Poséidon : dieu grec de la mer et frère de Zeus

Armé de son célèbre trident, Poséidon est l’un des plus grands dieux du panthéon grec. Et ce n’est pas son homologue romain Neptune qui va tarir à cette réputation et qui a même donné son nom à une planète de notre système solaire ! Frère du puissant Zeus, il règne sur la mer et contrôle les eaux. Bien que marié à la nymphe Amphitrite, il séduit une foule de déesses et de mortelles. Sa descendance est vertigineuse, fabuleuse, mais également monstrueuse ! Pas étonnant pour ce dieu querelleur qui entre souvent en conflit avec les autres divinités de l’Olympe

Poséidon, le maître de la mer dans la mythologie grec
Image par intographics de Pixabay

À coup de trident

Poséidon est l’un des fils du titan Cronos, le Temps, et de Rhéa, la Fertilité. Comme pour ses sœurs, Déméter, Héra et Hestia, ainsi que son frère Hadès, son père, maître du monde, le dévore afin de converser son trône. Le dernier enfant, Zeus, échappe au massacre, grâce à sa mère qui le remplace par une pierre. Élevé par les nymphes, celui-ci met au point un stratagème avec Métis, océanide des eaux magiques, pour libérer sa famille. La nymphe concocte un breuvage que Cronos avale. Pris de nausées, le roi recrache l’ensemble de sa progéniture qui a bien grandi. La guerre entre les Dieux et les Titans, la Titanomachie, est déclarée.

Zeus, Poséidon et Hadès
Le monde se partage entre le ciel pour Zeus, la mer pour Poséidon et l’enfer pour Hadès.

Pour l’aider dans son combat, Poséidon reçoit des Cyclopes le trident, une arme capable de soulever la mer et d’ébranler la terre. Après la victoire des divinités, Zeus devient le nouveau souverain du ciel. Il partage le monde avec ses nombreux alliés, en premier lieu ses frères et ses sœurs. Poséidon hérite ainsi du domaine des eaux. Après Zeus, les Grecs le considèrent comme le plus puissant des dieux.

Poséidon et sa reine Amphitrite

Poséidon s’installe au fond de la mer, dans un somptueux palais. Le silence qui y règne commence à le peser. Il se met en quête d’une épouse. Lorsqu’il aperçoit Amphitrite, l’aînée des Néréides, les nymphes des vagues, sur l’île de Naxos, il tombe sur son charme. Le problème, c’est que la belle a prêté vœu de chasteté…

Pour lui échapper, la nymphe se cache auprès du titan Atlas qui soutient la voûte céleste. Son prétendant charge les créatures marines de la retrouver, en échange de ses faveurs. L’intelligent Delphinos, un dauphin, repère sa cachette. Il dresse un portrait si fabuleux du dieu marin que la néréide se laisse convaincre. En récompense, le cétacé devient l’un des attributs de Poséidon et sera placé dans les astres, aux côtés des étoiles, sous la forme de la constellation du Dauphin.

Poséidon et sa reine Amphitrite sur leur char
Poséidon et sa reine Amphitrite sur le char royal.

Le mariage se déroule à merveille. Reine des eaux, Amphitrite veille sur les animaux aquatiques. Elle met au monde plusieurs enfants : Triton, le mugissement de la mer, Rhodé, l’île de Rhodes, Benthésicymé, les vagues profondes, Cymopoléia, les vagues violentes, Albion et Bergion, deux géants. Poséidon se construit un char en forme de coquillage tiré par des chevaux marins, nommés les Hippocampes, car les Anciens pensaient qu’ils étaient la forme adulte du petit hippocampe tel que nous le connaissons. Le dieu de la mer vogue ainsi avec son épouse sur les vagues. Muni de sa conque en guise de trompette, leur fils Triton précédait le char et annonçait leur arrivée.

 

Une descendance monstrueuse

Des monstres de tout horizon

Tout comme son frère Zeus, Poséidon connaît de nombreuses aventures amoureuses et une sacrée descendance ! Avec sa grand-mère Gaïa, la Terre, il engendre Antée et Charybde. Le premier, un géant, bâtit un temple en son honneur avec les crânes de ses victimes. Héraclès (Hercule, en latin) parvient à l’étouffer en le soulevant, car la bête tirait sa force du sol. Quant à la deuxième, déesse des marées, un appétit vorace la consume et elle dérobe les bœufs du héros. Zeus la foudroie pour ce sacrilège et la précipite dans les flots. Elle devient un gouffre gigantesque qui engloutit les navires, en face de la non moins redoutable Scylla, monstre à six têtes.

Hercule défait Busiris
Busiris n’a pas choisi la bonne victime en s’en prenant à son cousin Hercule ! [Tableau de Jean-Baptiste Corneille]

Busiris, un tyran égyptien, est aussi l’un de ses fils. Réputé cruel, il immole à Zeus les étrangers à son pays. Malheureusement pour lui, il sonne sa fin quand il réserve ce sort odieux à Héraclès. Le demi-dieu qui vient de débarquer dans la vallée du Nil se voit ligoté à l’aide de bandelettes, prêt à être sacrifié sur l’autel. Par sa seule force, il se défait de ses liens et tue Busiris, son fils et l’ensemble des prêtres.

Poséidon est aussi le père, avec la nymphe marine Thoosa, du cyclope anthropophage Polyphème qui vit sur une île et élève des troupeaux de brebis. Ulysse aura fort à faire avec lui et, avec l’aide de ses compagnons, lui crèvera son unique œil.

 

Des créatures fabuleuses

C’est aussi Poséidon qui engendre Chrysomallos, le bélier à la toison d’or, après avoir changé la princesse Théophane de la tribu des Bisaltes en brebis, pour la dissimuler de ses nombreux prétendants, et s’être uni à elle. Les Argonautes, équipe de héros emmenée par Jason, partiront à la conquête de cette fameuse laine.

Sous la forme d'un cheval, Poséidon pourchasse Déméter
Déméter aurait peut-être dû se métamorphoser en un autre animal que celui que Poséidon préfère… [Tableau de Bessie Papazafiriou, 2004].

Sa sœur Déméter lui échappe sous les traits d’une jument. Le dieu des chevaux se métamorphose alors en étalon. De leur union naissent le cheval sauvage Aréion et une mystérieuse déesse du nom de Despoiné. Avec la naïade Salamis, il conçoit Cychrée dont la férocité lui donne le surnom de « serpent ». Celui-ci devient un roi fabuleux et le prêtre de Déméter.

Poséidon séduit Méduse, belle déesse à l’origine, dans un temple de sa nièce Athéna, déesse de la sagesse. Transformée en gorgone à la chevelure de serpents et au regard pétrifiant pour ce sacrilège, elle ne peut mettre au monde les enfants qu’elle attend du dieu. Lorsque le héros Persée la décapite, il les libère. Pégase, le cheval ailé, voit ainsi le jour, accompagné de son frère Chrysaor, un guerrier à l’épée dorée.

Querelles divines

Athéna et Poséidon en conflit pour la cite d'Athènes
L’olivier ou le cheval ? Athéna ou Poséidon ? [Tableau de Noël Hallé]

Notre séducteur entre souvent en conflit avec les autres Olympiens. Et encore une fois, il se confronte à Athéna pour la possession d’une cité de l’Attique. D’un coup de trident, il propose le premier cheval, Scyphios, à ses habitants pour les aider dans leur quotidien. Mais ceux-ci voient en lui le symbole de la guerre. Ils préfèrent l’olivier, gage de la paix, que leur offre la déesse de la sagesse. La ville prend alors le nom d’Athènes et non celui de Poséidonia.

