Belphégor : démon de la paresse et fantôme féminin du Louvre

La nuit, dans les couloirs du Musée du Louvre à Paris, une ombre féminine se déplace entre les collections anciennes. Surnommé Belphégor, ce fantôme fait référence à une vieille divinité qui prenait possession du corps de ses nombreuses adoratrices. Il deviendra l’un des sept princes de l’Enfer et le démon de la paresse.

Le démon Belphégor
Illustration des éditions J’ai lu

Démon de la paresse

Belphégor demeure l’un des sept princes des Enfers, en compagnie d’Asmodée, Azazel, Belzébuth, Dispater, Mammon et Méphistophélès. Dans le royaume infernal, les princes possèdent plus de pouvoirs que les rois. Oui, c’est le monde à l’envers ici bas !

Belphégor et sa chaise percéeBelphégor correspond au péché capital de la paresse. Pour séduire ses victimes et les enliser dans l’oisiveté, il leur prodigue des richesses. Il favorise les inventions et les découvertes pour que l’homme n’utilise plus son cerveau et ses capacités physiques, le rendant fainéant. L’inaction éloigne ainsi les mortels de Dieu. Une fois que ses proies sont complètement vautrées dans la paresse, il vient saisir leurs âmes.

Ce mauvais génie adopte l’aspect d’un démon barbu et cornu. Sa queue de lion et son odeur fétide permettent de le reconnaître. Il garde sa bouche grande ouverte et raffole de tout ce qui est répugnant, comme les excréments. De ce fait, on le représente souvent sur une chaise percée.

Baalphégor

Les habitants d’une contrée archaïque de Palestine, le Moab, vénèrent Belphégor sous le nom de Baalphégor. Sur le mont Phégor, les Moabites lui remettent une étrange offrande. Ils s’assoient sur une chaise percée et lui offrent le fruit de leur digestion… Une façon d’honorer sa puanteur !

« Phégor » qui signifie « crevasse » renvoie à sa bouche béante. On lui rend aussi hommage dans des cavernes où on lui jette des présents par un soupirail. Les Moabites ne l’adorent pas comme démon, mais comme une divinité de la fertilité des plantes.

Les Madianites qui peuplent la terre de Madiân, en Arabie, le vénèrent eux aussi. Ils s’associent avec les Moabites contre Israël. Chez ses peuples, c’est surtout les femmes qui animent le culte du dieu nauséabond. Elles n’hésitent pas à se prostituer pour le servir.

En ce sens, Belphégor se rapproche du dieu grec Priape caractérisé par sa laideur, à tel point que sa mère Aphrodite, la belle déesse de l’amour, l’abandonne à la naissance. Son père Dionysos, le dieu du vin, ne cherche pas non plus à s’en occuper. Avec le phallus comme attribut, Priape demeure le dieu de la fécondité et des plaisirs charnels.

Une autre légende, plus horrible, décrit le sacrifice de victimes humaines dont les prêtres du dieu-démon dévoraient la chair. « Baal » signifiant « seigneur », on comprend que Baalphégor était le maître de la montagne du Phégor.

Belphégor, un fantôme français

Jeune femme possédée par BelphégorAu sein de la cour infernale, Belphégor tient le rôle d’ambassadeur de l’Enfer en France. Il demeure lié à notre culture. Rien d’étonnant alors qu’il a inspiré un roman policier sous forme de feuilleton, à Arthur Bernède, en 1927. Une série française en 1965, Belphégor ou le Fantôme du Louvre, et plusieurs films, dont le plus récent date de 2001 avec Sophie Marceau sous le masque de cet esprit malin, ont vu le jour. Il est vrai que Belphégor aime prendre possession de jolies jeunes femmes pour tromper les hommes.

Jean de La Fontaine lui consacre une fable, inspirée d’un conte de Nicolas Machiavel. Satan constatant que la plupart des morts le sont à cause de leur époux ou leur épouse, envoie Belphégor sur terre pour en apprendre plus sur le mariage.

Sous le nom de Roderic, l’envoyé débute sa mission dans la ville italienne de Florence. Il s’y marie à une belle et riche dame. Celle-ci lui en fait voir de toutes les couleurs ! Pour lui échapper, il fuit la cité pour se cacher à Naples dans une ferme. Là, il convient avec le fermier du nom de Matheo qu’il l’aidera à relancer son affaire, si en échange, il exorcise les trois demoiselles qu’il a l’intention de posséder pour se dissimuler. Le marché conclu, le plan se déroule comme prévu.

Belphégor retourne aux Enfers
Au rythme du tambour, Belphégor s’échappe de son enveloppe mortelle pour fuir sa femme et rejoindre les Enfers.

À la fin, Belphégor décide de s’emparer du corps de la fille du roi de Naples. Le père de cette dernière qui avait entendu parler des exorcismes de Matheo convie le paysan au château pour soigner son enfant. Mais le cultivateur n’étant plus en accord avec le démon, il ne peut rien tenter pour la libérer. Le souverain ordonne aussitôt son exécution.

