Zéphyr : vent grec de l’Ouest

Zéphyr, l’un des huit vents de la mythologie grecque, souffle sur l’Ouest. Avec son frère Borée, il déchaîne le ciel. Il s’adoucit, peu à peu, au contact de Chloris, la déesse des fleurs. Ensemble, ils diffusent un parfum d’amour sur la terre.

Zéphyr-Vent-Chloris
Le dieu Zéphyr et son épouse Chloris

Vent occidental

Zéphyr (Favonius, en latin) naît de l’union d’Astréos, titan des étoiles, et d’Éos, déesse de l’aurore. Aux côtés de ses sept frères, il s’engage dans la bataille contre le dieu Zeus qui souhaite détrôner son propre père Cronos et s’emparer du trône du mont Olympe. Les Titans et les Dieux s’affrontent ainsi dans une terrible guerre surnommée la Titanomachie.

Après un combat acharné, Zeus sort vainqueur et enferme les fils d’Astréos dans une urne qu’il précipite dans le profond océan. Clément, le nouveau roi les libère à sa guise, sous le contrôle d’Éole, devenu maître des vents, et leur attribue un territoire.

Les Anémois, comme les Grecs les appellent, soufflent désormais sur le monde. Au Nord, Borée répand le froid alors que Zéphyr propage la douceur à l’Ouest. Notos survole le Sud et Euros, l’Est. Quant aux quatre autres, ils parcourent des régions moins vastes : le Nord-Ouest pour Sciron, le Nord-Est pour Caecias, le Sud-Ouest pour Lips et le Sud-Est pour Aphéliotès.

Compagnon du vent nordique

Zéphyr-Vent-Mythologie
Zéphyr prend exemple sur son frère Borée

Chaque vent s’associe à l’un de ses frères pour former un puissant duo. Pour le meilleur et pour le pire, le sensible Zéphyr s’allie au glacial Borée. Tout les oppose. Le vent nordique provoque les aquilons, des courants d’air froids et violents. L’autre dispense les zéphyrs, des vents agréables, et annonce la fonte des neiges. Leur union déclenche des tempêtes et de terribles orages.

Le paisible esprit de l’air se montre influençable. Prenant exemple sur son frère bourru, coupable de l’enlèvement de la princesse d’Athènes, Orithyie, pour en faire sa reine, il ravit la nymphe Chloris (Flore chez les Romains). Puis, il devient complice du dieu de l’amour Éros pour enlever la princesse Psyché.

En savoir plus sur Borée, vent du Nord

Jeune amoureux

Hyacinthe-Apollon
Hyacinthe meurt dans les bras du dieu Apollon

Un événement dans la jeunesse de Zéphyr va tempérer définitivement ses manières brusques. Il s’éprend de Hyacinthe, un éphèbe, prince de la cité d’Amyclées, en Laconie. Apollon, le dieu de la lumière et des arts, noue lui aussi une passion pour l’adolescent et le séduit. Tous deux passent leur temps au stade où Apollon s’entraîne au lancement du disque. Jaloux, le Vent souffle sur l’un des palets qui frappe mortellement, par accident, le jeune homme. De sa blessure, des gouttes de sang teintent l’herbe. Apollon les laisse fleurir en jacinthes.

Après ce drame, Zéphyr se retire dans le palais de Borée. Il retrouve goût à l’amour lorsqu’Iris, personnification de l’arc-en-ciel, intervient pour le chercher lui et son frère afin de raviver le bûcher de Patrocle, ami d’Achille. C’est là qu’il tombe amoureux de la messagère et leur liaison engendre Pothos, dieu du désir. De plus en plus, Zéphyr s’adoucit. Témoin de la naissance d’Aphrodite, déesse de l’amour née de l’écume de la mer, il la transporte jusqu’à l’île de Chypre.

Époux de Chloris, déesse des fleurs

Fille du titan Océan qui règne sur les eaux et d’une mortelle, la belle Chloris veille sur les îles Fortunées qui accueillent les âmes des valeureux héros. Un jour, Zéphyr souffle dans sa direction et, subjugué, l’emporte avec lui.

Reprenant ses esprits, le ravisseur demande en mariage la nymphe. Charmée elle aussi, elle accepte. Pour l’en remercier, il lui insuffle l’immortalité, lui offre un merveilleux jardin et l’élève au rang de déesse des fleurs. Les Grecs la surnomment alors Zéphyritis, « femme de Zéphyr ».

Chloris-Zéphyr
Zéphyr et Chloris interviennent au printemps

Complémentaires, les tourtereaux propagent les plantes sur le sol aride. Un cycle floral s’établit : Zéphyr dissémine les graines, Chloris assure leur floraison et leur enfant, Carpos, les transforme en fruits.

Tout comme sa belle, le Vent d’Ouest est associé au printemps. Muni d’ailes, il souffle sur la terre pour faire renaître la végétation. D’ailleurs, son nom signifie « celui qui porte la vie » de zaein, « vivre », et pherein, « porter ». Son appellation latine Favonius vient de favere, « favoriser » ou de fovere, « nourrir », car il permet la naissance de toutes les plantes. Des fleurs couronnent sa tête et remplissent la corbeille qu’il tient dans ses mains.

 

En savoir plus sur Chloris, déesse des fleurs

Maître des doux vents

Le vent de l’Occident engendre les Zéphyrs, génies des doux courants d’air. Avant un départ en mer, les marins leur sacrifient une brebis blanche. Sous la direction de leur père, ils parent de fleurs l’enfance du monde, au printemps. Surnommées les Zéphyritides, les Auras demeurent les filles de Zéphyr et les nymphes des brises.