Poséidon retrouve sa nièce rivale pour la possession de la cité de Trézène, dans l’archipel du Péloponnèse. Cette fois, Zeus intervient et déclare son frère roi de la ville. Il permet à sa fille Athéna de devenir la protectrice de ses murs. C’est l’hécatonchire Briarée, un géant à cent bras, qui départage le dieu de la mer avec Hélios, le Soleil, pour l’obtention de la cité de Corinthe. Le maître des eaux gagne l’isthme, c’est-à-dire la bande de terre qui relie la péninsule du Péloponnèse à la Grèce continentale et qui sépare mer Ionienne de la mer Égée. Hélios, lui, hérite de la majeure partie du territoire.

Apollon et Poséidon au service de Laomédon
L’avare Laomédon refuse de payer les deux immortels qui l’ont aidé.

Le dieu marin complote même contre Zeus, avec l’aide d’Héra et même d’Athéna ! Grâce à leurs forces unies, ils l’enchaînent à son trône. Tout le monde se demande bientôt qui va lui succéder. La néréide Thétis envoie Briarée à sa rescousse. Délivré, Zeus punit les traîtres. Son frère est chassé des cieux pendant une année. Il servira Laomédon, le roi de Troie, qui le charge de construire les murailles qui protégeront la ville. Il effectue cette tâche avec son neveu Apollon, lui aussi exilé. À la fin, le seigneur refuse de les payer. Recouvrant son pouvoir, le dieu de la mer provoque une inondation et envoie un monstre marin ravager le pays. Car si Poséidon se montre clément avec les pieux navigateurs, il sait se montrer sans pitié avec ceux qui oublient leurs promesses…

Carte d’identité de Poséidon

Les attributs et la généalogie de Poséidon

  • Fonction : dieu de la mer
  • Nom latin : Neptune
  • Famille : Fils du titan Cronos et de la titanide Rhéa. Frère de Zeus, roi des dieux, d’Hadès, les Enfers, de Déméter, l’agriculture, d’Héra, le mariage, et d’Hestia le foyer.
  • Épouse : Amphitrite, aînée de Néréides.
  • Enfants (cette liste n’est pas exhaustive) : Triton, Rhodé, Benthésicymé, Cymopoléia, Albion, Bergion, avec Amphititre. Antée, Charybde, avec Gaïa. Aréion, Despoiné, avec Déméter. Le cyclope Polyphème, avec Thoosa. Chrysomallos, le bélier à la Toison d’or, avec Théophane. Pégase, Chrysaor, avec Méduse. Cychrée, avec Salamis. Busiris.
  • Attributs : le trident, le dauphin, le cheval.

Pour aller plus loin :


Sources :
  • Dictionnaire des mythologies de Myriam Philibert, 1998.
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et de Roland Harari, 2000.
  • Mythologie grecque et romaine de A. Boime-Simon, 1833.
  • Dictionnaire abrégé de la fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837.

Cléopâtra, déesse grecque de la gloire méritée et fille du vent Borée

Certaines figures de la mythologie grecque se dévoilent à peine dans les récits qui nous sont parvenus. Leurs légendes restent, sans doute, perdues à jamais. Cléopâtra, fille du vent nordique Borée et qui n’a rien à voir avec la reine d’Égypte, fait partie de cette catégorie. Essayons de retracer ses aventures et de lui redonner toute sa gloire…

Cléopâtre ou Cléobula, fille du dieu venteux Borée
Tableau de John William Waterhouse

À la gloire de Borée

Dans les mythes antiques, Borée, l’un des Vents, souffle sur le Nord. Un jour, il remarque Orithyie, une princesse athénienne, au bord d’un ruisseau. Dans une bourrasque, il l’emporte et l’emmène jusqu’à son palais, en Thrace. Elle accepte de devenir sa reine et lui donne cinq enfants : Calaïs et Zétès, génies des airs dotés d’ailes, Haemus qui se transformera en montagne, Cléopâtra et Chioné, déesse des neiges.

Le prénom de Cléopâtra signifie « la gloire du père » et donc la renommée de Borée. En effet, les borées, vents glaciaux et violents, jouaient un autre rôle. Ils annonçaient la consécration. L’historien Jules Michelet évoque des « borées qui soufflent la gloire ». La princesse, semi-divinité, se porte en digne héritière de cette tempête triomphante. Mais sa vie va connaître un tournant tragique et ce sera à ses frères de lui redonner son prestige.

Épouse du devin Phinée

Phinée, fils d’Agénor, roi des Phéniciens, et frère de Cadmos et de la belle Europe, est un prince doté du don de prophétie, accordé par Apollon. Ayant quitté son royaume en quête de sa sœur que Zeus enleva sous la forme d’un taureau, il atterrit en Thrace où il s’amourache de Cléopâtra.

Très vite, les deux tourtereaux se marient, engendrent deux fils, Plexippe et Pandion, et s’installent à Salmydesse, une cité de la région. Orgueilleux d’avoir la gloire à ses côtés, le jeune époux use de son don de voyance. Ses révélations divulguent les desseins des immortels et servent sa vengeance contre Zeus. La réaction du seigneur de l’Olympe ne tarde pas. D’un coup de tonnerre, le prétentieux perd ses visions.

Les Harpies persécutent le roi Phinée
Les Harpies persécutent le roi Phinée [par Willy Pogony]

En rage, le prince reproche son malheur à sa femme, la répudie et l’enferme. Il épouse, en seconde noce, Idéa, fille de Dardanos qui règne sur la Scythie. Celle-ci, jalouse, désire se débarrasser de ses beaux-fils et les accuse de séduction à son égard. En punition, leur père leur crève les yeux et les emprisonne avec leur mère. Devant cette nouvelle folie, Zeus frappe Phinée de cécité. Sa femme Héra, qui veille sur le mariage, s’indigne de la façon dont ce mortel bafouille les liens sacrés. Elle envoie les Harpies, monstres des tempêtes, le tourmenter et souiller sa nourriture.

L’honneur de la famille

Pendant ce temps, Calaïs et Zétès, surnommés les Boréades, se lancent en quête de la Toison d’or en compagnie d’autres héros, tels Jason et Héraclès, qui adoptent le nom d’Argonautes. Lors d’une escale, leur embarcation, l’Argo, s’arrête sur les rives de Salmydesse. Les jumeaux en profitent pour saluer leur sœur et apprennent son terrible destin.

Faisant honneur à leur père, ils refusent de se venger de Phinée. Touchés par son calvaire, ils acceptent même de le débarrasser des Harpies, en échange d’un moyen pour traverser les Symplégades. Ces deux falaises, situées au détroit du Bosphore qui relie la mer Noire à celle de Marmara, s’entrechoquent et rendent impossible toute navigation.

Les Boréades s’élancent dans les airs et repoussent les Harpies jusqu’aux îles Strophades. Alors qu’ils s’apprêtent à porter le coup de grâce, Iris, sœur des créatures et messagère d’Héra, intervient et les arrête. Depuis, les monstres s’établissent sur ces bouts de terre. Libéré, Phinée révèle aux Argonautes que s’ils lâchent une colombe entre les deux rochers, ils traverseront si l’oiseau réussit à franchir le passage. Sur ce symbole de paix, il indique à ses sauveurs où se trouve leur sœur. Quant à Idéa, elle est priée de rentrer dans sa patrie.

La lumière de Cléopâtra

Calaïs et Zétès délivrent Cléopâtra et, grâce à leurs pouvoirs, rétablissent la vue à leurs neveux. Insatisfait de ce revirement de situation pour Phinée, à qui il offrit la clairvoyance, Apollon le métamorphose en un animal à l’appétit insatiable et qui se terre hors des rayons du soleil. C’est ainsi que naît la taupe qui hérite d’une mauvaise vue et qui déteste la lumière que représente le dieu.