Au moment d’être pendu, le pauvre demande une dernière faveur : qu’on joue du tambour. Au bruit de l’instrument, Belphégor s’approche, sous les traits de la princesse, et l’interroge sur le son qui retentit. Le fermier lui répond qu’il s’agit de son épouse qui arrive. Terrorisé, le démon quitte le corps de la jeune femme et retourne pour de bon aux Enfers !


Sources :
  • Dictionnaire des sciences occultes de Jacques Collin de Plancy, 1846.
  • Dictionnaire de démonologie occidentale de Marie d’Ange, 2018.
  • Belphégor de Jean de La Fontaine, 1693

Belzébuth : prince des démons et de la gourmandise

Belzébuth, surnommé « prince des démons », demeure l’un des sept princes de l’enfer. Bien avant ce statut infernal, il apparaît comme une divinité oraculaire chez le peuple des Accaronites. Son image s’associe à celle des mouches dont il est le maître. Mais il revêt bien des apparences et se joue des humains comme des démons, et même de Satan !

Belzébuth-prince-démons

Seigneur des mouches

C’est en Syrie, tout d’abord, que se déploie le culte de Belzébuth. Les Accaronites, habitants d’Accaron, cité de Chanaan (ancien nom de la Palestine) lui consacrent un temple et l’honorent comme une divinité. Ils lui offrent des sacrifices sur des tombeaux.

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Belzébuth apparaît parfois sous la forme d’une mouche gigantesque (par Dresmiel).

Réputé pour rendre des oracles, le dieu syrien possède le pouvoir de chasser les mouches et ainsi de préserver les moissons. Il obtient naturellement le titre de seigneur des mouches. De plus, son sanctuaire est dépourvu de ces petites bêtes, car elles s’empêtrent sur sa statue sanglante. En latin, son nom signifie « seigneur de tout ce qui vole ». Les peuples de Chanaan le représentent parfois sous l’apparence de cet insecte volant.

Mais celui qu’on appelait autrefois Beelzebuth revêt différentes formes comme celles d’un veau monstrueux, d’un bouc à longue queue ou d’un chameau. Il se métamorphose même en une femme séduisante allant jusqu’à adopter une nouvelle identité : la voluptueuse Biondetta. Celle-ci se révèle un succube, un démon femelle nocturne qui s’unit aux hommes.

En l’an 897 avant J.-C., Ochosias, le roi d’Israël, ordonne à son armée de consulter Belzébuth, après s’être fracassé le corps en tombant d’une fenêtre. Dieu envoie l’un de ses partisans, Élie, avertir la troupe royale que puisse qu’Ochosias préfère s’en remettre à une autre divinité que celle d’Israël, il vivra cloué dans son lit et y mourra. À cette nouvelle, le roi charge son capitaine et ses cinquante hommes d’arrêter le prophète. Mais sous les prières d’Élie, un feu tombe du ciel et décime les orgueilleux. Un second commandant intervient et meurt de la même façon. Le troisième supplie l’envoyé de Dieu d’épargner sa vie, ce qu’il fait. Il se rend avec lui au chevet du roi et lui confirme son trépas prochain en raison de son impiété. Ochosias décède un an plus tard.

Lieutenant de Satan et démon de la gourmandise

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Belzébuth est un démon de l’enfer.

Les doutes sur la véracité des prophéties données par Belzébuth s’accumulent. Issu de la première hiérarchie des mauvais anges, il finit par révéler son vrai visage, celui d’un démon. Il possède deux grandes cornes et des ailes de chauve-souris. De plus, un bandeau enflammé ceint son front et ses yeux étincellent de mal. Sous la colère, il hurle comme un loup et vomit des flammes. Deux longues pattes de canard, une queue de lion et des poils complètent ce portrait monstrueux.

Démon de la gourmandise, l’un des sept péchés capitaux, Belzébuth pousse les mortels à la tentation. D’ailleurs, il présente parfois un visage bouffi pour souligner cette fonction. Il réside en enfer où il devient le bras droit de Satan. Mais très vite, il se montre bien plus fourbe que son chef et lance une révolte contre lui. Il fonde l’ordre de la Mouche, décoration pour honorer les créatures les plus viles.

Prince des démons

D’une taille prodigieuse, Belzébuth règne sur une partie de l’empire infernal du haut de son immense trône et s’oppose à Satan. Le grand-duc Astaroth, sous l’apparence d’un âne, l’assiste parfois. Le démon Nysrock est son cuisinier personnel. Sur Terre, un sorcier du nom de Moreau le représente.

Surnommé le prince des démons, Belzébuth appartient au rang des sept princes de l’enfer avec Asmodée, Azazel, Belphégor, Dispater, Mammon et Méphistophélès. Notons que, dans le royaume infernal, les princes possèdent beaucoup plus de pouvoirs que les rois.