Père de chevaux immortels

Xanthos-Balios
Les chevaux Xanthos et Balios pleurent leur maître Patrocle

Dans les mythes grecs, les Harpies, monstres femelles à corps de rapace, sont les sœurs d’Iris et symbolisent les violentes rafales. Zéphyr s’unit à Podargé, l’une d’entre elles, alors que sous la forme d’une jument, elle paît dans une prairie. De cela, elle met au monde deux chevaux immortels, Xanthos et Balios. Le premier porte des taches blanches sur sa robe plus foncée (on qualifie les chevaux de la sorte de pie) et le deuxième possède une robe baie, c’est-à-dire brun rouge.

Les dieux offrent les deux coursiers au héros Achille. Il les amène avec lui au siège de Troie et les remet à son ami Patrocle. À la mort de ce dernier, Achille appelle Zéphyr et Borée pour raviver le feu du bûcher de son camarade.

Inconsolables, Balios et Xanthos pleurent leur maître et errent dans la région. Zeus, touché par leur chagrin, les guide jusqu’au camp des Grecs. Sous le choc de la mort de Patrocle, Achille leur reproche sa disparition. Xanthos révèle qu’Apollon demeure seul à l’origine de ce drame et, face à la colère du héros, annonce que lui aussi est destiné à périr sur les terres troyennes. Achille, ayant déjà eu connaissance de son avenir par un oracle, comprend que le cheval dit la vérité.

Zéphyr et Podargé sont aussi les parents d’autres chevaux. Les jumeaux Castor et Pollux, surnommés les Dioscures, en deviennent maîtres. Cyllaros, l’un de ces équidés, sert de monture à Castor. Les deux autres se nomment Harpagos et Phlogéos.

Récapitulatif des caractéristiques du dieu grec Zéphyr

  • Fonction : Vent de l’Ouest.
  • Parenté : Fils d’Astéros et d’Éos. Frère de Borée, Euros, Notos, Sciron, Caecias, Lips et Aphéliothès.
  • Descendance : Carpos avec Chloris ; Pothos avec Iris ; les Zéphyrs et les Auras ; les chevaux Xanthos, Balios, Cyllaros, Harpagos et Phlogéos avec Podargé.
  • Attributs : paire d’ailes, couronne de fleurs, corbeille remplie de fleurs.
  • Autres noms : Favonius, en latin.

Sources :

  • Dictionnaire de la Mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et Roland Harari, 2000.
  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863.
  • Dictionnaire universel de mythologie : ancienne et moderne de Jacques Migne, 1855.
  • Annales de l’Institut de Correspondance Archéologique, 1845.

Crédits images :

  • La Mort d’Hyacinthe par Jean Broc, 1801.
  • Balios et Xanthos de Giorgio de Chirico, 1963.

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Auxo : déesse grecque du printemps et de la croissance

Dans la mythologie grecque, la divine Auxo règne sur le printemps. Elle appartient au groupe des Heures célestes, quatre déesses qui régissent les saisons. Sa capacité à accroître les éléments naturels la distingue en tant que divinité de la croissance. Subjugués par sa beauté, les Athéniens l’honorent comme l’une des Grâces.

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Heure printanière

Dans les mythes grecs, plusieurs groupes de déesses apparaissent sous le terme des Heures. Les Heures terrestres, filles de Zeus, le roi des dieux, organisent la vie humaine. Héritières d’Hélios, le Soleil, et de Séléné, la Lune, les Heures solaires divisent la journée en douze temps. Plus anciennes, les Heures célestes descendent d’Ouranos, le Ciel, et de Gaia, la Terre.

Ces quatre divinités des cieux établissent le cycle des saisons. Auxo, la première, instaure le printemps. Ses sœurs, Thallo, Carpo et Hora, veillent respectivement sur l’été, l’automne et l’hiver. De plus, elles gardent le palais du maître de l’Olympe et la porte céleste. Cette dernière prend la forme d’un épais nuage qui entoure le mont Olympe.

En savoir plus sur Carpo, déesse de l’automne

Lorsque la nymphe Chloris épouse Zéphyr, le Vent de l’Ouest, elle devient la déesse des fleurs. Les Heures célestes se chargent de cueillir celles de son jardin magique. Associée au printemps, Chloris intervient elle aussi à la saison de la renaissance et complète le rôle d’Auxo.

En savoir plus sur Chloris, océanide et déesse des fleurs

Déesse de la croissance

Comme la nature qui s’éveille, Auxo symbolise le renouveau, mais aussi l’expansion. Grâce à elle, les champs se développent et les plantes poussent. Son influence s’étend chez les hommes où elle assure la croissance des enfants. Son nom se retrouve dans l’auxologie, l’étude de la croissance des êtres vivants.

Grâce athénienne

Charmante comme ses sœurs, Auxo trouve une place parmi les Charites (les Grâces, en latin), déesses de la beauté et des bienfaits, dans la cité d’Athènes. Au même titre, la déesse Hégémoné apparaît à ses côtés. Toutes les deux veillent sur la croissance.

Protectrices des adolescents, elles sont qualifiées de courotrophes. Les éphèbes les invoquent dans le serment de la stèle d’Acharnes, en tant que figures de la fertilité, avec Thallo, Heure de l’été.

