Hadès : dieu grec des Enfers

Après sa victoire sur les Titans, Zeus, devenu le maître incontesté du monde, partage son empire avec ses deux frères. Alors que Poséidon hérite du territoire des mers, Hadès reçoit le royaume des Enfers. Au sommet du mont Olympe, la caste des Olympiens, douze divinités qui font la pluie et le beau temps, s’organise. Redouté comme le treizième dieu, Hadès s’entoure de créatures abominables et terrifiantes, comme le chien Cerbère. Mais loin d’être mort, son cœur bat pour sa nièce Perséphone, la pure déesse de la germination des plantes…

Hadès, seigneur de l'enfer et maître de

Sous terre

Tout comme Zeus qui possède un palais doré dans les cieux et Poséidon qui en habite un au fond des eaux, Hadès (Pluton chez les Romains) séjourne dans un château situé au centre de la terre, là où la lumière ne pénètre jamais. Les ombres planent autour de cet endroit maudit dépourvu de vies. Seuls les cyprès, symboles du deuil, poussent ici. Pour se déplacer dans son royaume, le dieu discret use de son casque d’invisibilité forgé par les Cyclopes. Il possède également une fourche pour exprimer son pouvoir.

Le royaume infernal d'Hadès
Bienvenue en Enfer ! [Tableau de François de Nomé, 1622]

Pour première épouse, le seigneur du monde d’en bas choisit Hécate, la déesse de la magie et des fantômes. Celle-ci remplit le rôle de gardienne en ces lieux désolés et en conserve les clefs. Avec elle, les souterrains se remplissent de mystères. Les phénomènes les plus incroyables s’y déroulent.

Moins volage que ses frères, Hadès entame tout de même une liaison avec Menthé. Cette nymphe dégage un parfum naturel des plus envoûtants et fait tourner la tête du dieu. Par l’intermédiaire de son frère Amanthé, le maître des morts la séduit. On lui connaît également une aventure avec l’océanide Leucé qu’il capture. À la mort de cette dernière, il la transforme en peuplier blanc sur le bord de l’Achéron, le fleuve de la douleur.

Les années passent et Hadès coule des jours paisibles, pour ne pas dire mortels, dans sa demeure noire. Jusqu’au moment où il aperçoit sa nièce Perséphone, divinité de la germination, cueillir des narcisses à la surface… Tourmenté par de violentes émotions, il prend une décision radicale : il va remonter à la lumière du jour pour l’enlever et la ramener chez lui…

Hadès et Perséphone, l’union de la mort et de la vie

Entourée de ses compagnes, les nymphes, Perséphone profite de cette belle journée ensoleillée et ne se doute pas un instant de ce qui l’attend. La terre s’ébranle et s’entrouvre. Du gouffre jaillit un char enflammé tiré par quatre chevaux d’ébène. D’une rapidité incroyable, Hadès saisit la jeune vierge et l’emporte dans les profondeurs de son séjour éternel.

La capture de Perséphone par son oncle Hadès
L’enlèvement de Perséphone (Proserpine) par Nicolas Mignard, 1651.

Habituée aux fleurs colorées et à la nature verdoyante, la captive se paralyse dans cette zone de ténèbres. Mais contre toute attente, elle finit par apporter l’âme qui manquait à ce pays. En sa présence, l’au-delà se transforme en une région moins effrayante et plus juste. L’Enfer permet aussi l’accès aux Champs-Élysées où les vertueux gagnent un repos bien mérité.

Folle de douleur après avoir appris l’identité du ravisseur de sa fille, Déméter, qui a rendu la terre aride par son chagrin, réclame justice auprès de Zeus. Mais il est trop tard : pendant son séjour, Perséphone a mangé sept grains de grenade. Elle demeure liée à perpétuité à la dimension des trépassés. Pour résoudre le problème, Zeus décide que la jeune déesse passera six mois sous terre et les six autres à la surface avec sa mère. Ainsi quand elle retrouve son enfant, Déméter éveille la nature endormie au printemps. En sa qualité d’époux de Perséphone, Hadès endosse le rôle de dieu des richesses, celles qui sont enfouies au sein de la terre.

Des serviteurs monstrueux

Le fidèle Cerbère garde
Le fidèle Cerbère garde la porte des Enfers.

Surnommé le Jupiter infernal, en référence au nom latin de son frère Zeus, Hadès se voit attribuer les tonnerres nocturnes. Une multitude de créatures effrayantes l’assistent dans sa tâche. Le chien monstrueux à trois têtes, Cerbère, garde les portes de son royaume. Il ne laisse sortir aucune âme ni passer aucun être vivant. Quelques héros ont tout de même réussi à tromper sa vigilance.

 

Nocher attitré, Charon se charge de faire traverser l’Achéron aux âmes. Il ressemble à un vieillard hideux au corps cadavérique. Cruel, il refuse d’embarquer les morts qui ne peuvent s’acquitter de payer le voyage vers l’au-delà. Les Grecs déposaient une pièce dans la bouche de leurs défunts pour leur permettre de régler ce péage.

Une fois de l’autre côté, les Kères, monstres femelles spécialistes des morts violentes, s’amusent à effrayer les nouveaux venus. Munies d’ailes déchirées de vautours, de griffes, de dents acérées et maculées de sang, elles apportent le coup de grâce aux blessés sur les champs de bataille. Elles les déchiquettent, les dépouillent de leur enveloppe physique et les traînent dans l’abîme.

Le messager Hermès escorte
Le messager Hermès escorte les âmes des morts aux Enfers. [Tableau de Jan Skyta]

Pour rendre la justice, Hadès possède son propre tribunal dont les trois Érinyes (les Furies en latin) remplissent le rôle de ministres. Alecto, Tisiphone et Mégère appliquent une justice radicale. Sans aucune forme de procès, elles prononcent la sentence fatale. Déesses de la vengeance, elles torturent les coupables jusqu’à l’agonie.