Depuis sa mésaventure, Cléopâtra, elle, séjourne dans la lumière. La gloire, qui est restée dans l’ombre des années, finit toujours par éclater au grand jour. Celle que certains auteurs appellent parfois Cléobula accompagne son père Borée. Elle récompense et illumine ceux qui subissent de violentes tempêtes glacées dans leur existence, mais persévèrent malgré tout. Elle se fait la représentante de ceux qui résistent comme les robustes vents nordiques. L’Olympe compte désormais une nouvelle déesse…

Cléopâtra, déesse de la gloire méritée
Image par Anant Sharma de Pixabay

Sources :
  • Mythologie pittoresque de Joseph Desnos, 1849.
  • Le Temple des Muses d’Antoine de Beaumarchais, 1742.
  • Promenades zoologiques dans la littérature ancienne de Paul Rossi, 1967.

Vertumne : dieu romain du cycle végétal et des jardins

À l’approche du printemps, le cœur du dieu romain Vertumne, qui règne sur les jardins et le cycle de la végétation, fleurit d’une passion pour Pomone, nymphe des vergers. Oui, mais voilà : la déesse se lasse des avances d’une multitude de prétendants champêtres infidèles. Pas découragé, son soupirant se déguise afin de l’approcher. Laissez-vous croquer cette histoire d’amour printanier et les origines d’un être protéiforme…

Vertumne et Pomone, un amour fruité
Tableau par Emily Balivet

Du pétale amoureux au fruit partagé

Dans la mythologie romaine, Vertumne se présente sous la forme d’une jeune divinité, couronnée d’herbes d’espèces variées. Il garde divers fruits dans sa main gauche et une corne d’abondance dans celle de droite. Mais le protecteur des jardins, dont le nom provient du latin vertere, « tourner », dispose de la faculté de modifier son apparence.

Pour séduire Pomone, plus heureuse en compagnie de ses arbres fruitiers que des dieux trompeurs, il se transforme en moissonneur chargé de gerbes de blé. La belle, coiffée de fleurs, enracine rapidement ses ardeurs. Il retente sa chance dans la peau d’un faucheur sali de foin, d’un bouvier muni de son aiguillon, d’un vigneron équipé de sa serpe, d’un cueilleur de pommes avec son échelle, d’un soldat à l’épée et d’un pêcheur, la ligne à la main. L’échec s’avère cuisant !

Vertumne déguisé séduit Pomone
Vertumne se pare de vieillesse pour séduire Pomone [Clément Belle, 1772]

Sous les traits d’une dame âgée, aux cheveux blanchis, il pénètre enfin dans le verger de sa bien-aimée. Sous des bavardages qui n’en finissent plus, il la flatte, vante les qualités de celui qu’il est en réalité. Pour la convaincre de s’ouvrir aux sentiments, il lui raconte des tragédies survenues à la suite d’un amour éconduit. Anaxarète qui repoussa le malheureux Iphis, d’une classe inférieure à la sienne, n’a-t-elle pas été changée en statue par Vénus ?

Devant tant de preuves, Pomone s’impatiente de rencontrer son prétendant verdoyant. Celui-ci lui dévoile sa forme originelle et elle en tombe amoureuse. Leurs noces fleuries se célèbrent sous les feuillages emplis de bourgeons. Malgré son caractère changeant, le transformiste reste fidèle à son épouse. Par métaphore, les multiples figures pour plaire à la déesse retranscrivent l’action de mener les fruits à maturité. Lorsqu’il avance en âge, le couple rajeunit, perpétuant l’ordre de la nature.

Protecteur des marchands

Le temple de Vertumne, à Rome, se dresse près du marché, car le dieu patronne les marchands. Chaque année, les maraîchers lui offrent les premiers boutons de fleurs au printemps et les premiers fruits de leur récolte en automne. Vertumne s’occupe en particulier de la vigne et n’hésite pas à revêtir l’apparence de Bacchus, divinité du vin. Quant à sa femme, elle cultive la pomme.

Comme on l’adorait sous mille formes, le poète Horace évoquait plusieurs Vertumnes. Ces nombreuses entités soulignent l’abondance et la variété des dons et des phénomènes de la nature au cours des saisons.

De saison en saison

Coeur de Vertumne en automneVertumne régit les saisons à travers le cycle annuel végétal. Ces déguisements symbolisent le changement du temps. Parfois, les mythes n’accordent que quatre métamorphoses au dieu lors de son idylle, chacune rattachée à une période : le laboureur printanier, le moissonneur estival, le vendangeur automnal et la vieille dame hivernale. Sa fidélité préfigure l’immuabilité des saisons.

En son honneur, on célèbre les Vertumnales au mois d’octobre, le moment de la récolte. Il présidait, de ce fait, à l’automne, mais également aux pensées humaines et au changement. À l’origine, chez les Étrusques, il régnait plutôt sur le printemps.

Racines étrusques

feuillesLes origines de cette déité latine se perdent dans les légendes étrusques. Ancien roi d’Étrurie, il soignait les jardins et obtenait de merveilleux fruits qui nourrissaient toute la population. Il accéda, à sa mort, au rang des immortels, pour ce mérite. On le priait sous la forme d’un tronc d’érable.

D’une nature à la fois masculine et féminine, il se confond avec Voltumna, la déesse-mère des Étrusques et maîtresse du printemps. Celle-ci change de sexe en entrant dans le panthéon romain et Vertumne ne s’avère qu’un de ses nombreux avatars. Il en va de même pour Pomone, ce qui explique pourquoi elle et son époux veillent tous les deux sur les fruits et les jardins.

Le peuple étrusque s’organise en dodécapole, association de douze cités, sous la tutelle de Voltumna à laquelle on consacre un temple, auprès duquel se rassemblent les représentants de ces villes. Il se situe près du lac Ciminius, dont un papillon porte le même nom. À ce sujet, on raconte que nos deux tourtereaux continuent de papillonner de nos jours…

Vertumne se dévoile à Pomone
Pomone et Vertumne par Paul Rubens.

Sources :
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et Roland Harari, 2000.
  • Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772.
  • Encyclopédie Atlas de la Mythologie d’Eric Mathivet.
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829.
  • Dictionnaire de la mythologie de tous les peuples avec les rapprochements historiques de Luigi Capello di Sanfranco, 1833.
  • Dictionnaire abrégé de la fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837.
  • Vertumne et Mécène de R. Lucot, 1953.

Iris : déesse grecque de l’arc-en-ciel

Dans la mythologie grecque, Iris incarne l’arc-en-ciel. Elle intervient en tant que messagère des dieux, notamment auprès d’Héra, la reine de l’Olympe. Lien entre le ciel et la terre, elle établit également un pont avec l’enfer. Sœur des Harpies, elle les sauve d’une mort certaine et connaît une idylle avec Zéphyr, le vent d’Ouest. Elle donne désormais son nom à une fleur et à une pierre.

Iris, messagère des dieux au travers de l'arc-en-ciel

Pluie et merveilles

Fille de Thaumas, dieu des merveilles marines, et d’Électra, néphélée des nuages orageux illuminés par le soleil, Iris est également la sœur des Harpies. Ces monstres féminins des tempêtes sont connus sous les noms d’Aello, la bourrasque, Ocypète, le vol rapide, Céléno, l’obscurité, et Podargé, l’agilité. Ce n’est donc pas une coïncidence si la déesse, symbole de l’arc-en-ciel, apparaît en temps de pluie. De plus, tout comme son père (« celui qu’on admire ») qui exprime les trésors de la mer, et tout comme sa mère, dont le nom signifie « splendeur du soleil », elle incarne un phénomène lumineux qui traduit la beauté à travers ses couleurs et émerveille le monde.

