Le Labyrinthe : un dédale pour emprisonner le Minotaure

Construction née de l’imagination des Rois d’Égypte, le labyrinthe acquiert toute sa dimension avec l’inventeur grec Dédale. Ses multiples couloirs sombres sont destinés à protéger son cœur où se terre un terrible monstre. Réputé sans issues, le labyrinthe présente pourtant des sorties de secours…

Le labyrinthe construit par Dédale

La légende du Minotaure

En Égypte ancienne, le labyrinthe symboliserait le palais du soleil. Ses ramifications ne seraient alors que la représentation des années, des mois, des jours… Si le labyrinthe d’Égypte demeure couvert et abrite mille merveilles, celui de l’île de Crète, en Grèce, a été construit dans un but bien précis.

Le Minotaure au sein du labyrinthe
Le Minotaure erre dans les couloirs labyrinthiques (par Artie Navarre).

Tout commence alors que Pasiphaé, reine de Crète, s’éprend d’un taureau blanc. De cette union contre nature, un être monstrueux, mi-homme mi-taureau, voit le jour : le Minotaure. Le roi Minos, époux de la souveraine, décide d’enfermer la créature hybride. Mais quelle prison demeure assez résistante pour ce monstre sanguinaire ?

Minos fait alors appel aux talents de Dédale, inventeur de génie. En s’inspirant du labyrinthe égyptien et en observant les méandres d’un cours d’eau, l’architecte construit son œuvre près de la ville de Cnossos, sur l’île de Crète. Le prénom « Dédale » deviendra d’ailleurs synonyme de labyrinthe.

Jeux de couloirs et de sacrifices

Avec ses murs élevés, ses voies sans issues et ses passages complexes, le labyrinthe retient le Minotaure. Mais s’il ne peut en sortir, d’autres peuvent y entrer. Pour venger la mort de son fils, tué par les Athéniens, Minos obtient que, chaque année, pendant neuf ans, sept garçons et sept filles de la ville d’Athènes servent de pâture au monstre.

Lors de la troisième année, le jeune Thésée, monté sur le trône d’Athènes, décide de se glisser parmi les sacrifiés pour libérer son peuple de cet affreux rituel. En l’apercevant, la princesse Ariane, fille de Minos et de Pasiphaé, en tombe amoureuse. Elle supplie Dédale de lui révéler le moyen de sortir du labyrinthe.

Thésée-Minotaure-Labyrinthe
Thésée combat le Minotaure au cœur du dédale.

Dédale, se sentant coupable, transmet un des secrets du labyrinthe à Ariane : avec le fil d’une pelote de laine, Thésée s’orientera et pourra revenir sur ses pas. Grâce à ce stratagème, le héros pénètre au cœur de la construction et affronte le Minotaure. Vainqueur du monstre, il rebrousse chemin et libère les sacrifiés.

 

L’inventeur piégé dans son invention

Dédale et son fils Icare
Dédale pose une paire d’ailes sur le dos de son fils Icare (par Antoine Van Dyck).

En apprenant la nouvelle de la mort du Minotaure et de l’évasion de Thésée, Minos comprend que Dédale a aidé le jeune homme. Il l’enferme à son tour avec son fils Icare dans le silencieux labyrinthe. Mais l’architecte connaît une autre astuce pour sortir de cette prison sinueuse : la voie des airs. En effet, à la différence du labyrinthe égyptien, celui-ci n’est pas couvert. Avec des plumes et de la cire, Dédale fabrique des ailes qui lui permettent à lui et à son fils de s’envoler loin du labyrinthe. Par malheur, Icare s’approche très près du soleil et connaît une chute fatale.

Pendant ce temps, Thésée, de retour chez lui, décrit les couloirs tortueux du labyrinthe à son peuple. Une danse, inspirée par le cheminement du héros à travers la construction, est inventée. Les Athéniens la nomment le géranos ou danse des grues.

Le labyrinthe de Dédale représente la complexité, souvent comparé au cerveau humain, son subconscient. Mais aussi complexe soit-il, une issue, une solution, existe toujours.

Prolongation dans les jardins

Les labyrinthes deviennent des petits bois dans les jardins des riches propriétaires entrecoupés d’allées. C’est ce type de modèle que l’on retrouve dans Alice au pays des merveilles.