 

Dans cette galerie de monstres, seul Hermès, le messager des immortels, fait figure d’exception. Il demeure libre de voyager chez son oncle Hadès. En un éclair, il transmet les messages entre le ciel, la terre et les enfers. Il retire aussi l’essence spirituelle de la dépouille des bienheureux mortels et les conduit aux portes du royaume des ténèbres. On le qualifie alors de psychopompe. Pour les fourbes et les malhonnêtes, c’est le terrifiant Thanatos, génie de la mort, qui viendra les escorter !

Carte d’identité d’Hadès

Hadès-Pluton-dieu-mythologie-grecque

 

  • Fonction : dieu des Enfers, des richesses terrestres et des tonnerres nocturnes
  • Nom latin : Pluton
  • Famille : fils du Titan Cronos et de la titanide Rhéa. Frère de Zeus (roi des dieux), de Poséidon (la mer), d’Hestia (le foyer), de Déméter (l’agriculture), d’Héra (le mariage).
  • Épouses : Hécate (la magie) puis Perséphone (la germination).
  • Amours : Menthé (la menthe), Leucé (le peuplier blanc)
  • Attributs : le casque d’invisibilité, la fourche, la menthe, le peuplier blanc, le cyprès

 

 

Pour aller plus loin :


Sources :

  • Dictionnaire des mythologies de Myriam Philibert, 1998.
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et de Roland Harari, 2000.
  • Mythologie grecque et romaine de A. Boime-Simon, 1833.
  • Dictionnaire abrégé de la fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837.

Poséidon : dieu grec de la mer et frère de Zeus

Armé de son célèbre trident, Poséidon est l’un des plus grands dieux du panthéon grec. Et ce n’est pas son homologue romain Neptune qui va tarir à cette réputation et qui a même donné son nom à une planète de notre système solaire ! Frère du puissant Zeus, il règne sur la mer et contrôle les eaux. Bien que marié à la nymphe Amphitrite, il séduit une foule de déesses et de mortelles. Sa descendance est vertigineuse, fabuleuse, mais également monstrueuse ! Pas étonnant pour ce dieu querelleur qui entre souvent en conflit avec les autres divinités de l’Olympe

Poséidon, le maître de la mer dans la mythologie grec
Image par intographics de Pixabay

À coup de trident

Poséidon est l’un des fils du titan Cronos, le Temps, et de Rhéa, la Fertilité. Comme pour ses sœurs, Déméter, Héra et Hestia, ainsi que son frère Hadès, son père, maître du monde, le dévore afin de converser son trône. Le dernier enfant, Zeus, échappe au massacre, grâce à sa mère qui le remplace par une pierre. Élevé par les nymphes, celui-ci met au point un stratagème avec Métis, océanide des eaux magiques, pour libérer sa famille. La nymphe concocte un breuvage que Cronos avale. Pris de nausées, le roi recrache l’ensemble de sa progéniture qui a bien grandi. La guerre entre les Dieux et les Titans, la Titanomachie, est déclarée.

Zeus, Poséidon et Hadès
Le monde se partage entre le ciel pour Zeus, la mer pour Poséidon et l’enfer pour Hadès.

Pour l’aider dans son combat, Poséidon reçoit des Cyclopes le trident, une arme capable de soulever la mer et d’ébranler la terre. Après la victoire des divinités, Zeus devient le nouveau souverain du ciel. Il partage le monde avec ses nombreux alliés, en premier lieu ses frères et ses sœurs. Poséidon hérite ainsi du domaine des eaux. Après Zeus, les Grecs le considèrent comme le plus puissant des dieux.

Poséidon et sa reine Amphitrite

Poséidon s’installe au fond de la mer, dans un somptueux palais. Le silence qui y règne commence à le peser. Il se met en quête d’une épouse. Lorsqu’il aperçoit Amphitrite, l’aînée des Néréides, les nymphes des vagues, sur l’île de Naxos, il tombe sur son charme. Le problème, c’est que la belle a prêté vœu de chasteté…

Pour lui échapper, la nymphe se cache auprès du titan Atlas qui soutient la voûte céleste. Son prétendant charge les créatures marines de la retrouver, en échange de ses faveurs. L’intelligent Delphinos, un dauphin, repère sa cachette. Il dresse un portrait si fabuleux du dieu marin que la néréide se laisse convaincre. En récompense, le cétacé devient l’un des attributs de Poséidon et sera placé dans les astres, aux côtés des étoiles, sous la forme de la constellation du Dauphin.

Poséidon et sa reine Amphitrite sur leur char
Poséidon et sa reine Amphitrite sur le char royal.

Le mariage se déroule à merveille. Reine des eaux, Amphitrite veille sur les animaux aquatiques. Elle met au monde plusieurs enfants : Triton, le mugissement de la mer, Rhodé, l’île de Rhodes, Benthésicymé, les vagues profondes, Cymopoléia, les vagues violentes, Albion et Bergion, deux géants. Poséidon se construit un char en forme de coquillage tiré par des chevaux marins, nommés les Hippocampes, car les Anciens pensaient qu’ils étaient la forme adulte du petit hippocampe tel que nous le connaissons. Le dieu de la mer vogue ainsi avec son épouse sur les vagues. Muni de sa conque en guise de trompette, leur fils Triton précédait le char et annonçait leur arrivée.

 

Une descendance monstrueuse

Des monstres de tout horizon

Tout comme son frère Zeus, Poséidon connaît de nombreuses aventures amoureuses et une sacrée descendance ! Avec sa grand-mère Gaïa, la Terre, il engendre Antée et Charybde. Le premier, un géant, bâtit un temple en son honneur avec les crânes de ses victimes. Héraclès (Hercule, en latin) parvient à l’étouffer en le soulevant, car la bête tirait sa force du sol. Quant à la deuxième, déesse des marées, un appétit vorace la consume et elle dérobe les bœufs du héros. Zeus la foudroie pour ce sacrilège et la précipite dans les flots. Elle devient un gouffre gigantesque qui engloutit les navires, en face de la non moins redoutable Scylla, monstre à six têtes.