Moins connue, elle possède une jumelle nommée Arcé qui représente le deuxième arc moins visible de l’arc-en-ciel et qui a été précipitée dans le Tartare, prison souterraine où sont enfermées les pires créatures, par Zeus à la suite de la défaite des Titans. En effet, lors de la Titanomachie, guerre entre les Olympiens et les êtres titanesques, Arcé prend le parti du titan Cronos et de ses frères alors qu’Iris choisit le camp de Zeus, Poséidon et Hadès. Chacune d’elle joue le rôle de messagère dans la grande bataille pour le règne du monde. La jumelle déchue se voit dépouillée de ses ailes et enfermée aux Enfers pour l’éternité.

Messagère des dieux et d’Héra

Iris, Héra et Zeus
Iris, qui porte ici sa robe azur, suit sa maîtresse Héra devant le trône de Zeus.

Après la victoire des dieux de l’Olympe, Iris se charge de transmettre les messages divins aux mortels, faisant le lien entre le ciel et la terre. Hermès étant le messager privilégié de Zeus, elle se met, en particulier, au service d’Héra, la reine. Cette dernière, considérée comme la déesse de l’air, annonce ses volontés au travers d’Iris, ce qui signifie que l’arc-en-ciel avertit des changements aériens. La messagère, assise auprès du trône de sa maîtresse, se montre toujours prête à exécuter ses ordres. Elle s’occupe de ses appartements, de ses habits et parures. Attribut d’Hermès, le caducée, bâton entouré de deux serpents et surmonté de deux ailes, demeure également le sien. Il est le symbole de l’éloquence et de la paix.

Un jour, Héra, voulant se venger d’Héraclès, fils né de la tromperie de son époux, elle ordonne à son exécutante de conduire la furie Lyssa auprès du héros. Armée de serpents, cette dernière le rend fou et le pousse à tuer sa femme Mégara et ses enfants. Il accomplira ainsi ses fameux douze Travaux afin de racheter son acte terrible.

Sous l’apparence d’une jeune femme aux ailes brillantes de mille teintes, Iris annonce toujours de bonnes nouvelles, comme l’arc-en-ciel préfigure l’arrivée du beau temps après l’averse, ce qui la rend très appréciable aux yeux d’Héra. Elle prévient les mortels de la fin des tempêtes, causées par ses sœurs les Harpies.

 

Arc-enfer

Iris et la reine Didon
Abandonnée par le héros Enée, la reine Didon se transperce avec son épée. Pour mettre fin à ses souffrances, Iris lui coupe le cheveu fatal. [Iris coupe le cheveu fatal à Didon sur le bucher de Thomas Blanchet, 1655]

Iris se révèle une divinité psychopompe : elle guide les âmes des morts. Plus précisément, c’est plutôt à Hermès que cette fonction est dévolue. La messagère elle, coupe le cheveu fatal des femmes sur le point de trépasser alors que son homologue masculin se charge de faire sortir l’âme de son enveloppe physique. Héra, voyant Didon, première reine de Carthage, lutter contre la mort, envoie la déesse irisée lui ôter le cheveu fatidique que Perséphone, reine des enfers, refuse d’arracher, en raison d’une mort contre nature.

Lorsqu’un immortel se parjure, Zeus charge Iris d’apporter de l’eau du Styx, fleuve infernal, dans un vase d’or. Le menteur doit jurer devant le récipient et, s’il s’est parjuré, il reste une année, qui en contient en réalité plusieurs milliers, sans vie et sans mouvement. La déesse purifie aussi la reine de l’Olympe, à chaque retour de ses visites dans le royaume souterrain, à l’aide de délicieux parfums.

 

Personnification de l’arc-en-ciel

L'écharpe aux sept couleurs d'Iris
L’arc-en-ciel, un aspirateur d’eau selon les croyances anciennes. [Image par David Mark]

Chez les Anciens, l’arc-en-ciel ne se compose que de trois tons : le rouge, l’orangé et le vert. Bien sûr, on sait aujourd’hui qu’il présente les sept couleurs du spectre lumineux : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet. On le surnomme alors l’écharpe d’Iris.

On croyait aussi que la messagère possédait une tête de taureau qui lui servait à aspirer l’eau et qu’elle nourrissait ainsi les nuages. Chez les Romains, cette croyance que l’arc-en-ciel boit les eaux était répandue. Puis, toute cette eau finit par retomber en pluie.

Chez les Grecs, un arbre touché d’un arc-en-ciel se dote d’une odeur suave, ce qui lui vaut désormais le nom d’iriskapata (« frappé par Iris »). Le pied de l’arc-en-ciel est aussi réputé pour abriter un trésor que garde le leprechaun, un lutin du folklore irlandais.

 

Iris et les Vents

Boréades contre Harpies
Les Boréades pourchassent les Harpies jusqu’au ciel. [The Persecution of the Harpies de Rubens]

Les principales aventures d’Iris restent liées aux vents et elle se déplace aussi vite qu’eux. Pour aider les Argonautes à la recherche de la Toison d’or, Héra l’envoie chez Éole, maître des courants d’air, le prier d’enchaîner tous les tourbillons afin que le navire des héros continue sa route. Une autre fois, Iris intervient en faveur des Harpies en lutte contre l’équipage. Les Boréades Calaïs et Zétès, eux aussi liés à l’atmosphère, pourchassent les monstres ailés dans les airs et menacent de les tuer. Alors qu’Aello se noie dans le fleuve Harpyx, les autres gagnent les îles Strophades où leur sœur Iris apparaît et convainc les deux frères de les épargner.

Lors de la guerre de Troie, elle part à la recherche de Borée, vent du Nord et père des Boréades, et de son frère Zéphyr, qui souffle sur l’Ouest, dans le but qu’ils ravivent le bûcher de Patrocle, ami d’Achille. Éprise de Zéphyr, elle connaît une aventure avec lui, avant d’être rappelée à l’ordre par Héra. Leur courte relation donnera naissance à Pothos, personnification du désir. Durant la bataille entre les Troyens et les Grecs, elle secourt Aphrodite blessée par Diomède, un roi d’Argos.

 

Iris épaule Aphrodite lors de la guerre de Troie
Iris ramène la déesse de l’amour Aphrodite, blessée au cours de la guerre de Troie, sur le mont Olympe. [Venus, supported by Iris, complaining to Mars de George Hayter, 1820]

Langage des fleurs et des pierres

La fleur d'Iris
La fleur d’Iris [Image par S. Hermann & F. Richter]

Iris a laissé son nom pour désigner d’autres éléments. On pense à l’iris, la partie colorée de l’œil, mais aussi à la fleur ornementale du même nom. Cette plante, capable de revêtir différentes nuances, signifie, dans le langage floral, la transmission d’un message d’amour. D’ailleurs, Héra se servait de sa messagère pour envoyer de l’affection à ses enfants. La fleur, dès l’Antiquité, se dépose dans les cimetières, accompagnant tout comme la divinité dont elle porte le nom, les défunts dans leur dernier voyage. Elle pousse au bord des rivières, rappelant le lien d’Iris avec l’eau.

Quant à la pierre d’iris, il s’agit d’un cristal blanc fendillé qui reflète les couleurs de l’arc-en-ciel lorsqu’il est exposé aux rayons solaires. On la trouve en grande quantité en Sicile et en Éthiopie. Les arcs-en-ciel, eux, apparaissent partout dans le monde et si vous en voyez un, c’est le signe qu’un être supérieur souhaite communiquer avec vous.

Iris, messagère comme les anges

 Découvrez la déesse Iris en vidéo


Sources :
  • Revue des traditions populaires
  • Les Admirables Secrets d’Albert le Grand, 1774.
  • Encyclopédie méthodique : antiquités, mythologie, diplomatique des chartres et chronologie, 1790.
  • Nouveau dictionnaire universel de Maurice La Châtre, 1865.
  • Encyclopédie Atlas de la Mythologie d’Eric Mathivet.

