. Avant de traverser le portail, elle la couvre d’une tonne de poix ! La « sale demoiselle » restera dans cet état toute sa vie.

Dame Holle représente bien la dualité des choses : son apparence peut être repoussante, mais son cœur bon, sa récompense peut être d’or ou sous forme de poix, son corps peut être à la fois humain et végétal, son royaume peut s’écouler à la fois en été et en hiver… Ses dons lui permettent de faire tomber des éléments sur la terre comme la neige, la fortune ou le malheur. Prenez donc garde à votre attitude lorsque vous la croiserez !


Sources :

  • Dame Holle des Frères Grimm
  • Le Dictionnaire Féérique d’André-François Ruaud, 2002

Crédit image :

  • Dame Holle dans le parc d’attractions Efteling (Pays-Bas)
  • Madame Holl d’Anne Anderson