Hercule défait Busiris
Busiris n’a pas choisi la bonne victime en s’en prenant à son cousin Hercule ! [Tableau de Jean-Baptiste Corneille]

Busiris, un tyran égyptien, est aussi l’un de ses fils. Réputé cruel, il immole à Zeus les étrangers à son pays. Malheureusement pour lui, il sonne sa fin quand il réserve ce sort odieux à Héraclès. Le demi-dieu qui vient de débarquer dans la vallée du Nil se voit ligoté à l’aide de bandelettes, prêt à être sacrifié sur l’autel. Par sa seule force, il se défait de ses liens et tue Busiris, son fils et l’ensemble des prêtres.

Poséidon est aussi le père, avec la nymphe marine Thoosa, du cyclope anthropophage Polyphème qui vit sur une île et élève des troupeaux de brebis. Ulysse aura fort à faire avec lui et, avec l’aide de ses compagnons, lui crèvera son unique œil.

 

Des créatures fabuleuses

C’est aussi Poséidon qui engendre Chrysomallos, le bélier à la toison d’or, après avoir changé la princesse Théophane de la tribu des Bisaltes en brebis, pour la dissimuler de ses nombreux prétendants, et s’être uni à elle. Les Argonautes, équipe de héros emmenée par Jason, partiront à la conquête de cette fameuse laine.

Sous la forme d'un cheval, Poséidon pourchasse Déméter
Déméter aurait peut-être dû se métamorphoser en un autre animal que celui que Poséidon préfère… [Tableau de Bessie Papazafiriou, 2004].

Sa sœur Déméter lui échappe sous les traits d’une jument. Le dieu des chevaux se métamorphose alors en étalon. De leur union naissent le cheval sauvage Aréion et une mystérieuse déesse du nom de Despoiné. Avec la naïade Salamis, il conçoit Cychrée dont la férocité lui donne le surnom de « serpent ». Celui-ci devient un roi fabuleux et le prêtre de Déméter.

Poséidon séduit Méduse, belle déesse à l’origine, dans un temple de sa nièce Athéna, déesse de la sagesse. Transformée en gorgone à la chevelure de serpents et au regard pétrifiant pour ce sacrilège, elle ne peut mettre au monde les enfants qu’elle attend du dieu. Lorsque le héros Persée la décapite, il les libère. Pégase, le cheval ailé, voit ainsi le jour, accompagné de son frère Chrysaor, un guerrier à l’épée dorée.

Querelles divines

Athéna et Poséidon en conflit pour la cite d'Athènes
L’olivier ou le cheval ? Athéna ou Poséidon ? [Tableau de Noël Hallé]

Notre séducteur entre souvent en conflit avec les autres Olympiens. Et encore une fois, il se confronte à Athéna pour la possession d’une cité de l’Attique. D’un coup de trident, il propose le premier cheval, Scyphios, à ses habitants pour les aider dans leur quotidien. Mais ceux-ci voient en lui le symbole de la guerre. Ils préfèrent l’olivier, gage de la paix, que leur offre la déesse de la sagesse. La ville prend alors le nom d’Athènes et non celui de Poséidonia.

Poséidon retrouve sa nièce rivale pour la possession de la cité de Trézène, dans l’archipel du Péloponnèse. Cette fois, Zeus intervient et déclare son frère roi de la ville. Il permet à sa fille Athéna de devenir la protectrice de ses murs. C’est l’hécatonchire Briarée, un géant à cent bras, qui départage le dieu de la mer avec Hélios, le Soleil, pour l’obtention de la cité de Corinthe. Le maître des eaux gagne l’isthme, c’est-à-dire la bande de terre qui relie la péninsule du Péloponnèse à la Grèce continentale et qui sépare mer Ionienne de la mer Égée. Hélios, lui, hérite de la majeure partie du territoire.

Apollon et Poséidon au service de Laomédon
L’avare Laomédon refuse de payer les deux immortels qui l’ont aidé.

Le dieu marin complote même contre Zeus, avec l’aide d’Héra et même d’Athéna ! Grâce à leurs forces unies, ils l’enchaînent à son trône. Tout le monde se demande bientôt qui va lui succéder. La néréide Thétis envoie Briarée à sa rescousse. Délivré, Zeus punit les traîtres. Son frère est chassé des cieux pendant une année. Il servira Laomédon, le roi de Troie, qui le charge de construire les murailles qui protégeront la ville. Il effectue cette tâche avec son neveu Apollon, lui aussi exilé. À la fin, le seigneur refuse de les payer. Recouvrant son pouvoir, le dieu de la mer provoque une inondation et envoie un monstre marin ravager le pays. Car si Poséidon se montre clément avec les pieux navigateurs, il sait se montrer sans pitié avec ceux qui oublient leurs promesses…

Carte d’identité de Poséidon

Les attributs et la généalogie de Poséidon

  • Fonction : dieu de la mer
  • Nom latin : Neptune
  • Famille : Fils du titan Cronos et de la titanide Rhéa. Frère de Zeus, roi des dieux, d’Hadès, les Enfers, de Déméter, l’agriculture, d’Héra, le mariage, et d’Hestia le foyer.
  • Épouse : Amphitrite, aînée de Néréides.
  • Enfants (cette liste n’est pas exhaustive) : Triton, Rhodé, Benthésicymé, Cymopoléia, Albion, Bergion, avec Amphititre. Antée, Charybde, avec Gaïa. Aréion, Despoiné, avec Déméter. Le cyclope Polyphème, avec Thoosa. Chrysomallos, le bélier à la Toison d’or, avec Théophane. Pégase, Chrysaor, avec Méduse. Cychrée, avec Salamis. Busiris.
  • Attributs : le trident, le dauphin, le cheval.