Comment peut-on sortir d’un labyrinthe ? Il suffit de suivre le mur de gauche ou celui de droite pour trouver la sortie. Mais cela ne fonctionne que si entrée et issue se confondent !


Sources :
  • Dictionnaire des Mythologies de Myriam Philibert, 1997
  • Dictionnaire Classique de l’Antiquité Sacrée et Profane de Marie-Nicolas Bouillet, 1841
  • Le Dictionnaire Féérique d’André-François Ruaud, 2002
  • Légendes Mythologiques de F. Peccard
  • Petit Larousse illustré des Légendes et des Mythes de Philip Wilkinson, 2009
  • Synonymes français avec leurs différentes significations de Gabriel Girard, 1806
Crédit images :
  • Représentation du labyrinthe : image libre de droit sur Pixabay, par PublicDomainPictures
  • Thésée affronte le Minotaure : Theseus Minotaur Mosaic

🏰Le château hanté : l’antre de la peur

Un père a deux fils : l’aîné se révèle perspicace, mais le cadet demeure faible d’esprit. Pourtant ce dernier possède une étrange caractéristique : il ne ressent pas la peur. Pour apprendre le tremblement, il part veiller dans le château hanté d’où personne n’est ressorti… Visite guidée !

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Un château peuplé de fantômes

Le château hanté se dévoile dans un conte des frères Grimm intitulé Histoire d’un qui s’en alla apprendre le tremblement ou Conte de celui qui s’en alla pour apprendre la peur. Notre candide cadet part, en effet, de chez lui pour découvrir le frisson que procure la peur. Le voilà arrivé aux portes d’un château dont personne ne revient.

Comme notre héros, vous disposez de trois objets de votre choix dans le château. Le cadet opte pour un briquet et du bois (l’endroit est glacial), d’un établi de tourneur (idéal pour y serrer quelques créatures) et d’un banc de ciseleur muni d’un couteau (toujours bien d’avoir un objet tranchant).

Le fameux lieu hanté grouille de créatures plus inquiétantes les unes que les autres. Elles surgissent de l’ombre quand sonne minuit. Tout d’abord, d’énormes chats noirs, munis de griffes abominables, sortent des ténèbres. De monstrueux chiens noirs portant des colliers de fer rouge ne tardent pas à les suivre. Notre garçon sans peur reste de marbre face aux terribles miaulements et aboiements de ces animaux démoniaques. Il les met en fuite, après avoir coupé quelques vilaines griffes avec l’établi de tourneur !

Hermann_Vogel-The_tale_of_a_youth_who_set_out_to_learn_what_fear_was-3Las, le garçon s’allonge sur un lit. Mais le château n’est pas seulement hanté par des animaux abominables, les objets s’animent eux-aussi : « le garçon allait fermer les yeux quand le lit se mit à voyager tout seul et s’en alla se promener par tout le château ». Impossible de dormir dans ce lieu maudit !

D’étranges personnages séjournent également dans le château comme un homme coupé en deux dont les deux moitiés se déplacent chacune de leur côté. Rassemblées, elles créent un être affreux. Des hommes inquiétants jouent aux quilles avec crânes et tibias. Notre héros sans peur participe à la partie. On trouve aussi un mort reposant dans un cercueil et qui aime étrangler les visiteurs. Un vieux démon à la barbe blanche veille à terroriser les inconnus.

Séjour fantomatique de trois nuits, esprits compris

Si l’on survit trois nuits de suite dans le château hanté, on a accès à trois caisses d’or dissimulées dans un caveau. Le garçon sans peur passe donc l’épreuve sans grandes difficultés et obtient, en plus, la main de la princesse du royaume.

Cependant, notre héros ne connaît toujours pas le tremblement. La princesse songe à une idée : elle part à la rivière remplir un seau d’eau froide et de goujons. Alors que son époux dort, elle renverse le contenu sur lui. Enfin, le jeune prince frissonne !

† Les règles du château hanté †

  • Vous pouvez y apporter trois objets
  • C’est un lieu glacial
  • Des créatures et esprits y surgissent à minuit
  • Les objets sont animés
  • Trois nuits passées dedans donnent accès à trois caisses d’or

Sources :
Histoire d’un qui s’en alla pour apprendre le tremblement des frères Grimm, Contes de l’enfance et du foyer, 1812.
Crédit photo :
  • Image libre de droit sur Pixabay, par Tombud.
  • Illustration du conte par Hermann Vogel.