Récapitulatif des caractéristiques de la déesse grecque Auxo

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  • Fonctions : heure du printemps, gardienne de la porte céleste du mont Olympe, déesse de la croissance, charite chez les Athéniens.
  • Parenté : Fille d’Ouranos (le ciel) et de Gaia (la terre). Sœur de Thallo (l’été), Carpo (l’automne) et Hora (l’hiver).
  • Groupe : Les Heures célestes.
  • Mot associé : l’auxologie est l’étude de la croissance des êtres vivants.

Découvrir d’autres déesses de la mythologie grecque


Sources :

  • Dictionnaire Larousse en ligne
  • Dictionnaire portatif de mythologie pour l’intelligence des poètes d’André de Claustre, 1765.
  • Conférence de M. Steven H. Lonsdale dans Annuaires de l’École pratique des hautes écoles, 1992.
  • Guerre et religion en Grèce à l’époque classique : recherches sur les rites, les dieux, l’idéologie et la victoire, 1979.

Triteia : déesse grecque de la cité de Tritée et fille de Triton

Dans la mythologie grecque, Triteia demeure la fille du dieu-poisson Triton. En tant que nymphe marine, elle protège l’isthme de Corinthe, mais révèle des talents de guerrière. Pas étonnant qu’Athéna, déesse des combats stratégiques, et Arès, sanglant guerroyeur, interviennent dans son histoire. Ses amours avec ce dernier méneront à la construction d’une cité en son honneur.

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Peinture de Diane Özdamar ©

Fille du dieu marin Triton

Triteia tient sa nature marine de son père Triton. Mi-homme, mi-poisson, il descend lui-même de Poséidon, le roi des mers, et d’Amphitrite, une néréide, c’est-à-dire une nymphe de la mer. Cet être amphibie élit domicile au fond d’un lac en Libye, une contrée africaine. C’est là qu’il rencontre la gardienne Tritonis et en tombe amoureux. De leur union naissent deux redoutables déesses guerrières : Pallas et Triteia.

La farouche Triteia appartient au groupe des Haliades, nymphes descendantes des premières divinités maritimes et qui veillent sur les plages et les côtes rocheuses. Elle préserve elle-même l’isthme de Corinthe, une bande de terre qui relie le Péloponnèse (une région grecque) à la Grèce continentale.

Son instinct de guerrière s’explique également par ses origines. Poséidon, son grand-père, exprime sa fureur par des tempêtes. Sous ses airs bienveillants, Triton aime déclencher des conflits. Quant à Tritonis, elle représente la nature sauvage.

En savoir plus sur Triton, dieu du mugissement de la mer

Prêtresse d’Athéna

La déesse de la guerre stratégique et de la sagesse, Athéna (Minerve dans les mythes romains), connaît une étrange naissance. Après avoir avalé sa femme Métis, son père Zeus, le roi des dieux, ressent de douloureux maux de tête. Sur les bords du lac Tritonis, il ordonne à son fils Héphaïstos, le forgeron, de lui fendre le crâne avec sa hache ! La divinité des batailles en sort aussitôt, armée de haut en bas.

Triton et son épouse prennent en charge l’éducation de la sublime combattante qui se lie, très vite, avec Pallas. Mais lors d’un entraînement, Athéna tue accidentellement sa sœur adoptive. Elle lui rend hommage en construisant une statue magique à son effigie, le Palladium.

Après le départ d’Athéna, Triteia se met à son service en tant que prêtresse. Dans la ville qui sera dédiée à la nymphe, un temple sera consacré à Athéna avec une représentation en marbre. Une parthénos, une vierge à l’image de la déesse, veille sur ce sanctuaire.

Protectrice de la cité de Tritée

Triteia entame une liaison sauvage avec le redoutable dieu de la guerre Arès (Mars, en latin). De leurs ébats naît Mélanippos, bâtisseur d’une cité en l’honneur de sa mère. Triteia veille ainsi sur la ville de Tritée, aussi appelée Tritia par Pausanias, située dans la région d’Achaïe, dans les contrées du Péloponnèse.

Avant l’entrée de cette commune se dresse un somptueux tombeau de marbre blanc, œuvre du peintre athénien, Nicias. Des peintures y représentent une femme assise sur une chaise d’ivoire. D’un côté, une suivante lève un parasol alors que de l’autre un jeune homme apparaît vêtu de pourpre. Près de lui, un esclave tient des chiens de chasse et des javelots. Sur ce territoire, on trouve « le temple des grands dieux » dont les statues se composent de terre.

Bientôt, les habitants honorent leur bienfaitrice comme une déesse. Au même titre qu’Arès, elle devient leur divinité favorite. Chaque année, des sacrifices célèbrent les deux amants divins.

Récapitulatif des caractéristiques de la déesse Triteia

  • Fonctions : déesse de la cité de Tritée, haliade de l’isthme de Corinthe, prêtresse d’Athéna.
  • Parenté : Fille de Triton et de Tritonis, sœur de Pallas.
  • Descendance : mère de Mélanippos, avec Arès.
  • Autres noms : Tritée, Tritia.

Sources :

  • Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772
  • Dictionnaire des Troyens de l’Iliade.
  • La fille d’Athènes de Pierre Brulé, 1987.

Crédit image :

  • Peinture de Diane Özdamar

https://dianeozdamar.myportfolio.com/

Les déesses de la mythologie grecque

Dans cet article, régulièrement mis à jour, retrouvez toutes les déesses de la mythologie grecque déjà apparues dans le Royaume Bleu. Des liens vous orientent vers les articles consacrés à chacune.

Auxo-déesse-grecque-printemps-croissance

 

Auxo

Déesse du printemps et de la croissance.