Pour aller plus loin :


Sources :
  • Dictionnaire des mythologies de Myriam Philibert, 1998.
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et de Roland Harari, 2000.
  • Mythologie grecque et romaine de A. Boime-Simon, 1833.
  • Dictionnaire abrégé de la fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837.

Le faisan : oiseau du tonnerre et de l’harmonie cosmique dans les contes et légendes

Dans les contes chinois, le faisan brille par sa présence. Associé à l’énergie du yang, il provoque le tonnerre. La mythologie grecque possède sa propre légende sur l’oiseau coloré, originaire d’Asie et jadis importé par les Argonautes en Europe. Au Japon ou dans certaines religions, l’animal annonce de mauvais augures. Cela n’empêche pas les chevaliers du Moyen Âge d’en faire l’emblème de leur courage.

Le faisan dans la mythologie et les contes
Image par Mabel Amber de Pixabay

Merveille de Colchide

Le faisan appartient à la famille des Phasianidés et, de manière globale, à celle des Gallinacés. Ce groupe comprend la caille, le coq, le dindon, le paon, la perdrix, la pintade et la poule. Le mâle présente un plumage exotique à longue queue alors que la faisane demeure terne afin de se confondre avec l’environnement des champs. Ce système de camouflage constitue le mimétisme.

Le faisan doré
Le faisan doré, une espèce haut en couleurs ! [Image par M Ameen de Pixabay]

Selon le mythe grec, les Argonautes, une équipe de héros menée par Jason, se lance en quête de la Toison d’or. Sans elle, le chef de l’expédition ne pourra récupérer le trône qui lui revient aux mains de son oncle Pélias. Après de multiples aventures, les navigateurs, victorieux, rentrent dans leur contrée.

À bord de leur vaisseau, l’Argo, ils ramènent plusieurs spécimens de faisans. Ces derniers les ont fascinés quand ils les ont aperçus en Colchide, sur les bords d’un fleuve nommé le Phase. À l’époque antique, les Grecs définissaient ce cours d’eau comme la frontière entre l’Europe et l’Asie. L’appellation des faisans provient du latin phasianus, « du Phase ». Ils s’adaptent vite à leur nouvelle terre et se multiplient sur tout le continent européen.

Origine d’un gibier

Itys, le faisanSi au départ le faisan incarne la beauté et embellit les territoires, il va devenir un mets apprécié pour sa chair. Un terrible mythe raconte pourquoi les hommes se mettent à le consommer. Une histoire qui dissuaderait n’importe quel chasseur d’en manger !

Térée, roi de Thrace et fils d’Arès qui règne sur la guerre, épouse Progné, une princesse athénienne. Loin de chez elle, la nouvelle reine, s’attriste de l’absence de sa sœur Philomèle. Son mari se propose de la ramener dans leur royaume. Au cours du voyage, il s’éprend de sa belle-sœur qui se refuse à lui. Il l’amène de force dans un château, proche de la capitale, la violente et lui tranche la langue pour qu’elle garde le secret. Pendant des années, elle reste enfermée dans les cachots. Tout le monde la croit morte dans un accident, selon les dires de son agresseur.

Philomèle profite de sa captivité pour perfectionner son art de peindre. Un jour, elle représente l’histoire de son malheur sur une toile qu’elle parvient à envoyer à Progné. Lors d’une cérémonie en l’honneur du dieu du vin Dionysos, cette dernière, qui a découvert la vérité, se glisse parmi les Ménades, les servantes de la divinité. Elle délivre sa sœur, au détour de la parade. Pour se venger de son époux, elle tue leur propre enfant Itys qu’elle cuisine. Le jeune homme sert de dîner. Lorsque Térée réclame son fils, elle lui avoue qu’il vient de l’ingurgiter et lance sa tête sur la table.

Progné et Philomèle, métamorphosées
L’une des Fables de La Fontaine offre une suite à l’histoire de Philomèle et Progné. [illustration de Jean-Jacques Grandville]

Hors de lui, le seigneur poursuit les deux sœurs pour les anéantir. Les dieux, témoins de ce carnage, décident d’intervenir. Ils métamorphosent Progné en hirondelle et Philomèle en rossignol, lui offrant la capacité de chanter au passage. Quant au poursuivant, il se transforme en épervier, un oiseau de proie qui chasse les oiseaux plus petits que lui. Itys recouvre la vie et se change en faisan. Depuis lors, cet animal deviendra comestible aux yeux de certains.

Le faisan et le serpent

Le cycle du faisan et du serpent
Le cycle universel du faisan et du serpent [estamped’Hokusai]

Le faisan joue un rôle important dans les mythologies de l’Asie orientale. Il symbolise l’harmonie cosmique par son chant et sa danse nuptiale. Pour cela, il concentre le principe du yang associé au mouvement, à la chaleur et au masculin, dans la philosophie taoïste. Il se manifeste ainsi au printemps. L’hiver venu, il se change en serpent qui représente le yin correspondant à la passivité, la féminité et le froid. On retrouve cette idée du serpent hivernal aux côtés de la déesse grecque de la saison glaciale Hora.

Le faisan rythme les saisons, mais aussi l’Univers. Les architectes anciens agrémentent, pour cette raison, les toits des temples shintoïstes et bouddhistes d’une reproduction de ses ailes. Par son symbolisme, le phénix, oiseau légendaire qui renaît de ses cendres, s’apparente à notre volatile. Mais le faisan ne vit pas éternellement comme lui. Pour déterminer son âge, les Wallons observent les bandes sur sa queue. Chacune d’elles équivaudrait à une année. Ses couleurs flamboyantes montrent que la nature ne connaît pas de fin à la création.