Sobek, dieu-crocodile égyptien des eaux et de la puissance pharaonique

Dans la mythologie égyptienne, le dieu Sobek à tête de crocodile joue un rôle important en tant que maître du Nil. Sa force et son physique redoutable repoussent les ennemis. D’une nature solitaire, il vient, cependant, en aide aux pharaons, placés sous sa protection, et à quelques divinités. En son honneur, des Égyptiens bâtissent la cité de Crocodilopolis.

Sobek, maître du Nil et des crocodiles

Maître des eaux rayonnant

Gardien des lacs et des cours d’eau, Sobek règne sur le Nil, essentiel dans la vie des Égyptiens. Il déclenche les crues et inonde les terres ainsi fertilisées. Les cultures d’avoine, de blé et de sorgho poussent sur ainsi le limon produit.

Il entretient un lien avec l’astre du jour, du fait de sa naissance découlant du dieu solaire . En effet, il surgit des flots après que les serviteurs de Geb, esprit terrestre, plongent une mèche de Râ dans l’eau. Ils souhaitent, en effet, la purifier afin de guérir leur maître. Celui-ci venait de dérober l’uræus, le cobra doré, qui prit vie et lui cracha son venin au visage.

Plus précisément, Neith, incarnation du principe féminin, fécondée par les cheveux de Râ, aurait donné instantanément naissance au divin crocodile. On retrouve, dans les représentations de Sobek, l’uræus qui trône sur sa coiffe de plumes.

Force de crocodile

Au pays des pyramides, le pouvoir se retranscrit par un hiéroglyphe en forme de crocodile. Sobek incarne, en effet, la puissance des pharaons. Surnommé « l’enragé », il possède toutes les caractéristiques du prédateur reptilien. Ses dangereux attributs se retrouvent chez d’autres divinités et monstres, comme dans la queue reptilienne de Taouret, protectrice de la maternité non moins féroce, ou à travers la gueule d’Ammout, dévoreuse de l’au-delà. Le crocodile appartient au groupe des créatures craintes par le peuple égyptien, aux côtés du lion, du léopard et de l’hippopotame.

crocodile du Nil
Bien qu’il semble dormir, le crocodile du Nil dévore ceux qui s’approchent trop près de lui. (Barbara Fraatz)

D’une taille de cinq mètres, le crocodile du Nil (Crocodilus niloticus) habite les grands fleuves, lacs et marais de l’Afrique. Il se nourrit d’oiseaux, mammifères, et se montre friand de chair humaine. D’un claquement de mâchoires, il dévore bras et jambes de pêcheurs. Heureusement, il ne s’alimente pas tous les jours, en raison d’une activité paresseuse : bronzage et bain nocturne ! Un vrai lézard !

Protecteur des puissants

Par son aspect effrayant, Sobek décourage les envahisseurs, obligés de franchir le Nil. Il règne sur le peuple crocodilien et l’envoie, au besoin, repousser l’ennemi. Et il protège le Pharaon dont il représente la toute-puissance. D’ailleurs, certains souverains n’hésitent pas à inclure son nom dans le leur pour renforcer leur autorité. Néférousobek, « la beauté parfaite de Sobek » devient la première pharaonne de l’Histoire. Quant à Sobekhotep, « Sobek est clément », il est un titre porté par plusieurs rois.

Bien que solitaire, le dieu à la peau écailleuse porte secours à plusieurs divinités. Il offre asile à Isis, sur le point d’accoucher d’Horus, qui tente d’échapper au maléfique Seth. Plus tard, il repêche les membres éparpillés de son époux Osiris, jetés dans le courant. Il aide aussi Horus, devenu père, à réunir ses fils, naît sur le fleuve, dans une fleur de lotus. Avec un filet, il les attrape et les amène en sécurité sur le rivage.

Crocodilopolis, foyer de Sobek

Les Anciens Grecs évoquent une ville où les habitants vénèrent un dieu-crocodile, craint et admiré, et la surnomment Crocodilopolis. Connue dans l’Antiquité sous le nom de Shedet et aujourd’hui sous celui de Fayoum, la capitale de Sobek présente un temple en son honneur.

Sobek et Horus au temple de Kôm-Ombo
Représentation d’Horus et Sobek au temple de Kôm-Ombo.

Là-bas, des bijoux ornent les carapaces des crocodiles. Les prêtres gavent les terribles reptiles de gâteaux au miel, d’hydromel et de viandes. Au bord d’un étang, les animaux coulent des jours paisibles. Tout comme les pharaons à leur mort, ils sont embaumés et déposés au cœur d’un labyrinthe. Petesoukhos désigne le crocodile sacré dans lequel s’incarne l’âme du dieu.

En la ville de Soumenou, une statue monumentale représente la protection de Sobek envers le jeune souverain Aménophis III. Son temple principal se situe à Kôm-Ombo.

Sobek en vidéo


Sources :
  • Les dieux de l’Égypte de Raphaël Martin, Jean-Christophe Piot et Djilian Deroche, 2017.
  • Le grand livre des animaux de Philip Whitfield et Richard Walker, 1999.

Hora : déesse grecque de l’hiver

Déesse de l’hiver, Hora est l’une des quatre Heures célestes qui régissent le cycle des saisons, dans la mythologie grecque. Sa beauté glaciale séduit le titan Cronos ainsi que Zeus, roi des immortels. Au-delà des périodes froides, elle veille sur les oiseaux aquatiques et possède un lien avec le serpent.

Hora, heure de l'hiver

Heure hivernale

Dans les mythes antiques, les Heures célestes personnifient les saisons. Le mot hora, « saison » s’avère féminin d’où l’emploi de déesses pour figurer les quatre périodes de l’année. Ce terme désigne aussi la divine Hora qui règne sur l’hiver. Puis, Thallo se charge du printemps, Auxo de l’été et Carpo de l’automne.

Au commencement de l’hiver, les Grecs offrent à Hora des sacrifices solennels, les horées. Les Anciens la représentent parfois recouverte d’une mante, long manteau qui préserve du froid. Parmi ses attributs figurent l’arbre dépourvu de feuillage et les fruits secs, ridés. Elle protège les oiseaux aquatiques : le canard colvert, le cygne, le flamant rose, le grèbe huppé, le héron cendré ou encore le martin-pêcheur. Ils apprécient, en effet, l’air humide de la rude saison.

l'alcyon, oiseau mythique
L’alcyon est une sorte de martin-pêcheur. (Denis Doukhan)

Lors du solstice d’hiver, elle adoucit l’atmosphère afin de permettre à l’alcyon, oiseau fabuleux, d’établir son nid et de pondre ses œufs. Plusieurs personnages se métamorphosent en cet animal à la suite d’un événement douloureux. Ainsi, Héra, reine de l’Olympe et déesse du mariage, transforme la pauvre Alcyone, désespérée par la perte de son mari Céyx, en cet être ailé, signe d’heureux présage. Amphitrite, souveraine de la mer au côté de Poséidon, change les sept Alcyonides, filles du défunt géant Alcyonée, en alcyons alors qu’elles se jetaient de tristesse dans les eaux.

Les Saisons et le Temps

Hora et ses sœurs sont les filles d’Ouranos, le Ciel et de Gaïa, la Terre. Pour se venger de son fils le titan Cronos, maître du Temps qui l’a castré et exilé dans le firmament, Ouranos charge ses filles saisonnières d’assassiner leur frère. Cependant, la maîtresse des frimas et du gel tombe sous le charme de l’être temporel et convainc ses sœurs de s’abandonner à lui. Les saisons, qui coexistaient au cours de l’année, apparaissent désormais selon le cycle du temps.