Récapitulatif des caractéristiques du démon Belzébuth

  • Fonctions : divinité oraculaire des Accaronites, seigneur des mouches, fondateur de l’ordre de la Mouche, démon du péché de gourmandise, prince infernal.
  • Etymologie : « seigneur de tout ce qui vole ».
  • Pouvoirs : repousser les mouches, changer d’apparence, inciter à la gourmandise.
  • Attributs : la mouche et le bandeau de feu.
  • Autres noms : Belzebut, Beelzebuth, Biondetta.

Sources :
  • Dictionnaire du diable, des démons et des sorciers de Pierre Ripert, 2012.
  • Dictionnaire des sciences occultes de Jacques Collin de Plancy, 1846.
  • Biographie universelle ou Dictionnaire historique des hommes qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs erreurs ou leurs crimes de François de Feller, 1847.
  • Dictionnaire historique, critique ou bibliographique, contenant les vies des hommes illustres, célèbres ou fameux de tous les pays et de tous les siècles de Louis Chaudon, 1823.
  • Exorcismes, possession : le combat face au démon de Stéphane Cacheux, 2015.
  • Dictionnaire de démonologie occidentale de Marie d’Ange, 2018.

Moloch : démon vénéré par le feu

Moloch, dont le nom signifie « Roi », demeure une divinité discrète. Cela n’empêche pas ses adorateurs, les Ammonites (un peuple de la Bible) de lui consacrer une terrible offrande. Alors que son culte et son emprise se répandent chez les hommes, le mystérieux dieu se transforme en démon.

L'idole de Moloch en bronze

Statue de bronze brûlante

Moloch n’est pas du genre à apparaître dans le monde des humains. Qu’importe, les Ammonites ont construit une grande statue de bronze à l’effigie de leur dieu. Assis sur un trône de métal, l’entité possède une tête de veau surmontée d’une couronne. Enfin, la divinité est associée au soleil dévorant et au taureau. De plus, Moloch possède un char attelé par quatre griffons. Le griffon est un animal fabuleux avant un corps d’aigle et de lion. Il demeure aussi l’attribut du dieu solaire Hélios de la mythologie grecque.

L’idole de Moloch sert également de réceptacle sacrificiel. En effet, ses adorateurs lui vouent une fidélité à toute épreuve. La divinité de bronze tend ainsi les bras pour recevoir des enfants en sacrifice. À l’intérieur de la construction, les prêtres allumaient un feu pour immoler les victimes. Des tambours et d’autres instruments couvraient les cris de ces pauvres innocents.

Certains rabbins prétendent que l’intérieur de la statue contenait sept armoires. Chacune accueillait une offrande de nature différente : farine, tourterelle, brebis, bélier, veau, bœuf et enfant.

Démon adoré

Sacrifice d'un enfant à Moloch

Bientôt, l’immonde culte de Moloch se répand chez les Carthaginois, les Phéniciens et les Moabites. Même le sage roi Salomon se laisse séduire et érige un temple en son honneur, au niveau de la vallée d’Ennon dans l’aire sacrée de Tophet, en Tunisie. D’ailleurs, le nom Tophet provient de Toph qui signifie « tambour » et rappelle le rituel sacrificiel.

Ce culte atteint toute son horreur lors du siège subit par les Carthaginois, en 300 avant J.-C. Croyant en une punition de leur protecteur, ils brûlèrent 200 enfants entre ses mains métalliques. Le siège se prolongeant, ils pensèrent avoir commis une erreur en ne consumant que des descendants de familles modestes. Pour obtenir le pardon, 300 habitants offrirent leur vie à Moloch, en s’immolant à leur tour.

Prince du pays des larmes

Dieu de la fatalité, Moloch prend le titre de « prince du pays des larmes ». En effet, il se recouvre des pleurs des mères et du sang des enfants. Il accède au rang de démon de l’injustice en siégeant au Conseil infernal et régit le mois de décembre. Grâce à ses dons de séduction, il poussa de nombreux mortels à se sacrifier en son nom.


Sources :
  • Dictionnaire infernal de J. Collin de Plancy, 1863
  • Dictionnaire du diable, des démons et sorciers de Pierre Ripert, 2012
  • Dictionnaire historique, critique, chronologique, géographique et littéral de la Bible d’Augustin Calmet, 1722
  • Dictionnaire illustré des arts divinatoires de Thomas Decker, 1999
  • Revue des traditions populaires.
  • Le Prince de ce Monde : précis de démonologie occidentale et dictionnaire des démons de Nahema-Nephthys & Anubis, 2015.
Crédit images :
  • Statue de Moloch par Stella, 2017
  • Représentation du sacrifice à Moloch dans Bible Pictures with brief descriptions de Charles Foster, 1897