La fille de l’Empereur chinois Thân Nông, elle, aurait aimé vivre des années avec son prince. Par malheur, il se noie dans la mer orientale. Elle s’y suicide de désespoir. Dans les eaux, elle devient un Tinh-Vi, une créature semblable au faisan. Sous cette forme, elle saisit des pierres avec son bec et les lance dans la vaste étendue d’eau pour l’assécher, comme si elle essuyait ses larmes. Elle retrouvera, de cette façon, le corps de son bien-aimé.

Les battements du tonnerre

Le cri de la faisane évoque le bruit de la foudre, selon les Chinois. En raison de la lourdeur de son vol, le mâle manifeste ce grondement. D’un battement d’ailes, il crée le tonnerre dont il devient l’emblème. On l’invoquait ainsi pour mettre un terme aux orages. On le rapproche de l’oiseau-tonnerre des mythes amérindiens.

Mauvais présages

Momatoro et le faisanLe Japon a un avis plus mitigé sur le rôle du faisan. Momotaro, petit garçon courageux, célèbre héros de leur folklore, enfile une armure de samouraï pour combattre les démons qui terrorisent les villages alentour. En chemin, grâce à sa générosité, il se lie d’amitié avec un chien, un singe et un faisan, trois animaux qui l’accompagneront dans sa quête. L’oiseau devient ici un combattant des forces du bien. En revanche, dans la tradition populaire, son cri annonce un tremblement de terre.

Anamelech, divinité des habitants de Sepharvaïm, qui s’établissent dans la région biblique et montagneuse de Samarie, possède une tête de faisan ou parfois de caille. Bien que son nom signifie « roi doux et bon », le peuple lui sacrifie des enfants sur ses autels, à la manière du démon Moloch. Ses oracles présagent toujours de terribles nouvelles.

L’emblème du courage

En iconographie, la simplicité de l’esprit adopte pour emblème un faisan qui se cache la tête dans un buisson, s’imaginant n’être vu de personne lorsqu’il ne voit rien. Au contraire, la chevalerie française du Moyen Âge le prend comme symbole du courage et de la bravoure.

Tout à tour faisan et serpent, l’oiseau de Colchide revêt des rôles bien différents dans l’histoire de l’Univers.

Les faisans et les faisanes
Peinture par Archibald Thorburn.

Sources :
  • Revue des traditions populaires
  • L’Encyclopédie des symboles de Michel Cazenave, 1989.
  • Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes de Didier Colin, 2000.
  • Mythologie zoologique ou les légendes animales d’Angelo de Gubernatis, 1874.
  • Éléments de mythologie avec l’analyse des poèmes d’Homère et de Virgile de Nicolas de Bassville, 1804.
  • Dictionnaire de mythologie de tous les peuples avec les rapprochements historiques de Luigi Capello di Sanfranco, 1833.

Cléopâtra, déesse grecque de la gloire méritée et fille du vent Borée

Certaines figures de la mythologie grecque se dévoilent à peine dans les récits qui nous sont parvenus. Leurs légendes restent, sans doute, perdues à jamais. Cléopâtra, fille du vent nordique Borée et qui n’a rien à voir avec la reine d’Égypte, fait partie de cette catégorie. Essayons de retracer ses aventures et de lui redonner toute sa gloire…

Cléopâtre ou Cléobula, fille du dieu venteux Borée
Tableau de John William Waterhouse

À la gloire de Borée

Dans les mythes antiques, Borée, l’un des Vents, souffle sur le Nord. Un jour, il remarque Orithyie, une princesse athénienne, au bord d’un ruisseau. Dans une bourrasque, il l’emporte et l’emmène jusqu’à son palais, en Thrace. Elle accepte de devenir sa reine et lui donne cinq enfants : Calaïs et Zétès, génies des airs dotés d’ailes, Haemus qui se transformera en montagne, Cléopâtra et Chioné, déesse des neiges.

Le prénom de Cléopâtra signifie « la gloire du père » et donc la renommée de Borée. En effet, les borées, vents glaciaux et violents, jouaient un autre rôle. Ils annonçaient la consécration. L’historien Jules Michelet évoque des « borées qui soufflent la gloire ». La princesse, semi-divinité, se porte en digne héritière de cette tempête triomphante. Mais sa vie va connaître un tournant tragique et ce sera à ses frères de lui redonner son prestige.

Épouse du devin Phinée

Phinée, fils d’Agénor, roi des Phéniciens, et frère de Cadmos et de la belle Europe, est un prince doté du don de prophétie, accordé par Apollon. Ayant quitté son royaume en quête de sa sœur que Zeus enleva sous la forme d’un taureau, il atterrit en Thrace où il s’amourache de Cléopâtra.

Très vite, les deux tourtereaux se marient, engendrent deux fils, Plexippe et Pandion, et s’installent à Salmydesse, une cité de la région. Orgueilleux d’avoir la gloire à ses côtés, le jeune époux use de son don de voyance. Ses révélations divulguent les desseins des immortels et servent sa vengeance contre Zeus. La réaction du seigneur de l’Olympe ne tarde pas. D’un coup de tonnerre, le prétentieux perd ses visions.

Les Harpies persécutent le roi Phinée
Les Harpies persécutent le roi Phinée [par Willy Pogony]

En rage, le prince reproche son malheur à sa femme, la répudie et l’enferme. Il épouse, en seconde noce, Idéa, fille de Dardanos qui règne sur la Scythie. Celle-ci, jalouse, désire se débarrasser de ses beaux-fils et les accuse de séduction à son égard. En punition, leur père leur crève les yeux et les emprisonne avec leur mère. Devant cette nouvelle folie, Zeus frappe Phinée de cécité. Sa femme Héra, qui veille sur le mariage, s’indigne de la façon dont ce mortel bafouille les liens sacrés. Elle envoie les Harpies, monstres des tempêtes, le tourmenter et souiller sa nourriture.