Lorsque Zeus détrône à son tour son père Cronos, il ordonne aux Heures de veiller sur son palais et sur la porte céleste, un nuage qui sépare le monde des mortels de celui des éternels. Elles les gardent chacune, à tour de rôle, selon la saison. On les surnomme « les portières du ciel ».

Les amours de Zeus et d’Hora

Le symbole du serpent
D’or ou de glace, le serpent symbolise la déesse Hora.

Hora change parfois ses jambes en deux serpents afin de glisser furtivement sur les chemins gelés. Zeus, pas indifférent à ses charmes, se métamorphose en cygne, oiseau qu’apprécie la déesse, et s’unit à elle. Elle devient ainsi mère de Colaxès, roi de Bisaltie, une région de Macédoine.

En mémoire de l’origine de leur souverain, les guerriers Bisaltiens prennent la foudre ailée, armée de trois pointes, comme emblème sur leurs boucliers. Colaxès y ajoute le symbole de sa mère : deux serpents d’or, opposés l’un à l’autre, et lançant leur dard sur une pierre précieuse à l’éclat éblouissant.


Sources :
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829.
  • Mythologie pittoresque de Joseph Desnos, 1839.

Séléné : déesse grecque de la Lune

Déesse de la Lune, la blanche Séléné parcourt le ciel nocturne et y éclaire la Terre. Elle s’arrête, à chaque passage, dans une montagne afin de répandre son amour sur Endymion, un mortel endormi à jamais. Elle a connu toutefois d’autres romances et, comme ses nombreux rayons, son nom se déploie diversement dans notre langue.

Séléné, déesse lunaire

Pleine lune

Avant le règne des dieux, le titan Hypérion (la lumière céleste) épouse sa sœur, la titanide Théia (l’éclat du ciel). Tous deux donnent naissance à trois merveilleux enfants : Hélios, Séléné et Éos. Jaloux du bonheur de leur frère et de la beauté de sa progéniture, les Titans fomentent de l’assassiner avec sa descendance. S’ils parviennent à éliminer Hypérion et à noyer Hélios dans le fleuve Éridan, les titanides leur échappent.

Le titan Hypérion
Hypérion propage la lumière dans le ciel par Tomasz Alen Kopera.

Folle de douleur, Séléné se jette du haut de son palais. Zeus, qui bannit les Titans dans le Tartare, gracie la famille d’Hypérion qui n’a pas pris part à la guerre. Avec ses pouvoirs, il diffuse l’essence du titan dans le ciel alors que sa femme préside désormais à la vue et obtient le don de prophétie. Puis, il expose la splendeur des enfants aux yeux de tous : Hélios, ramené à la vie, se transfigure en Soleil, Séléné incarne la Lune, et Éos, l’Aurore.

Dans la nuit étoilée, Séléné dirige un char argenté tiré par deux chevaux alors que son frère solaire poursuit sa course dans un char doré, en plein jour. Elle symbolise l’un des aspects de l’astre nocturne dans une trinité lunaire. Alors qu’Artémis, divinité de la chasse, représente le croissant et Hécate, déesse de la magie, la nouvelle lune, elle incarne la pleine lune.

Sous cette forme, un dragon essaie parfois de la dévorer, ce qui provoque des éclipses. Elle ne doit son salut qu’à l’aide de sorcières qui le repoussent à coup d’incantations. En chassant les esprits maléfiques qui sortent la nuit, Séléné veille également sur la Terre et le sommeil des mortels.

Amours lunaires

La belle au teint diaphane connaît une liaison avec Zeus en personne. De leur union naissent trois filles. La première, Hersé, déesse de la rosée, assure la nutrition des plantes. Resplendissante, sa sœur Pandia devient la déesse de la brillance. Les dieux, touchés par sa beauté, la considèrent comme l’une des plus belles déesses. Elle donne d’ailleurs son nom à une pierre précieuse. Enfin, Némée règne sur une cité qui adopte son nom, dans la région de l’Argolide, en Péloponnèse, où s’étale une vaste forêt. Les Jeux néméens, célébrés tous les deux ans, se déroulent en l’honneur de Zeus. Le célèbre lion de Némée, qu’Héraclès affronte au cours de l’un de ses travaux, appartient à Séléné.

Pan et Séléné
Séléné connaît une idylle avec le dieu champêtre Pan.

Pour la séduire, Pan, dieu des campagnes et protecteur des bergers, lui offre un troupeau de bœufs blancs et se métamorphose en bélier. Elle monte sur sa croupe et se laisse emporter dans une nouvelle passion.

Avec son frère Hélios, elle engendre les douze Heures de la journée : Augé (le lever du jour), Anatolé (le lever du soleil), Mousica (la musique), Gymnastica (la gymnastique), Nymphé (le bain), Mesembria (le midi), Spondé (les libations), Életé (la prière), Acté (le repas), Hespéris (le soir), Dysis (le coucher du soleil) et Arctos (le coucher du jour).

Séléné et Endymion

Séléné et Endymion
Séléné visite Endymion tous les soirs par Sir Edward Poynter.

Le plus grand amour de Séléné reste le pâtre Endymion dont elle eut cinquante filles, les Ménés, qui représentent les 50 mois lunaires des Olympiades. Pour qu’il conserve sa jeunesse, elle plaide son amour sincère auprès de Zeus. Le roi de l’Olympe plonge le jeune homme dans un sommeil magique grâce auquel il conservera sa jeunesse éternellement. Le bel endormi symbolise, dès lors, le soleil couchant. Il repose en une montagne de Carie nommée Latmos où Séléné lui rend visite chaque nuit. Elle lui procure des caresses de ses rayons qui se propagent également sur la Terre.

Comme ses filles, Séléné se nomme aussi Mèn ou Mené, c’est-à-dire l’astre qui mesure les mois. On la surnomme également « la reine des astres et du ciel »  ou encore « l’œil de la nuit ».

Au nom de la Lune

Chez les Romains, la déesse porte le nom de Luna. Une fontaine du Péloponnèse, surnommée « la fontaine de la Lune » adopte le nom de Séléné et lui est consacrée. Elle fournit en eaux le temple d’Ino, célèbre pour ses oracles.

Son nom s’emploie aussi pour désigner les habitants supposés de la Lune, les Séléniens. Les sélènes sont, eux, des gâteaux en forme de demi-lune qui servent d’offrande pour la déesse. La sélénographie correspond à l’étude de la surface de la Lune et l’adjectif « sélénographique » se rapporte à sa description. Quant à la sélénite, il s’agit d’une pierre rare qui croît et décroît selon les différentes phases lunaires.

En Thessalie, les habitantes se vantent de faire descendre la Lune sur la terre par la force de leurs enchantements. D’ailleurs, Aglaonice, l’une d’elles, devient la première femme astronome. Très vite, le mot « thessalienne » devient synonyme de « sorcière, magicienne ».


Sources :

  • Dictionnaire des mythologies de Myriam Philibert, 1998.
  • Le Langage Secret des Étoiles et des Planètes : la clé des mystères de l’astronomie de Geoffrey Cornelius et Paul Devereux, 1996.
  • Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772.
  • Le Littré : dictionnaire de la langue française d’Émile Littré, 1863.
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829.
  • Dictionnaire classique de l’Antiquité sacrée et profane de Marie Bouillet, 1841.
  • Dictionnaire de mythologie de tous les peuples avec les rapprochements historiques de Luigi Capello di Sanfranco, 1833.

Amphitrite : déesse grecque de la vie marine

Dans la mythologie grecque, Amphitrite appartient à la grande famille des Néréides, les nymphes des vagues. Sa beauté cristalline attire le dieu de la mer, Poséidon, prêt à tout pour en faire sa femme. Devenue reine des eaux, elle protège la vie aquatique et apporte son secours aux naufragés.