En savoir plus sur la déesse Auxo

 

 

Brizo-déesse-mythologie-grecque-déesses

 

Brizo

Déesse de la méridienne, des rêves prophétiques et des pêcheurs.

En savoir plus sur la déesse Brizo

 

Carpo-déesse-mythologie-grecque-déesses

 

Carpo

Déesse de l’automne et de la fructification.

En savoir plus sur la déesse Carpo

 

 

Chloris-déesse-mythologie-grecque-déesses

 

Chloris

Déesse des fleurs.

En savoir plus sur la déesse Chloris

 

 

Hécate-déesse-mythologie-grecque-déesses

Hécate

Déesse de la magie, des spectres, des démons infernaux, de la nouvelle lune, des carrefours, des expiations, de la santé et de la navigation.

En savoir plus sur la déesse Hécate

 

Némésis-déesse-mythologie-grecque-déesses

Némésis

Déesse de la justice distributive et de la vengeance divine.

En savoir plus sur la déesse Némésis

 

 

Triteia-déesse-mythologie

 

Triteia

Déesse de la cité de Tritée et protectrice de l’isthme de Corinthe

En savoir plus sur la déesse Triteia

 

 

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Hécate : déesse grecque de la magie et des spectres

Déesse de la magie et des spectres, Hécate manifeste de grands pouvoirs. Issue de la race des Titans, elle s’élève rapidement au rang de divinité. Son enseignement permet l’émergence de magiciennes comme Circé et Médée. Quant à son influence, il s’étend dans le monde infernal et celui immatériel des fantômes. En tant que membre d’une trinité lunaire, elle représente la nouvelle lune. On la retrouve également dans les carrefours, entourée de chiens monstrueux. De plus, elle veille sur la santé et les navigateurs. Rien que ça !

Hécate-déesse-mythologie-grecque

Titanide respectée

Hécate appartient à la race des Titans, des êtres primitifs liés à une puissance élémentaire du cosmos. Elle est la fille de Persès, titan de la destruction, et d’Astéria, titanide de la nuit étoilée et des oracles nocturnes. Lors de la Gigantomachie, guerre entre les Dieux et les Géants, elle est la seule de son espèce à se rallier aux divinités. Durant cette bataille, elle écrase le gigantesque Clytius sous une masse de fer ardent.

Le culte de cette terrible divinité prend racine dans l’Égypte ancienne. C’est le musicien Orphée qui le propage dans la Grèce. Respectée par le roi des dieux, Hécate s’établit dans la contrée froide de la Thrace, au nord de la Grèce, et converse sa virginité.

Magicienne

Hécate enseigne les arts magiques à tous ceux qui veulent apprendre. Lorsqu’un mortel évoque un démon ou un monstre sur terre, c’est elle qui libère la créature infernale. La magie consiste à invoquer des puissances occultes pour modifier la nature ou le destin de l’humanité. Pour améliorer la condition humaine, la magie blanche (ou haute magie) convoque des forces célestes et bienfaisantes. Dans le but de nuire à autrui, la magie noire (ou basse magie) recourt, elle, à des esprits démoniaques et terrestres.

Dans les légendes grecques, les magiciennes font appel aux pouvoirs d’Hécate. Circé, l’une d’entre elles, utilise ses dons pour transformer la belle Scylla en monstre. En effet, elle nourrit un amour secret pour le dieu marin Glaucos, mais il lui préfère la nymphe. Notons que la mère de Scylla, Cratéis, présente une fonction très proche d’Hécate, car elle est la déesse des sorciers et des enchanteurs.

En savoir plus sur la mésaventure de la nymphe Scylla

Plus tard, Circé transforme les compagnons d’Ulysse en pourceaux. Grâce à une herbe magique, le moly, apporté par Hermès le messager des dieux, le héros boit à son tour le philtre de l’obscure prêtresse et lui montre l’inefficacité de ses charmes sur lui. Face à cet exploit, la magicienne est séduite.

Sa nièce Médée, princesse dont le père, le roi Aétès, veille sur la fameuse Toison d’or, suit aussi l’enseignement d’Hécate. Elle tombe sous le charme de Jason en quête de la fourrure du bélier ailé Chrysomallos. Grâce à la magie, elle rend invincible son héros et endort le dragon qui garde le précieux sésame. Après avoir récupéré la Toison, elle s’enfuit avec Jason.

Elle rajeunit Éson, le père de son amour, en le découpant en morceaux et en le faisant bouillir dans une marmite. Quand Jason la quitte pour Glaucé, princesse de Corinthe, Médée offre à sa rivale une couronne et une tunique qui l’enflamment. Mais le feu se propage dans tout le palais et ses propres enfants périssent. Face à ce drame, la sorcière s’envole sur un char attelé par deux dragons.

En savoir plus sur les magiciennes Circé et Médée

Hécate fait du chat son compagnon lorsque les Moires (les Parques en latin) et Ilithye, la déesse des naissances, métamorphosent Galinthias en cet animal. Cette dernière les a dupées pour permettre à son amie Alcmène de mettre au monde le demi-dieu Hercule. Par Pitié, la déesse-sorcière en fait son émissaire. Pour l’en remercier, Hercule rendra hommage à la déité en lui érigeant un temple.

Déesse infernale

En épousant Hadès, dieu des Enfers, Hécate accède au rang de reine du monde souterrain. Elle laissera sa place à Perséphone, déesse de la germination. D’ailleurs quand Hadès ravit cette dernière, Hécate se trouve, avec Hélios le Soleil, témoin de cet enlèvement. Munie d’un flambeau, elle éclaire le chemin de Déméter, mère de la disparue, et devient sa fidèle compagne.

