Cerbère, le gardien des Enfers

Bienvenue en Enfer ! Dans la mythologie grecque, un monstre terrifiant y garde l’entrée : le chien Cerbère. Avec ses trois têtes, il veille au passage des défunts dans le royaume infernal et ne les autorise plus à repartir. Pourtant, certains héros ont réussi l’impossible…

Cerbère

Les chiens ne font pas des chats ou, plutôt, les monstres ne font pas des licornes. Ainsi, Cerbère est l’un des enfants du premier monstre, Typhon, qui effraie même les dieux et d’Échidna, la « mère des monstres » à corps de vipère. Ce chien infernal se distingue par ses trois têtes utiles pour garder des yeux partout sur l’entrée des Enfers. Noirs sont ses crocs tranchants et son corps colossal terminé par une queue de dragon. Des serpents surgissent de ses trois cous. Comme tous les chiens, il a juré fidélité à son maître. Le sien s’appelle Hadès, dieu régnant sur le royaume souterrain.

Couché dans son antre, Cerbère autorise les âmes défuntes à entrer aux Enfers et interdit l’accès aux vivants. D’ailleurs, son nom est passé dans le langage courant pour désigner un gardien implacable. De toute façon, qui voudrait se rendre en Enfer ? Et bien, plusieurs héros se sont confrontés au chien monstrueux pour y descendre. Malgré son imposante présence, Cerbère possède un point faible…

Symbole de la terreur de la mort, Cerbère représente plus précisément l’enfer intérieur propre à chaque être humain. Cela signifie que chaque mortel peut l’affaiblir en utilisant sa plus grande capacité.

Psyché et Cerbère

Lorsqu’il perd sa femme Eurydice, mordue par un serpent, le musicien et poète Orphée descend aux Enfers pour la ramener sur terre. En jouant de sa lyre, il envoûte l’animal qui baisse sa garde. La princesse Psyché, amante du dieu de l’amour Éros, a une tout autre approche. Chargée par Aphrodite, déesse de la beauté, de rapporter le charme de la Reine des Enfers Perséphone, elle amadoue Cerbère avec un gâteau au miel qui reflète sa douceur.

Le héros Héraclès (Hercule en latin) utilise ,lui, sa force légendaire pour vaincre le monstre. Lors de son douzième travail, il doit amener Cerbère sur terre, devant son cousin Eurysthée, roi de Mycènes qui lui dicte ses travaux à accomplir. Héraclès descend aux Enfers et saute sur le chien infernal. La lutte s’annonce terrible. Puis le héros prend l’avantage en serrant le cou de l’animal. Pour sauver Cerbère, son maître Hadès autorise le héros à le remonter à la surface.

La lumière du jour acerbe la rage de Cerbère. Sa bave noire toxique se répand sur le sol et donne naissance aux aconits. Ces dernières s’épanouissent en fleurs violettes, mais se révèlent très vénéneuses. Les magiciennes s’en servent alors pour concocter leurs philtres et les archers pour empoisonner leurs flèches.

Devant l’immensité de Cerbère, Eurysthée s’enfuit de panique. Héraclès a accompli sa dernière tâche. Il ramène le chien infernal dans le monde souterrain où il y séjourne depuis.


Sources :

  • Dictionnaire des Mythologies de Myriam Philibert, 1997
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Roland Harari et de Gilles Lambert, 2000
  • L’Encyclopédie du Merveilleux – Tome 2 : du bestiaire fantastique d’Édouard Brasey, 2006.
  • Dictionnaire des Symboles d’Alain Gheerbrant, 1990
  • Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772

Crédit Image :

  • Cerberus par Todd Lockwood
  • Psyché et Cerbère par Edmond Dulac

 

 

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Ammout, la dévoreuse de cœurs

Les Anciens Égyptiens ne craignaient pas la mort, car elle promettait une nouvelle vie heureuse dans l’au-delà. Mais une chose les effrayait tout de même dans cet autre monde : la créature Ammout.

Ammout

Alors que le corps meurt sur terre, l’esprit de l’homme s’envole vers le continent des morts. Pour les Égyptiens, celui-ci ressemble à la vallée du Nil. Libérés de leurs douleurs, ils y séjournent, heureux, pour l’éternité.

Mais avant d’en arriver là, le tribunal des morts se chargeait de juger la vie terrestre du mortel. Ainsi, Anubis, dieu à la tête de chacal, récupérait le cœur du trépassé pour le peser sur la grande balance du Jugement. Le contrepoids s’effectuait à l’aide de la plume de la vérité. Si le cœur se trouvait plus léger que la plume alors le défunt pouvait séjourner dans l’au-delà. Mais s’il se révélait plus lourd, le monstre femelle Ammout, veillant sous la balance, se chargeait de le dévorer. Comme l’âme était contenue dans le cœur, l’esprit du défunt disparaissait pour toujours.

Ammout est un monstre femelle hybride. Elle possède la tête d’un crocodile, la crinière d’un lion, le corps d’un léopard et l’arrière-train d’un hippopotame. En fait, elle personnifie tous les animaux dangereux et réputés mangeurs d’hommes que les anciens Égyptiens connaissaient.