Amphitrite, reine des mers
Peinture de Oleksii Gnievyshev (2017).

Néréide

Fille de Nérée, dieu des richesses maritimes, et de Doris, océanide des eaux abondantes en poissons, Amphitrite appartient au groupe des cinquante Néréides, dont elle est l’aînée. Ces nymphes personnifient les vagues et vivent avec leur père dans les profondeurs de la mer Égée.

Le nom d’Amphitrite signifie « environnement », du fait qu’elle représente la mer qui environne la terre. En référence à la mer salée, les Romains la nomment Salacia. Un jour ensoleillé, elle se promène avec ses sœurs sur l’île de Naxos, dans les Cyclades. Poséidon, subjugué, l’observe danser, mais la belle, qui a fait vœu de virginité, s’enfuit face à ses avances.

Épouse de Poséidon

Pour échapper aux ardeurs de son prétendant, Amphitrite se réfugie chez le géant Atlas. Poséidon, qui ignore l’emplacement de sa cachette, envoie des émissaires aux quatre coins du globe. Delphinos, un dauphin, la débusque et plaide si bien les qualités de son maître que la nymphe accepte le mariage. En récompense, Poséidon place le cétacé parmi les astres. Il épouse la belle néréide qui devient la protectrice des animaux aquatiques et possède un troupeau de phoques. Protée, une divinité marine, les mène paître à l’embouchure du Nil.

Amphitrite et Poséidon
Amphitrite épouse Poséidon de Frans Francken

Désormais souveraine des ondes, elle vogue sur les eaux dans un char en forme de coquille, traîné par des chevaux marins ou des dauphins. Ses sœurs et les tritons accompagnent son cortège. Elle tient un sceptre doré entre ses mains, signe d’autorité sur les flots. Dans sa coiffure, elle porte parfois des pinces d’écrevisse. Poétiquement, son nom devient synonyme de « mer ». La surface maritime demeure le dos d’Amphitrite et l’intérieur, son sein. Sa couleur bleue et sombre correspond aux yeux d’azur de la divinité.

Elle enfante plusieurs descendants avec le porteur du trident : Benthésicymé (les vagues profondes), Cymopoléia (les vagues violentes), Rhodé (l’île de Rhodes), Triton (le mugissement de la mer) et les géants Albion et Bergion (ou Dercynos). Albion s’installe sur un territoire auquel il donne son nom et qui deviendra la Grande-Bretagne. Il y introduit l’astrologie et l’art des constructions. Zeus écrase sur lui et son frère Bergion une pluie de pierres, car ils refusaient le passage à son fils Héraclès.

Déesse bienfaisante

Quand Héraclès tue le géant Alcyonée, qui lui a volé des chariots, ses sept filles, les Alcyonides, désespérées, se précipitent dans les flots. Par pitié, Amphitrite les métamorphose en alcyons. Dans la mythologie grecque, l’alcyon correspond à un oiseau merveilleux des mers calmes, signe d’heureux présage.

Elle aide le héros Thésée à récupérer une bague que le roi Minos jette dans la mer, pour le défier. Porté par des dauphins, il rejoint la déesse dans son palais qui lui remet l’anneau, le coiffe d’une couronne et le pare d’un manteau de pourpre. Les Argonautes bénéficient également de son secours lorsque leur navire, l’Argo, échoue sur les rivages de la Libye. Aussitôt, Amphitrite dételle un des chevaux du char de son époux qui indique aux aventuriers la voie pour regagner la côte.

Lors de la colonisation de l’île grecque Lesbos, un oracle prédit que les côlons doivent sacrifier une vierge à Amphitrite et aux Néréides. Phinéis, la fille de Smintheus, l’un des chefs, se voit désignée par le sort et jetée dans les flots. Élanos, son amoureux, plonge pour la sauver. Heureusement, les dauphins, commandés par la nymphe, les ramènent sur le rivage.

Divinité aimante

Des péridots
L’île de Topazos regorge de péridots.

Loin de la jalousie qu’Héra porte sur les infidélités de Zeus, Amphitrite laisse couler les tromperies de son époux. Tout comme Aphrodite, née de l’écume, la déesse apporte l’amour. Sa représentation gravée sur le péridot, une pierre, promet à son possesseur l’affection.

Le péridot est une gemme verte. Son autre nom est, en grec, topazos, car elle provient de l’île Topazos, appelée Zabargad aujourd’hui, située dans la mer Rouge. Dès l’Antiquité, on extrayait ses minéraux pour s’en parer.

Pour que la pierre se montre magique, Amphitrite doit figurer auprès de Poséidon sur son char. Le dieu tient de sa main gauche les rênes et un épi de blé dans l’autre. Ce talisman permet aussi d’attirer des biens et s’utilise en hydromancie, la divination par l’eau.


Sources :
  • Dictionnaire classique de l’Antiquité sacrée et profane de Marie Bouillet, 1841.
  • Dictionnaire de la fable de François Noël, 1803.
  • Dictionnaire de la mythologie de tous les peuples avec les rapprochements historiques de Luigi Capello di Sanfranco, 1833.
  • Dictionnaire poétique portatif de Bilhard, 1759.
  • Dictionnaire portatif de la Fable de Pierre Chompré, 1801.
  • Légendes grecques de la mer de Louis Séchan, 1955.
  • Dictionnaire des pierres magiques et médicinales de Claude Lecouteux, 2011.
  • The Treasury of Knowledge and Library of Reference, 1839.
  • Encyclopédie « Atlas de la Mythologie » de Céline Bénard, 2003.

Cratéis : déesse grecque des enchanteurs et des sorciers

Dans la mythologie grecque, Cratéis veille sur les enchanteurs et les sorciers. Puissante magicienne, elle tire son pouvoir de celui de la déesse de la magie, Hécate. Elle présente également un lien avec le monde marin et se révèle la mère du monstre Scylla.

Cratéis, mystérieuse déesse des sorts et des enchantements

Nymphe d’une rivière enchantée

À l’origine, Cratéis demeure la nymphe d’une rivière nommée Crathis. Ce cours d’eau naturel se situe dans la Calabre, région du sud de l’Italie. C’est cette partie de la péninsule qui se trouve en contact avec le détroit de Messine, dans la mer Méditerranée.

La rivière, appelée aujourd’hui le Crati, passe pour une source enchantée. Ses eaux blanchissent les troupeaux et rendent les cheveux blonds. Elles aident aussi à guérir plusieurs maux. Tout cela donne un avant-goût des pouvoirs magiques de la mystérieuse divinité.

Fille de la magie et de la mer

Cratéis présente un lien indéniable à la fois avec le monde magique et le milieu maritime. Fille du dieu marin Triton, elle aurait pour mère Hécate, déesse de la magie et des spectres. Cette dernière ayant fait vœu de conserver sa virginité, on peut supposer que Triton féconda plutôt sa magie. Parfois, Cratéis s’avère une autre identité de la divine Hécate.

Formidable ensorceleuse, la nymphe mystique devient la protectrice des sorciers et des enchanteurs. Elle assiste ceux qui usent de charmes, potions et magie noire. Son nom signifie « force, puissance ».

Mère de la monstrueuse Scylla

Fidèle à sa nature aquatique, Cratéis s’unit à Phorcys, le dieu des dangers des profondeurs marines. Leur union engendre la belle Scylla dont les charmes attirent Glaucos, un autre dieu marin. Mais la nymphe le repousse et il se tourne vers Circé, une magicienne qui a appris auprès d’Hécate et qui jalouse Scylla. Elle remet au dieu éploré, dont elle se trouve amoureuse, un philtre d’amour qui transforme sa rivale en un terrible monstre à six têtes. Ainsi, la magie d’Hécate se retourne contre l’une de ses descendantes.