Le flambeau enflammé demeure l’un de ses attributs et lui a valu le surnom de Lucifera. En tant que gardienne des Enfers, elle possède un fouet, un glaive et les clefs du royaume infernal. On la qualifie de lampadéphore (ou lampadophore), c’est-à-dire « qui porte un flambeau ». Son cortège infernal se compose de chiens noirs dévorants, des Lampades, nymphes chthoniennes à l’origine du mot « lampadaire » et des Érinyes (les Furies), déesses vengeresses. Son glaive, entouré de lumière, amplifie les aboiements de ses molosses. Elle apparaît coiffée de serpents. Elle frappe les criminels de son poignard et les lie avec des cordes. Elle détient une patère, petit plat rond peu profond, qui sert à présenter des libations aux dieux. En tant que divinité des enfers, on la surnomme Feralis et comme gardienne, Phylax.

Fantômes-Hécate
Hécate contrôle les fantômes

Hécate invoque des fantômes pour tourmenter les vivants. Parmi eux, l’empuse (du grec empusa, « espèce de monstre femelle ») ne possède qu’un pied d’airain et prend toutes sortes de formes hideuses. On la conjurait par des injures. Importuné par des esprits, Ulysse construit un édifice en l’honneur de la déesse magique, en Sicile. Les Hécatées sont des apparitions de spectres d’une grandeur prodigieuse. C’est aussi le nom des statues érigées à la magicienne divine devant les maisons athéniennes et dans les carrefours. Sur les bords de l’Achéruse, en Égypte, un magnifique temple lui est dédié et elle y porte le nom de Scotia, la ténébreuse, pour marquer son pouvoir sur les ombres.

 

Le nom d’Hécate correspond au nombre cent. L’explication serait qu’on lui offre cent victimes à la fois. D’ailleurs, dans l’Antiquité, une hécatombe désigne un sacrifice de cent bœufs. On pense encore que la divinité infernale retient 100 ans les âmes dont les corps sont privés de sépulture. L’expression « descendre chez Hécate » signifie « mourir ».

Trinité lunaire

Divinité tricéphale, Hécate possède trois têtes : celle d’un chien à gauche, d’un sanglier (ou d’un lion) au milieu et d’un cheval à droite. Parfois, elles sont humaines et couronnées de roses à cinq feuilles.

Hécate-Diane-Séléné-Lune-Tripe-Déesse-Tricéphale
Hécate, Artémis et Séléné constituent la déesse lunaire à trois formes

Son triple corps (triforme) incarne les trois phases lunaires : Artémis (Diane chez les Romains) pour le croissant de lune, Séléné pour la pleine lune et elle-même pour la nouvelle lune. On l’appelle la triple Hécate ou déesse à trois formes.

Les Athéniens l’honorent en tant que déesse lunaire bénéfique. En effet, elle apporte richesse, gloire, fertilité et favorise les accouchements. Ils lui dressent une statue épipyrgide, c’est-à-dire « plus grande qu’une tour ».

 

Déesse des carrefours

Hécate est vénérée aux carrefours et à l’intersection de trois rues où on la nomme Trivia ou Trioditis. Elle s’appelle Enhodia lorsqu’on place son buste sur des pierres carrées, avec l’indication des routes. Déesse des expiations, on lui élève des statues aux croisements et on lui immole de petits chiens noirs dont les cris repoussent les effrayants spectres.

Des offrandes lui parviennent dans un antre de la cité de Zérinthe, en Thrace. Les Hécatésies sont des fêtes en son honneur. Elles se célébraient tous les mois à Athènes où les habitants la voyaient comme la protectrice des enfants et de la famille. D’ailleurs, ils la surnomment Zea, celle qui préside la vie. À chaque nouvelle lune, les riches offrent un festin public dans les carrefours : le repas d’Hécate. C’est pendant ces fêtes que l’on peut espérer apercevoir un leucophyle, une plante qui empêche les femmes de tomber dans l’adultère. Les maris jaloux la jettent autour de leur lit.

Sur l’île de Samothrace, les habitants l’ont baptisée Canicida, car ils lui dédient un grand nombre de chiens. Ses adorateurs lui sacrifient toujours des animaux de couleur sombre comme les agneaux noirs.

Protectrice de la santé

Avec le serpent comme attribut, Hécate apporte la santé. Ses trois faces s’expliquent aussi par son pouvoir sur la naissance, la vitalité et la mort. Chacun de ces principes lui vaut un nom : Lucine veille sur les bébés, Diane sur la bonne santé et Hécate sur la mort.

Le chêne lui est consacré et sa couronne se compose des branches de cet arbre, entrelacées de serpents.  Le peuple noir constitue un autre de ses symboles.

Divinité maritime

En tant que déesse marine, Hécate assure de bonnes traversées et guide les navigateurs. À Athènes, le trigla est un lieu d’offrandes à la déesse. On y mettait un mulet, poisson de mer aussi appelé le muge. Les Grecs nomment aussi cet invertébré le trigle pour rappeler l’autel. Hécate prend alors le nom de Triglantine ou Triglina.

Récapitulatif des principales caractéristiques de la déesse Hécate

  • triple-Hécate-attributs
    Flambeau, cordes et poignard figurent parmi les attributs d’Hécate

    Fonctions : la magie, les spectres, les démons infernaux, la nouvelle lune, les carrefours, les expiations, la santé, la navigation.

