Clytie, la nymphe amoureuse du Soleil

La belle Clytie rayonne d’amour pour le dieu du Soleil, Hélios. Quand celui-ci se détourne d’elle pour la princesse Leucothoé, la jalousie l’emporte. Les deux rivales connaîtront toutes les deux un sort tragique et une métamorphose liée à l’astre du jour.

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Océanide des eaux glorieuses, Clytie est la fille d’Océan et de Téthys. Lors de sa course pour propager la lumière sur la terre, Hélios l’aperçoit et nourrit une passion brûlante partagée.

Tout bascule le jour où Hélios, surnommé « celui qui voit tout » surprend Aphrodite, la déesse de l’amour, dans les bras de son amant Arès, le dieu de la guerre. Aussitôt, il s’empresse d’avertir Héphaïstos, l’époux de la déesse. Aphrodite, contrariée par les révélations d’Hélios, lui inspire une passion pour la princesse de Perse, la belle Leucothoé.

Habituée à recevoir les rayons réconfortants d’Hélios, Clytie s’étonne de l’absence de son amant. Elle découvre que le dieu solaire l’a délaissée pour Leucothoé. Folle de jalousie, elle dénonce sa rivale auprès de son père, le roi Orchame.

Outré par le comportement de sa fille, le roi prend une décision radicale : pour empêcher Hélios de voir Leucothoé, il ensevelit la princesse vivante durant la nuit ! Au petit matin, le dieu constate, avec tristesse, la mort de sa bien-aimée. Il verse, pour l’honorer, un nectar parfumé sur la terre qui recouvre sa dépouille. Bientôt, le corps de la pauvre princesse se transforme en un arbre qui émet du parfum lorsqu’on le brûle. L’arbre à encens, qui pousse même dans des zones très ensoleillées, vient de naître.

Après la mort de sa rivale, Clytie espère retrouver les faveurs du dieu. Indigné par son geste, Hélios délaisse la nymphe et la prive de sa lumière. Clytie, désespérée, s’isole des autres océanides et erre dans le désert. Pendant neuf jours, elle reste sans manger ni boire, fixant la course du Soleil.

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Par pitié, Hélios finit par métamorphoser Clytie en une fleur. Sous cette forme, la nymphe continue de tourner son regard vers Hélios. Cette fleur prit le nom de tournesol et est qualifiée d’héliotrope, ce qui signifie qu’elle suit la rotation du Soleil. Les Anciens racontent que le tournesol fait mourir l’arbre à encens.

 

Tout comme Hélios a porté son regard sur elle, Clytie reste à jamais tourné vers celui qu’elle aime.

 

Le petit +

Le tournesol est aussi appelé l’herbe de Clytie.


Sources :

  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert & Roland Harari, 2000
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829
  • La mythologie et les fables expliquées par l’Histoire de Briasson, 1738
  • Mythologie grecque et romaine ou Introduction facile et méthodique à la lecture des poètes de Jean Humbert
  • Traité de mythologie ou explication de la fable par l’histoire et les hiéroglyphes de Jean-Jacques Lionnois, 1808

Crédit Images :

  • Clytie par Louis Welden Hawkins
  • Helios and Clytie par Melinda McCarthy, 2015
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Améthyste, la nymphe cristallisée

Variété précieuse de quartz, la pierre améthyste tire son origine d’une nymphe du même nom. Le mot provient du grec « methuein », qui signifie « s’enivrer », et précédé d’un « a » privatif. En effet, les Anciens racontaient que l’améthyste possédait la faculté d’empêcher l’ivresse. L’histoire de la nymphe Améthyste fait d’ailleurs intervenir Dionysos, le dieu du vin…

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La belle Améthyste se rend joyeusement au temple d’Artémis, déesse de la chasse, lorsque Dionysos l’aperçoit. Ivre, le dieu du vin se montre très entreprenant avec elle. La nymphe, refusant ses avances, court aussi vite qu’elle peut pour lui échapper. Cependant, le dieu la poursuit inlassablement. En dernier recours, elle implore Artémis.

Lorsque Dionysos l’attrape, Améthyste reçoit l’aide de la déesse vierge. Celle-ci la transforme en un cristal dur et froid. Dépité, le dieu déverse son vin sur le minéral qui se teint en violet. Le sommet de la pierre, par lequel Dionysos a fait couler son vin, reste, depuis, plus coloré.

Sobre, Dionysos éprouve des regrets. Il procure alors à la pierre le pouvoir de dissiper l’ivresse. Au fil du temps, l’améthyste absorbe d’autres propriétés magiques et médicinales. Les démons, cauchemars, fièvres et mauvaises pensées sont repoussés par sa présence.  Elle clarifie l’esprit, apaise les émotions, développe l’intuition et contribue à la sagesse.