L’honneur de la famille

Pendant ce temps, Calaïs et Zétès, surnommés les Boréades, se lancent en quête de la Toison d’or en compagnie d’autres héros, tels Jason et Héraclès, qui adoptent le nom d’Argonautes. Lors d’une escale, leur embarcation, l’Argo, s’arrête sur les rives de Salmydesse. Les jumeaux en profitent pour saluer leur sœur et apprennent son terrible destin.

Faisant honneur à leur père, ils refusent de se venger de Phinée. Touchés par son calvaire, ils acceptent même de le débarrasser des Harpies, en échange d’un moyen pour traverser les Symplégades. Ces deux falaises, situées au détroit du Bosphore qui relie la mer Noire à celle de Marmara, s’entrechoquent et rendent impossible toute navigation.

Les Boréades s’élancent dans les airs et repoussent les Harpies jusqu’aux îles Strophades. Alors qu’ils s’apprêtent à porter le coup de grâce, Iris, sœur des créatures et messagère d’Héra, intervient et les arrête. Depuis, les monstres s’établissent sur ces bouts de terre. Libéré, Phinée révèle aux Argonautes que s’ils lâchent une colombe entre les deux rochers, ils traverseront si l’oiseau réussit à franchir le passage. Sur ce symbole de paix, il indique à ses sauveurs où se trouve leur sœur. Quant à Idéa, elle est priée de rentrer dans sa patrie.

La lumière de Cléopâtra

Calaïs et Zétès délivrent Cléopâtra et, grâce à leurs pouvoirs, rétablissent la vue à leurs neveux. Insatisfait de ce revirement de situation pour Phinée, à qui il offrit la clairvoyance, Apollon le métamorphose en un animal à l’appétit insatiable et qui se terre hors des rayons du soleil. C’est ainsi que naît la taupe qui hérite d’une mauvaise vue et qui déteste la lumière que représente le dieu.

Depuis sa mésaventure, Cléopâtra, elle, séjourne dans la lumière. La gloire, qui est restée dans l’ombre des années, finit toujours par éclater au grand jour. Celle que certains auteurs appellent parfois Cléobula accompagne son père Borée. Elle récompense et illumine ceux qui subissent de violentes tempêtes glacées dans leur existence, mais persévèrent malgré tout. Elle se fait la représentante de ceux qui résistent comme les robustes vents nordiques. L’Olympe compte désormais une nouvelle déesse…

Cléopâtra, déesse de la gloire méritée
Image par Anant Sharma de Pixabay

Sources :
  • Mythologie pittoresque de Joseph Desnos, 1849.
  • Le Temple des Muses d’Antoine de Beaumarchais, 1742.
  • Promenades zoologiques dans la littérature ancienne de Paul Rossi, 1967.

Menthé : nymphe à l’odeur de menthe

Les origines de la menthe, plante aromatique, remontent aux mythes grecs. Avant d’enlever et de conquérir Perséphone, déesse de la germination, Hadès, le seigneur des enfers, fréquente une nymphe du nom de Menthé. Une relation qui n’est pas au goût de la nouvelle reine du monde infernal… Une légende qui ne manque pas de saveurs !

La nymphe Menthé à l'origine de la menthe

Au bord de l’eau

Ce n’est pas un hasard si la menthe pousse près des rivières. Dans la mythologie grecque, la délicieuse Menthé demeure la fille du Cocyte, fleuve infernal des lamentations, et se prélasse à ses bords. Elle appartient au groupe des naïades, c’est-à-dire aux nymphes des eaux douces issues de dieux-fleuves.

Son frère, Amenthé, lui, préfère parcourir le royaume des morts. Le frère et la sœur représentent les deux principes, masculin et féminin, du Cocyte. En effet, l’amour, source de pleurs, atteint aussi bien les hommes que les femmes. Lors d’un de ses voyages, Amenthé reçoit la visite d’Hadès (Pluton chez les Latins) qui règne sur cette dimension. Celui-ci désire conquérir le cœur de sa sœur, après avoir respiré son envoûtant parfum. Le vagabond accepte de l’aider et Menthé se laisse séduire. Leur passion s’éternise jusqu’au jour où le seigneur de l’au-delà aperçoit sa nièce Perséphone

De la jalousie dans l’air

Fille de Déméter, protectrice de l’agriculture, et de Zeus, Perséphone, qui permet la germination, cueille, en ce matin ensoleillé, des narcisses dans les campagnes siciliennes. Son oncle Hadès, subjugué, l’enlève pour l’épouser. Après une confrontation entre Déméter et Hadès sur le sort de la captive, Zeus finit par trancher. Sa fille séjournera six mois dans le monde souterrain et les six autres auprès de sa mère.

Menthé, Perséphone et Hadès
Perséphone avertit sa rivale de ne plus s’approcher de son époux.

Peu à peu, la jeune déesse s’habitue à son nouveau rôle de reine des enfers. Irritée par l’attitude de Menthé qui continue à jouer les maîtresses auprès d’Hadès, elle lui conseille de se tenir à l’écart. La naïade se moque d’elle et se vante d’avoir séduit le roi bien avant elle.

Pour punir l’outrage fait à sa fille, Déméter tend de nombreux pièges à la nymphe qui succombe. Elle la métamorphose en menthe des jardins. Par égard envers Hadès, la senteur particulière de l’infortunée se conserve dans les feuilles. Quant à Amenthé, fané par le chagrin, il se transforme, lui, en menthe sauvage (mentha silverstris) ou menthastre, de par sa nature à explorer les terres. Il répand une odeur plus forte, mais moins agréable que celle de l’espèce cultivée.