  • Étymologie : cent.
  • Parenté : fille des titans Persès et Astéria.
  • Descendance : aucune, déesse vierge.
  • Attributs : torche enflammée, fouet, glaive lumineux, poignard, cordes, clefs des enfers, les nombres 3 et 100, patère, chêne, peuplier noir, chien noir, chat, serpent mulet (trigle).
  • Autres noms : Canicida, Diane, Enhodia, Feralis, Lucifera, Lucine, Phylax, Scotia, Triglantine, Triglina, Trivia, Zea et bien d’autres !
  • Fêtes : les Hécatésies.
  • Expression : descendre chez Hécate = mourir.

Sources :

  • Dictionnaire de l’Académie française.
  • Dictionnaire et Encyclopédie Larousse.
  • Dictionnaire des mythologies de Myriam Philibert, 1998.
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert, 2000.
  • Dictionnaire du diable, des démons et des sorciers de Pierre Ripert, 2012.
  • Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772.
  • Nouveau dictionnaire universel de Maurice Lachatre, 1865.
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829.
  • Dictionnaire classique de l’Antiquité sacrée et profane de Marie Bouillet, 1841.
  • Dictionnaire de la fable ou Mythologie grecque, latine, égyptienne de François Noël, 1803.
  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863.

 

Brizo : déesse grecque de la méridienne, des rêves prophétiques et des pêcheurs

La déesse grecque Brizo veille sur le sommeil et y dispense des rêves prophétiques. Avec elle, se développe la brizomancie, l’art d’interpréter les songes. Sur l’île de Délos, elle se spécialise dans les prédictions destinées à une bonne navigation.

Brizo-déesse-grecque-sommeil-Délos

Divinité songeuse

Brizo tire son nom du grec brizein qui signifie « dormir ». Dans la mythologie grecque, le dieu Hypnos (Sommus, en latin) personnifie le sommeil. Il habite un royaume caché avec sa femme Pasithée, allégorie du repos, et ses mille enfants, les Songes ou Oneirois menés par Morphée.

Protectrice de Délos, Brizo règne plutôt sur la méridienne, sieste du milieu de la journée. Grâce à elle, les nourrissons s’endorment après avoir bu le lait maternel. Dans tous les cas, elle se montre discrète et sa généalogie reste peu connue. Elle est probablement fille des Titans Coéos, l’axe du ciel où tourne les constellations, et Phoebé, la lumière prophétique, et donc sœur d’Astéria et de Léto.

Personnification de la nuit étoilée, Astéria apporte les oracles nocturnes qui s’étudient au travers de l’astrologie et de la nécromancie. Cette dernière pratique consiste à prédire l’avenir par l’invocation des morts. Lorsque Zeus jette son dévolu sur elle, elle se métamorphose en caille. Le roi divin la transforme en rocher alors qu’elle survole la mer Égée. Plus tard, elle émergera des flots pour devenir l’île de Délos où sa sœur Léto accouchera d’Apollon et d’Artémis.

Brizomancie et Oniromancie

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Prédire l’avenir grâce à la nécromancie, la brizomancie ou l’oniromancie

La mystérieuse Brizo possède, elle aussi, le don de prophétie. Elle le partage dans l’esprit des êtres endormis. Selon les Anciens, les dieux interviennent dans le repos des humains pour y transmettre des messages. L’interprétation des rêves devient un art divinatoire : la brizomancie (ou brizomance, plus rarement), remplacé par le terme d’oniromancie, du grec oneiros, « songes ». Le brizomancien ou la brizomancienne en est l’interprête. Par ailleurs, la déesse se fera connaître sous le nom de Brizomantis.

Les mortels cherchent ainsi à décrypter les signes oniriques pour prédire l’avenir. Tout un vocabulaire se développe. Un oniromancien ou une oniromancienne pratique cette divination. L’onirologie étudie les rêveries et celui qui l’exerce se nomme un onirologue. L’onirodynie s’emploie en médecine pour un cauchemar douloureux. La clé des songes est un ouvrage qui révèle le sens caché des rêves. Le plus connu demeure l’Onirocriticon d’Artémidore d’Éphèse, écrivain grec.

Protectrice des pêcheurs

Adorée à Délos, qui appartient au groupe des Cyclades, Brizo y protège les pêcheurs. Pour favoriser les voyages maritimes, les Déliennes, habitantes de ce bout de terre, l’honorent avec des offrandes déposées dans des vases en forme de nacelles remplies de nourriture. Seul le poisson n’y figure pas, car c’est l’un de ses attributs. Les Déliens lui consacrent un oracle afin d’obtenir des informations sur la navigation et la pêche.

 

Récapitulons les principales caractéristiques de la déesse Brizo

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Île de Délos
  • Fonction : déesse de la méridienne, des rêves prophétiques et des pêcheurs.
  • Étymologie : brizen, « dormir ».
  • Parenté : fille de Coéos et de Phoebé. Sœur d’Astéria et de Léto.
  • Attributs : poissons, vases en forme de nacelles.
  • Capacités : don de prophétie.
  • Autres noms : Brizomantis.
  • Culte : Oracle sur l’île de Délos.
  • Aujourd’hui : la brizomancie, devenue l’oniromancie, est l’art d’interpréter les rêves.

Sources :

  • Mythologie pittoresque de Joseph Odelant-Desnos, 1838.
  • L’Antiquité expliquée et représentée en figures de Bernard de Montfaucon, 1719.
  • Arabesques mythologiques ou les Attributs de toutes les divinités de la fable de Caroline du Crest Genlis, 1810.
  • Dictionnaire de Trévoux, 1771.
  • Religions de l’antiquité considérées principalement dans leurs formes symboliques et mythologiques, 1839.
  • Dictionnaire des dictionnaires ou Vocabulaire universel et complet de la langue française de Hauman, 1839.