Améthyste pendule

Elle possède des facultés plus étonnantes comme de réduire une incarcération, de favoriser la richesse ou de rendre humble. D’ailleurs, la tradition chrétienne l’associe à la couleur de la violette, symbole de l’humilité. Elle protège de la sorcellerie, si les figures de la Lune et du Soleil sont gravées dessus et qu’on la porte au cou avec des duvets de paon et des plumes d’hirondelle. Placée sous l’oreiller, elle procure des rêves doux et prémonitoires.

En accumulant toutes ces énergies mystiques, la nymphe Améthyste trouve le moyen de se faire entendre à travers la pierre transparente. En l’arrosant d’eau et en l’approchant d’un aimant, elle répond aux questions de son possesseur. Pour cela, elle adopte la voix de l’enfant qui sommeille en la personne.

Nymphe effacée aux origines oubliées, Améthyste n’a gardé que trois choses, à la suite de sa transformation en pierre : sa transparence, sa beauté et la marque de Dionysos. Si sa propriété première se limitait à préserver de l’ivresse, elle a accumulé, au fil du temps, de nombreux pouvoirs la rendant incontournable.

Le petit +

Le magnifique étourneau améthyste (Cinnyricinclus leucogaster) présente des plumes aux couleurs de cette pierre.

Violet-backed Starling, Cinnyricinclus leucogaster, at Pilanesbe


Sources :

  • Dictionnaire de la Fable ou Mythologie de François Noël, 1803
  • Dictionnaire des pierres précieuses fines et ornementales d’Encyclopedia Universalis, 2015
  • Dictionnaire des Symboles d’Alain Gheerbrant, 1990
  • Dictionnaire des Sciences occultes de Jacques Collin de Plancy, 1848
  • The Curious Love of Precious Stones de George Kunz, 1913
  • Dictionnaire des pierres magiques et médicinales de Claude Lecouteux

Crédit images :

  • Pierre Précieuse Cristal par Aurelien_L sur Pixabay
  • Pendule d’Améthyste par VisualizarteCreativa sur Pixabay
  • Violet-backed Starling, Cinnyricinclus leucogaster par Derek Keats

La flûte de Pan

La flûte de Pan, baptisée la syrinx, porte le nom d’une nymphe aimée de Pan, dieu grec des campagnes et des bergers. La perte tragique de cette dernière inspira cet instrument enchanteur au dieu.

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Né avec des cornes sur la tête et des jambes velues terminées par des pattes de bouc, Pan effraie sa mère. Celle-ci l’abandonne dans une forêt. Son père Hermès, le messager des dieux, le ramène sur l’Olympe pour amuser les divinités. Déjà, les deux grands aspects de la vie de Pan se dessinent : l’abandon et l’amusement.

Le joyeux Pan établit sa demeure dans les bois de la région d’Arcadie, en Grèce. Un jour, il rencontre la belle naïade Syrinx, fille du dieu-fleuve Ladon. Elle veille sur les roseaux, des plantes s’épanouissant au bord de l’eau. Subjugué, Pan s’approche d’elle, mais elle s’enfuit face à sa laideur.

Amusé, Pan continue de poursuivre la nymphe. Prise au piège, elle court jusqu’au fleuve gouverné par son père et supplie les nymphes, ses sœurs, de l’aider à échapper au dieu.

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Aussitôt, le vœu de Syrinx se réalise : elle se transforme en roseau. Dépité, Pan pleure la belle nymphe. Soudain, un vent doux et chaud se met à souffler et produit des sons dans le roseau. Le dieu a alors l’idée de le couper en 7 tubes de tailles inégales. Il les assemble avec de la cire pour former une flûte. La syrinx est inventée.

En soufflant dans sa flûte à 7 tubes, Pan devient un merveilleux musicien. Il divertit les bergers et charme enfin les nymphes. D’un amour non partagé est né un instrument qui rassemble des êtres vivants envoûtés par la mélodie émise.

 


Sources :

  • Cours de Mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Roland Harari et de Gilles Lambert, 2000
  • Dictionnaire Classique de l’Antiquité Sacrée et Profane de Marie-Nicolas Bouillet, 1841
  • Dictionnaire de la Fable ou Mythologie de François Noël, 1803

Crédit Image :

Image issue de The story of Greece : told to boys and girls de Mary Macgregor.