En fin de compte, Ammout a un rôle bénéfique puisqu’elle purge le monde divin des mauvaises âmes. Compagne d’Osiris, dieu des morts, elle en assure sa protection.

Symbole de la mort de l’âme, c’est-à-dire d’une mort définitive, Ammout ne fait l’objet d’aucun culte tant elle était redoutée. Mais sa présence permettait de prévenir le mal sur terre, pour ne pas finir dans sa gueule, et d’assurer une éternité peuplée d’âmes pures.


Sources :

Crédit Image :

Papyrus figurant dans le Livre des Morts, British Museum

 

Scylla, le monstre marin

Un tremblement de terre sépara la Sicile de l’Italie et créa le détroit de Messine. D’un côté, le terrible gouffre Charybde engloutit les navires (voir article précédent) et de l’autre la monstrueuse Scylla dévore les marins. Fille de Phorcys, dieu des dangers des profondeurs marines, et de Cratéis, déesse des sorciers et des enchanteurs, Scylla était à l’origine une belle haliade, nymphe marine.

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Lorsqu’il aperçoit la belle Scylla se baigner dans une fontaine, le dieu marin Glaucos en tombe éperdument amoureux. Mais la nymphe ne partage pas ses sentiments. Le dieu se tourne alors vers la redoutable magicienne Circé. Celle-ci lui concocte un philtre d’amour à verser dans la fontaine de sa bien-aimée.

Ce que Glaucos ignore c’est que Circé nourrit un amour pour lui et elle est prête à tout pour se débarrasser de sa rivale. Ainsi lorsque Glaucos verse le philtre dans la fontaine, c’est un poison qui se mélange aux eaux. Scylla y pose à peine un pied qu’elle se métamorphose en un monstre à six têtes. Des gueules d’horribles chiens lui poussent sur son bassin.

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Glaucos et Scylla

Ce monstre terrorise bientôt les habitants. Elle-même effrayée par son apparence, Scylla se jette dans la mer et se cache désormais dans un rocher, dans le détroit de Messine, en face du gouffre Charybde.

Ulysse, lors de son Odyssée, navigue par le détroit de Messine. Sous les conseils de son amante, la magicienne Circé, il choisit d’affronter Scylla plutôt que Charybde. Mais en croyant éviter le plus gros danger, le héros se confronte à la fureur de Scylla, prête à tout pour se venger de Circé. Tombé de Charybde en Scylla, c’est-à-dire dans un danger plus grand que celui qu’il a évité, Ulysse voit Scylla dévorer six de ses compagnons. Il parvient à s’en sortir et traverse le détroit de Messine avec le reste de son équipage.

Certains pensaient que Scylla était un navire Tyrrhénien qui pillait les côtes de Sicile. Sur sa proue, une figure de femme monstrueuse entourée de chiens correspondrait à l’image de Scylla.


Sources :

  • Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772
  • Nouveau Dictionnaire Universel de Maurice Lachatre, 1865
  • Cours de Mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829
  • Dictionnaire Classique de l’Antiquité Sacrée et Profane de Marie-Nicolas Bouillet, 1841
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Roland Harari et de Gilles Lambert, 2000

Crédit Image :

  • The Iliad of Homer, part II, planche 15, de John Flaxman (1793)
  • Scylla et Glaucus de Pierre Paul Rubens, vers 1636

Charybde, le gouffre marin

L’expression « tomber de Charybde en Scylla » signifie « pour éviter un mal, tomber dans un autre bien pire ». Dans la mythologie grecque, Charybde, un gouffre, et Scylla, un monstre, se font face dans le détroit de Messine. Les marins, naviguant par ces eaux, doivent affronter ces deux dangers. Découvrons, aujourd’hui, l’histoire de Charybde.

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À l’origine, Charybde est la fille de Gaïa, la Terre, et de Poséidon, dieu de la mer, et la déesse des marées. Habitée par un appétit vorace, elle vole du bétail le long des côtes de la Sicile. Les Grecs inventent alors l’expression « avaler comme Charybde » pour désigner « un énorme appétit ».

Un jour, Charybde commet l’erreur de voler les bœufs d’Héraclès (Hercule en latin). Zeus, roi des dieux et père du héros, la foudroie aussitôt et la précipite dans la mer. La déesse s’y transforme en gigantesque gouffre tourbillonnant.

Désormais, Charybde engloutit les flots trois fois par jour et les recrache trois fois avec de terribles mugissements. La représentation des marées prend alors tout son sens, sous cette nouvelle apparence.

Lors de son Odyssée, le héros Ulysse navigue par le détroit de Messine qui, à l’époque, sépare la Sicile de l’Italie. C’est dans ce bras de mer que se trouvent Charybde et, en face d’elle, le monstre Scylla. Ulysse choisit d’éviter Charybde afin de ne pas perdre tout son équipage et affronte Scylla. Il perdra six de ses hommes face à ce monstre que vous découvrirez dans l’article de la semaine prochaine !


Sources :

  • Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772
  • Nouveau Dictionnaire Universel de Maurice Lachatre, 1865
  • Cours de Mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829
  • Dictionnaire Classique de l’Antiquité Sacrée et Profane de Marie-Nicolas Bouillet, 1841
  • Dictionnaire de la Fable ou Mythologie de François Noël, 1803