Borée : Vent grec du Nord

Le dieu grec Borée appartient à une fraternité qui souffle sur le monde. Son royaume s’établit dans les régions froides de la Thrace. Loin d’être isolé, le Vent du Nord y vit avec une princesse. On raconte même qu’au-delà de son territoire se cache un magnifique pays. Quant à la descendance de ce personnage glacial, elle agit elle aussi sur les conditions atmosphériques.

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Borée enlève la princesse Orithyie par Rubens

Famille des vents

Fraternité venteuse

Les Vents, aussi appelés les Anémois, sont issus de l’union d’Astréos, Titan des étoiles, et d’Éos, déesse de l’aurore. Dans la guerre qui oppose les dieux aux Titans (la Titanomachie), Borée et ses frères soufflent sur les divinités menées par Zeus (Jupiter, en latin) qui gagneront cette bataille. Les voilà qui finissent enfermés dans une urne et précipités dans l’Océan alors que leur père se transforme en astre et se trouve attaché aux Cieux.

Mais Zeus, comprenant l’utilité des Vents sur le monde, leur offre un territoire et les place sous son commandement. Borée obtient le Nord. Le Sud revient à Notos, l’Ouest à Zéphyr et l’Est à Euros. Les quatre derniers frères se partagent des espaces moins vastes. Sciron souffle sur le Nord-Ouest, Caecias sur le Nord-Est, Lips sur le Sud-Ouest et Aphéliotès sur le Sud-Est.

La tour des Vents, située à Athènes, représente cette fraternité. Sur chacune de ses faces, un des membres de la famille se tourne vers la contrée céleste où il souffle. Un triton mobile placé au-dessus de l’édifice sert de girouette.

Chez les Romains, Borée devient Aquilon. En littérature, les aquilons désignent les courants d’air violents et froids du Nord. Le mot provient du latin aquilo, « aigle », car ils sont aussi rapides que le roi des oiseaux.

Frères opposés

Zéphyr-Chloris-Botticelli
Zéphyr, frère de Borée, et Chloris par Botticelli

Pour de meilleurs résultats, les Vents s’associent par pairs. Alors que Notos et Euros s’allient, Borée et Zéphyr forment un duo improbable. Le premier demeure brutal et glacial ; le second exprime la douceur et se pare de fleurs. D’ailleurs, dans le langage courant, les zéphyrs sont synonymes de vents agréables.

Mais Borée finit par influencer le comportement de son frère. Après avoir enlevé la princesse d’Athènes, Orithyie, pour en faire sa reine, il pousse Zéphyr à faire de même avec la nymphe Chloris (Flore, en latin).

Découvrir l’histoire du dieu Zéphyr

Découvrir l’histoire de la déesse Chloris

Cependant, le ravisseur du Nord se montre responsable dans sa mission. Achille, lors des funérailles de son ami Patrocle, implore les génies venteux pour raviver le feu du bûcher qui s’éteint. Mais ils ne l’entendent pas. Ils sont occupés dans le palais de Borée, en Thrace, à déguster des mets délicieux. La déesse de l’arc-en-ciel, Iris, intervient et leur expose la requête du héros. Ils s’envolent aussitôt en Asie, pour remplir leur tâche.

Froideur du Nord

L’impétueux Borée réside en Thrace, l’un des pays les plus froids pour les Grecs. Ses ailes lui permettent de se déplacer avec rapidité. Il se couvre parfois d’un manteau et porte des brodequins, chaussures montantes jusqu’à la mi-jambe qui se lacent sur le dessus du pied.

Vieil homme barbu, il possède une conque pour concentrer son souffle. Il donne naissance aux frimas, des brouillards épais qui se glacent en tombant.

Nuances de Borée

Antiborée

Tout comme le dieu romain Janus aux deux visages, Borée présente deux faces. Cette distinction se note à la couleur de sa barbe, tantôt brune, tantôt blonde. Elle symbolise le double courant d’air, le borée et l’antiborée, qui souffle à partir de la Thrace. Pour qualifier un personnage muni de deux figures opposées, les Grecs parlent d’êtres janiformes ou biphormis.

En effet, la divinité aérienne se montre parfois secourable. Lorsque la flotte de Xerxès, roi de Perse, s’approche des côtes grecques, les Athéniens l’invoquent. En réponse, Borée déclenche une tempête qui décime les navires persans. Pour le remercier, le peuple d’Athènes lui érige un temple. Les Boréasmes se célèbrent en son honneur.

Découvrir l’histoire du dieu Janus

Hyperborée

Au-delà du palais du Vent boréal existe un pays surnommé l’Hyperborée. Ses habitants, les Hyperboréens, possèdent une durée de vie de mille ans. La maladie leur demeure étrangère. Quant à l’année, elle ne se répartit pas au rythme des saisons. Le jour s’installe pendant six mois, puis la nuit prend la relève pour les six autres.

Si Borée n’y séjourne pas, certains de ses descendants en ont fait leur patrie. Les Hyperboréades, trois de ses fils géants conçus avec sa fille Chioné, y endossent le rôle de prêtres. Servantes d’Artémis, Hécarge, Loxo et Oupis, nymphes vierges, sont, elles, ses filles. Elles symbolisent la technique du tir à l’arc.