Scylla, le monstre marin

Un tremblement de terre sépara la Sicile de l’Italie et créa le détroit de Messine. D’un côté, le terrible gouffre Charybde engloutit les navires (voir article précédent) et de l’autre la monstrueuse Scylla dévore les marins. Fille de Phorcys, dieu des dangers des profondeurs marines, et de Cratéis, déesse des sorciers et des enchanteurs, Scylla était à l’origine une belle haliade, nymphe marine.

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Lorsqu’il aperçoit la belle Scylla se baigner dans une fontaine, le dieu marin Glaucos en tombe éperdument amoureux. Mais la nymphe ne partage pas ses sentiments. Le dieu se tourne alors vers la redoutable magicienne Circé. Celle-ci lui concocte un philtre d’amour à verser dans la fontaine de sa bien-aimée.

Ce que Glaucos ignore c’est que Circé nourrit un amour pour lui et elle est prête à tout pour se débarrasser de sa rivale. Ainsi lorsque Glaucos verse le philtre dans la fontaine, c’est un poison qui se mélange aux eaux. Scylla y pose à peine un pied qu’elle se métamorphose en un monstre à six têtes. Des gueules d’horribles chiens lui poussent sur son bassin.

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Glaucos et Scylla

Ce monstre terrorise bientôt les habitants. Elle-même effrayée par son apparence, Scylla se jette dans la mer et se cache désormais dans un rocher, dans le détroit de Messine, en face du gouffre Charybde.

Ulysse, lors de son Odyssée, navigue par le détroit de Messine. Sous les conseils de son amante, la magicienne Circé, il choisit d’affronter Scylla plutôt que Charybde. Mais en croyant éviter le plus gros danger, le héros se confronte à la fureur de Scylla, prête à tout pour se venger de Circé. Tombé de Charybde en Scylla, c’est-à-dire dans un danger plus grand que celui qu’il a évité, Ulysse voit Scylla dévorer six de ses compagnons. Il parvient à s’en sortir et traverse le détroit de Messine avec le reste de son équipage.

Certains pensaient que Scylla était un navire Tyrrhénien qui pillait les côtes de Sicile. Sur sa proue, une figure de femme monstrueuse entourée de chiens correspondrait à l’image de Scylla.


Sources :

  • Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772
  • Nouveau Dictionnaire Universel de Maurice Lachatre, 1865
  • Cours de Mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829
  • Dictionnaire Classique de l’Antiquité Sacrée et Profane de Marie-Nicolas Bouillet, 1841
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Roland Harari et de Gilles Lambert, 2000

Crédit Image :

  • The Iliad of Homer, part II, planche 15, de John Flaxman (1793)
  • Scylla et Glaucus de Pierre Paul Rubens, vers 1636

Charybde, le gouffre marin

L’expression « tomber de Charybde en Scylla » signifie « pour éviter un mal, tomber dans un autre bien pire ». Dans la mythologie grecque, Charybde, un gouffre, et Scylla, un monstre, se font face dans le détroit de Messine. Les marins, naviguant par ces eaux, doivent affronter ces deux dangers. Découvrons, aujourd’hui, l’histoire de Charybde.

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À l’origine, Charybde est la fille de Gaïa, la Terre, et de Poséidon, dieu de la mer, et la déesse des marées. Habitée par un appétit vorace, elle vole du bétail le long des côtes de la Sicile. Les Grecs inventent alors l’expression « avaler comme Charybde » pour désigner « un énorme appétit ».

Un jour, Charybde commet l’erreur de voler les bœufs d’Héraclès (Hercule en latin). Zeus, roi des dieux et père du héros, la foudroie aussitôt et la précipite dans la mer. La déesse s’y transforme en gigantesque gouffre tourbillonnant.

Désormais, Charybde engloutit les flots trois fois par jour et les recrache trois fois avec de terribles mugissements. La représentation des marées prend alors tout son sens, sous cette nouvelle apparence.

Lors de son Odyssée, le héros Ulysse navigue par le détroit de Messine qui, à l’époque, sépare la Sicile de l’Italie. C’est dans ce bras de mer que se trouvent Charybde et, en face d’elle, le monstre Scylla. Ulysse choisit d’éviter Charybde afin de ne pas perdre tout son équipage et affronte Scylla. Il perdra six de ses hommes face à ce monstre que vous découvrirez dans l’article de la semaine prochaine !


Sources :

  • Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772
  • Nouveau Dictionnaire Universel de Maurice Lachatre, 1865
  • Cours de Mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829
  • Dictionnaire Classique de l’Antiquité Sacrée et Profane de Marie-Nicolas Bouillet, 1841
  • Dictionnaire de la Fable ou Mythologie de François Noël, 1803