Ulysse face à Scylla
Après avoir prié Cratéis, Ulysse décide d’affronter Scylla plutôt que Charybde.

Effrayée par sa nouvelle apparence, Scylla part se cacher dans un rocher situé dans le détroit de Messine, pas très loin de la rivière de sa mère. En face d’elle, Charybde, une déesse métamorphosée en gouffre, tourbillonne dangereusement. Le héros Ulysse, au cours de son Odyssée, naviguera entre les deux monstres. Circé conseille au navigateur d’invoquer Cratéis pour empêcher Scylla de le dévorer. Le héros choisit alors d’affronter la nymphe monstrueuse plutôt que le gouffre. S’il parvient à lui échapper, six de ses hommes n’auront pas cette chance.


Sources :
  • Dictionnaire de la fable de François Noël, 1801.
  • Thesarus poeticus linguae latinae de Louis Quicherat, 1840.
  • Dictionnaire pour l’intelligence des auteurs classiques, grecs et latins de François Sabbathier, 1772.

Taouret : déesse-hippopotame égyptienne de la maternité et des naissances

Appelée Thouéris en Grèce, la déesse égyptienne Taouret se caractérise par sa tête d’hippopotame. Effrayante en apparence, elle repousse uniquement les mauvais esprits. Elle veille sur le foyer familial et, tout particulièrement, sur les nouveau-nés et les mères. Associée à l’élément de l’eau, on la retrouve au ciel et dans le monde des morts, car elle demeure une divinité primordiale du panthéon égyptien.

La déesse égyptienne Thouéris

Déesse-hippopotame

Sur les rives du Nil, les Égyptiens se confrontent à de terribles animaux tels que les crocodiles et les hippopotames. La déesse Taouret revêt ainsi l’apparence de celui que les Anciens surnomment « le cheval du fleuve », pour repousser les mauvais esprits. À la fois craint et vénéré, le mammifère amphibie fascine et incarne cette dualité au sein de la divinité.

De son nom latin Hippopotamus amphibus, ce géant d’Afrique possède un corps massif, une tête énorme et une dentition impressionnante. Il joue un rôle essentiel dans l’équilibre des eaux intérieures. En se frayant un passage à travers les marécages, il crée de petits cours d’eau qui permettent l’irrigation des terres voisines.  De plus, il favorise le développement du plancton grâce aux tonnes d’excréments qu’il libère dans le fleuve. Aujourd’hui, seules deux espèces représentent la famille des Hippopotamidés : l’hippopotame commun et l’hippopotame nain (Hexaprotodon liberiensis).

Protectrice de la naissance et de la maternité

Il suffit d’observer le ventre arrondi de Taouret pour comprendre son rôle dans la naissance et le bon déroulement des accouchements. Elle protège les bébés et leur foyer, avec l’aide de Bès, un nain barbu et hideux. En effet, tout comme la déesse hybride, son apparence repoussante s’explique dans sa fonction à écarter les esprits maléfiques.

Les foyers où un heureux événement est attendu célèbrent la divinité hippopotame. Chaque habitat égyptien devient son temple. Pour s’assurer son aide, les femmes portent une amulette à son effigie.

Si l’enfant naît handicapé, la famille l’estime touché par la déesse. De ce fait, le nouveau-né reçoit le privilège de la divinité et le respect des autres. Loin d’être rejeté par la société, il sera perçu comme une chance pour le peuple de l’Égypte antique.

Un petit hippopotame et sa maman
Un bébé hippopotame et sa mère.

En ce qui concerne l’hippopotame, les petits naissent à la saison des pluies quand l’herbe abonde. Après une gestation d’environ 230 jours, la femelle met bas un seul bébé qu’elle allaitera sur une période d’un an.

Le nœud « sa », sur lequel Taouret s’appuie, symbolise la protection. Avec sa poitrine lourde de lait nourricier et son ventre proéminent, la déesse incarne la fécondité aquatique. À l’aide de son couteau en obsidienne qui lui sert à éloigner le mauvais œil, elle tranche le cordon ombilical des nouveau-nés. Une coiffe rouge et vert recouvre sa tête.

Compagne de Seth

La déesse Thouéris, mélange d'hippopotame, de crocodile et de lion
Taouret est un hybride entre l’hippopotame, le crocodile et le lion.

Divinité bienfaisante, Taouret n’en demeure pas moins une déesse vengeresse quand les forces du mal s’approchent. Outre sa gueule monstrueuse d’hippopotame, elle possède des pattes de lion et une queue de crocodile.

Bien que les puissances positives s’incarnent en Taouret, les hippopotames, notamment les mâles blancs, représentent les forces maléfiques. D’ailleurs, ces mammifères nilotiques vivent en groupe d’une quinzaine de membres, dirigés par un vieux mâle agressif. Pour menacer son ennemi, l’animal ouvre sa gueule immense et pousse un fort mugissement. Seth, le dieu du mal, prend souvent l’apparence d’une bête inconnue aux oreilles dressées et parfois celui d’un hippopotame destructeur. Taouret siège alors aux côtés de ce dieu violent. Les pharaons redoutent l’animal maudit et pour cause…

L'hippopotame possède une gueule immense
L’incroyable gueule de l’hippopotame alimente la peur du peuple égyptien.

Ménès, premier pharaon d’Égypte et bâtisseur de la ville de Memphis, se fait dévorer par une de ces créatures fluviales. Depuis, le gros mammifère incarne le maléfice, capable, même, d’anéantir le puissant souverain égyptien.

C’est sous la forme du colossal animal que Seth noie son frère Osiris dans les eaux du Nil ou qu’il affronte Horus, le fils de ce dernier. Toutefois, la cité de Papremis vouait un culte à cette créature tant redoutée, sans doute par peur de la voir dévaster les champs.

Divinité primordiale

La généalogie de Taouret demeure trouble. Dans les mythes égyptiens, le monde émerge de l’eau. Ainsi, la déesse apparaît dans l’océan primordial et veille sur les origines de la vie. Tous les ans, elle renouvelle les forces vitales de l’Égypte, ce qui se manifeste dans la crue du Nil.

D’ailleurs, la seule fête connue consacrée à Taouret se célèbre lors de l’inondation, au Gebel-Silsileh, une carrière de grès qui borde le Nil. Les Égyptiens jettent diverses offrandes dans le fleuve, afin d’en recevoir une quantité démultipliée le jour des moissons.

Le nom de Taouret signifie « la grande »  et elle se trouve présente dans l’autre monde où elle assure la naissance d’une deuxième vie, celle après la mort.

Constellation protectrice

Présente dans le milieu aquatique, Taouret s’installe aussi dans le ciel sous la forme d’une constellation appelée Réret. Elle y tient la cuisse de Seth (qui correspond à la Grande Ourse) qu’Horus arracha au dieu maléfique.

Avec d’autres déesses-hippopotames comme Ipet, elle forme un groupe bienveillant et céleste qui protège les douze mois du calendrier. Elles veillent également sur les cinq dernières journées rajoutées en fin d’année : les jours épagomènes réputés néfastes.

Un hippopotame qui nage dans le fleuve


Sources :
  • Encyclopédie Atlas de la Mythologie d’Éric Mathivet.
  • Le grand livre des animaux de Philip Whitfield et Richard Walker, 1999.
  • Les dieux de l’Égypte de Raphaël Martin, Jean-Christophe Piot et Djilian Deroche, 2017.
Images :
  • Taouret par NoumenonDoesArt, une image que vous pouvez acquérir en cliquant sur ce lien.
  • Photos libres de droit sur Pixabay.