Vent d’amour

Des juments et une princesse

Chevaux-Borée
Les chevaux de Borée sont vifs comme le vent

Le roi d’Athènes, Érichthonios, possède de magnifiques cavales. Quand Borée les aperçoit, il se métamorphose en cheval et engendre douze poulains immortels. Légers comme une plume, ces derniers galopent dans les champs de blé sans laisser de traces. Mieux encore, ils courent sur la surface des eaux. On les surnomme « chevaux de Troie« , car ils devinrent la monture des seigneurs de cette fameuse cité.

Après avoir retrouvé sa forme divine, Borée remarque Orithyie, la princesse athénienne, près d’un ruisseau. Il demande poliment à son père sa main, mais celui-ci la lui refuse. Dans une bourrasque, le dieu mécontent enlève la belle et l’emmène jusqu’en Thrace.

Contre toute attente, la jeune femme se plaît en compagnie de son ravisseur. Elle devient l’oréade des vents froids montagneux. Avec son époux, elle donne naissance à des jumeaux, les Boréades, un autre fils, Haemus et deux filles, Cléopâtre et Chioné.

Pour s’être donné le nom de Zeus et celui d’Héra (Junon, en latin) à sa compagne Rhodope, Haemus se voit transformé en montagne. Chioné règne sur les neiges alors que Cléopâtre épouse le devin Phinée.

Les Boréades

Les jumeaux ailés de Borée, aux cheveux azurés, se nomment Calaïs et Zétès. Comme leur père, leurs pouvoirs se lient à l’atmosphère, mais se combinent avec leur tempérament. Calaïs apporte la douceur par son souffle alors que son frère répand la violence.

Boréades-Phinée-Harpies
Les Boréades délivrent Phinée des Harpies

Tous deux rejoignent l’équipage des Argonautes, un groupe de héros grecs en quête de la Toison d’or. Lors du voyage, leur navire débarque sur les terres de la cité de Salmydesse. Ils y apprennent que le roi Phinée retient prisonnière leur sœur Cléopâtre. Prêts à en découdre, ils trouvent le pauvre seigneur frappé de cécité et harcelé par les Harpies, monstres mi-rapaces, mi-femmes. Malgré leur rancœur, les deux frères se débarrassent des créatures volantes et libèrent leur sœur.

Les jumeaux reprennent leur périple marin, mais se heurtent à Héraclès (Hercule, en latin) sur l’île de Tinos. En effet, ils suggèrent d’abandonner Hylas, un ami du héros. Furieux, le demi-dieu les tape si fort qu’il les change en vents. Les Grecs les qualifient de « prodromes« , c’est-à-dire de courants d’air nord-nord-est, annonciateurs de la canicule. Ils soufflent neuf jours avant le vent chaud estival.

Liaisons dangereuses

Épris de la beauté de la nymphe Pithys, Borée réitère le coup de l’enlèvement. Il charge Zéphyr de veiller sur elle. Ce dernier ne tarde pas à apprendre qu’elle voue tout son amour au dieu Pan et le souffle à son frère. Furieux, le Vent septentrional la projette du haut d’une montagne où elle attendait son bien-aimé. Elle finit transformée en pin.

Une fois n’est pas coutume, la fille d’Actarus, dieu-fleuve du Phase, déploie ses charmes métamorphiques pour séduire le dieu nordique. Tout à tour, elle adopte l’apparence de sa fille Chioné et de sa belle-sœur, la déesse Chloris. Borée l’emmène sur le mont Niphate, qui deviendra le Caucase, et s’unit à elle. Ce lieu sera surnommé « le lit de Borée« . Un enfant, tout aussi malicieux que sa mère, y voit le jour. Il est parfois mâle sous le nom d’Harpax et parfois femelle sous celui d’Hyrpacé.

Avec l’érinye (furie chez les Romains) Tilphousia, il engendre quatre chevaux (Aéthon, Phlogios, Conabos et Phobos) qui tirent le char d’Arès, dieu de la guerre.

Récapitulons les principales caractéristiques du dieu grec Borée

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Reproduction de Borée sur la Tour des Vents
  • Fonction : Vent du Nord
  • Parenté : fils d’Astréos et d’Éos. Frère de Zéphyr, Euros, Notos, Sciron, Caecias, Lips, Aphéliothès
  • Descendance :
  • les Boréades (Calaïs et Zétès), Haemus, Cléopâtre, Chioné, avec Orithyie.
  • Les Hyperboréades et les nymphes Hécarge, Loxo et Oupis.
  • Harpax/Hyrpacé, avec la fille du dieu-fleuve Actarus.
  • Douze poulains immortels avec les juments d’Érichthonios.
  • Quatre chevaux (Aéthon, Phlogios, Conabos et Phobos), avec Tilphousia.
  • Attributs : paire d’ailes, barbe, conque des vents, manteau, brodequins.
  • Autres noms : Aquilon, en latin.
  • Fêtes : les Boréasmes.
  • Culte : Temple construit par les Athéniens, Tour des Vents.
  • Aujourd’hui : l’adjectif boréal fait référence au Nord. Les aquilons sont des vents froids et violents.

Sources :

  • Dictionnaire de la Mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et Roland Harari, 2000.
  • Dictionnaire des Mythologies de Myriam Philibert, 1997.
  • Dictionnaire de l’Académie française.
  • Nouveau dictionnaire universel de Maurice La Châtre, 1865.
  • Dictionnaire abrégé de la Fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837.
  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863.

Images :

  • Borée enlève Orithyie de Rubens, 1577.
  • La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli, 1484.
  • Borée, cheval des vents, image provenant du jeu Equideow.
  • Phinée et les Boréades de Sebastianno Ricci, 1695.