L’odeur de la mort

Le destin de Menthé symbolise le fait que la menthe s’utilise dans les rites funéraires anciens. Son odeur masque celle des morts. Les adorateurs la consacrent alors à Hadès. Les Grecs appellent ce végétal l’hedyosmos, de la racine hèdys, « agréable » et osmos, « odeur ». Les Romains parlent de mentha.

Le mot dérive aussi du latin mens, parce que la menthe réveille les esprits. Hécate, déesse de la magie et des fantômes, l’ajoute à son répertoire de plantes. Elle entre ainsi dans la composition des philtres. Les Anglais l’évoquent comme magie verte. De par sa nature de naïade, Menthé, sous sa forme végétale, purifie et rafraîchit les eaux.

La menthe poivrée
La menthe poivrée, mélange entre Hadès et Menthé.

Depuis son changement d’apparence, elle habite une montagne, à laquelle elle prête son nom, en Élie, au sud de la Grèce. Comme pour surveiller l’herbe odorante, un bosquet consacré à Déméter s’étend à proximité. Au pied de ce mont, les hommes édifient un temple en l’honneur du dieu des enfers. Dès lors, Hadès prend l’épithète d’Amenthès, « privé de Menthé ». À la mémoire de leur passion, la menthe poivrée condense la fraîcheur de la belle et le côté masculin, poivré, d’Hadès.

Une plante de l’amour

Mécontente du sort réservé à Menthé qui continue d’ensorceler par son parfum, Déméter persuade Zeus de la rendre inutile aux arcanes de l’amour. Ainsi, à Mesagne, ville italienne, les hommes envoient de la menthe aux femmes pour rompre avec elles. La plante perd aussi ses graines afin que la nymphe ne puisse se reproduire.

Mais Menthé, après avoir convaincu Hadès et Hécate, retrouve son pouvoir de séduction lorsque Aphrodite, incarnation de l’amour et de la beauté, la met au rang de ses bienfaits favoris. Les Grecs en extraient un parfum. Ils interdisent, toutefois, à leurs soldats d’ingurgiter la plante. En effet, elle déchaîne tant les passions qu’elle réduit leur bravoure au combat !


Sources :
  • Encyclopédie ou dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines de Fortuné de Félice, 1773.
  • Encyclopédie méthodique : antiquités, mythologie, diplomatique des chartres et chronologie, 1792.
  • Dictionnaire portatif de la fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1801.
  • Flore d’Europe de C. V. de Boissieu, 1805.
  • Mythologie pittoresque de Joseph Desnos, 1839.
  • Dictionnaire de la fable ou mythologie grecque de François Noël, 1803.

La Dame de Pique : reine de guerre des jeux de cartes

Les cartes de jeu recèlent de nombreux symboles. Ainsi, la Dame de pique, sous ses airs de reine, puise ses origines en Pallas, un des multiples visages de la déesse grecque Athéna. Elle devient la Reine d’épée et représente l’héroïne Jeanne d’Arc. Malgré ses racines prestigieuses, la souveraine noire se fait, aujourd’hui, signe de mauvais augure.

La Dame de Pique

Jeu de guerre

En 1422, Charles VII, « le Victorieux », entame son règne sur la France. Il ressort vainqueur de la guerre de Cent Ans et permet la création des cartes à jouer françaises (32 et 52 cartes) telles qu’on les connaît aujourd’hui. Destinées à l’amusement, les rectangles cartonnés illustrent les divers aspects des batailles. La vaillance militaire se manifeste dans les cœurs. Les armes employées se retrouvent au travers des piques et les munitions dans les carreaux. Quant aux trèfles, ils évoquent les vivres nécessaires en cas de siège.

De même, Charles VII prête un nom historique à chaque figure. Le Roi de cœur n’est autre que Charlemagne par exemple. Reconnaissant envers Jeanne d’Arc, à qui il doit son trône, le seigneur de France en fait la Dame de pique, représentante du libre arbitre, et qui devient la Reine d’épée dans d’autres jeux. Les épées s’apparentent aux glaives, armes des chevaliers et attributs de la justice. En outre, le Valet de cœur désigne La Hire, sobriquet d’Étienne de Vignolles, compagnon d’armes de la Pucelle d’Orléans.

Pallas, reine de guerre

Athéna-Pallas, inspiration pour la Reine de pique
À Vienne, la déesse Athéna-Pallas brandit sa lance terminée par une pique et tient la Victoire dans sa main. [photographie de Misterfarmer]

Bien qu’elle fasse référence à Jeanne d’Arc, la dame piquante s’appelle Pallas, l’un des surnoms d’Athéna (Minerve en latin), déesse grecque de la sagesse et de la stratégie guerrière. Ce nom renvoie aussi à une déesse-guerrière, fille du dieu marin Triton et de Tritonis. Par accident, Athéna tue cette combattante et, après avoir érigé une statue magique à son effigie, le palladium, adopte son nom.

 C’est aussi un prénom masculin et, dans la mythologie grecque, Pallas demeure le titan des batailles et de l’art de la guerre. Il épouse l’Océanide Styx qui deviendra l’un des fleuves des enfers. Leurs quatre enfants, Bia, la force, Cratos, la puissance, Nikê, la victoire, et Zélos, le zèle, représentent, comme les cartes, un aspect des combats et se rangent aux côtés de Zeus, lors de la Titanomachie, lutte entre les dieux et Titans. Étymologiquement, Pallas, dérivé du mot grec pallô, signifie « celui ou celle qui brandit la lance »

Mauvaise femme

Queen of spades, en anglais
The Queen of spades, en anglais.

Malgré ses racines historiques de qualité, notre lady obscure dépeint la mauvaise femme par excellence, dotée des pires défauts : hypocrisie, jalousie, orgueil. Elle flatte les puissants afin de tirer profit de leur statut. Rancunière, elle détruit tout sur son passage afin d’exercer sa vengeance et déverser sa haine. Et n’oublions pas que dans le langage courant, une pique est synonyme de méchanceté

Seule dame représentée de profil, cette black Queen cache son autre face, plus sombre. Elle figure sous l’apparence d’une noble de l’Europe du XVe siècle, à la tête couronnée. Un voile rouge enveloppe ses cheveux blancs et elle tient une fleur dans sa main droite, peut-être celle de la discorde !

Sorcière de la mort

La malédiction de la Dame de pique

En cartomancie, la dame en noir se transforme en vieille femme, présage de malheurs. Elle personnifie la mort en personne et concurrence la Grande Faucheuse. Les légendes russes précisent sa nature de sorcière, emprisonnée depuis des siècles à l’intérieur d’une carte. Si vous placez celle-ci à minuit, à la droite d’un miroir, dessinez un escalier avec votre propre sang en dessous et prononcez trois fois son nom, à la manière du fantôme de Bloody Mary, elle traverse la glace pour vous étrangler.

En revanche, si vous vous liez d’amitié avec elle, ce qui s’avère rare, elle vous apportera la victoire à tous les jeux de cartes, un véritable atout pour un joueur de poker ! De plus, elle repousse les cauchemars si vous la placez sous votre oreiller.

Pour conclure, notre vedette emblématique prête son nom à un jeu de cartes où le but consiste à obtenir le moins de points avant la fin de la partie. Vous pouvez y jouer gratuitement ici.

Sur le thème de la Dame de pique, découvrez La Liseuse invertie de Florence Vedrenne et Sorcelières de Philippe Caza, deux histoires parues sur le Royaume Bleu, ainsi que la peinture de Gabriele Victoire.


Sources :
  • Jeux des adolescents de Guillaume Belèze, 1856.

Iris : déesse grecque de l’arc-en-ciel

Dans la mythologie grecque, Iris incarne l’arc-en-ciel. Elle intervient en tant que messagère des dieux, notamment auprès d’Héra, la reine de l’Olympe. Lien entre le ciel et la terre, elle établit également un pont avec l’enfer. Sœur des Harpies, elle les sauve d’une mort certaine et connaît une idylle avec Zéphyr, le vent d’Ouest. Elle donne désormais son nom à une fleur et à une pierre.

Iris, messagère des dieux au travers de l'arc-en-ciel

Pluie et merveilles

Fille de Thaumas, dieu des merveilles marines, et d’Électra, néphélée des nuages orageux illuminés par le soleil, Iris est également la sœur des Harpies. Ces monstres féminins des tempêtes sont connus sous les noms d’Aello, la bourrasque, Ocypète, le vol rapide, Céléno, l’obscurité, et Podargé, l’agilité. Ce n’est donc pas une coïncidence si la déesse, symbole de l’arc-en-ciel, apparaît en temps de pluie. De plus, tout comme son père (« celui qu’on admire ») qui exprime les trésors de la mer, et tout comme sa mère, dont le nom signifie « splendeur du soleil », elle incarne un phénomène lumineux qui traduit la beauté à travers ses couleurs et émerveille le monde.

Moins connue, elle possède une jumelle nommée Arcé qui représente le deuxième arc moins visible de l’arc-en-ciel et qui a été précipitée dans le Tartare, prison souterraine où sont enfermées les pires créatures, par Zeus à la suite de la défaite des Titans. En effet, lors de la Titanomachie, guerre entre les Olympiens et les êtres titanesques, Arcé prend le parti du titan Cronos et de ses frères alors qu’Iris choisit le camp de Zeus, Poséidon et Hadès. Chacune d’elle joue le rôle de messagère dans la grande bataille pour le règne du monde. La jumelle déchue se voit dépouillée de ses ailes et enfermée aux Enfers pour l’éternité.

Messagère des dieux et d’Héra

Iris, Héra et Zeus
Iris, qui porte ici sa robe azur, suit sa maîtresse Héra devant le trône de Zeus.

Après la victoire des dieux de l’Olympe, Iris se charge de transmettre les messages divins aux mortels, faisant le lien entre le ciel et la terre. Hermès étant le messager privilégié de Zeus, elle se met, en particulier, au service d’Héra, la reine. Cette dernière, considérée comme la déesse de l’air, annonce ses volontés au travers d’Iris, ce qui signifie que l’arc-en-ciel avertit des changements aériens. La messagère, assise auprès du trône de sa maîtresse, se montre toujours prête à exécuter ses ordres. Elle s’occupe de ses appartements, de ses habits et parures. Attribut d’Hermès, le caducée, bâton entouré de deux serpents et surmonté de deux ailes, demeure également le sien. Il est le symbole de l’éloquence et de la paix.

Un jour, Héra, voulant se venger d’Héraclès, fils né de la tromperie de son époux, elle ordonne à son exécutante de conduire la furie Lyssa auprès du héros. Armée de serpents, cette dernière le rend fou et le pousse à tuer sa femme Mégara et ses enfants. Il accomplira ainsi ses fameux douze Travaux afin de racheter son acte terrible.

Sous l’apparence d’une jeune femme aux ailes brillantes de mille teintes, Iris annonce toujours de bonnes nouvelles, comme l’arc-en-ciel préfigure l’arrivée du beau temps après l’averse, ce qui la rend très appréciable aux yeux d’Héra. Elle prévient les mortels de la fin des tempêtes, causées par ses sœurs les Harpies.

 

Arc-enfer

Iris et la reine Didon
Abandonnée par le héros Enée, la reine Didon se transperce avec son épée. Pour mettre fin à ses souffrances, Iris lui coupe le cheveu fatal. [Iris coupe le cheveu fatal à Didon sur le bucher de Thomas Blanchet, 1655]

Iris se révèle une divinité psychopompe : elle guide les âmes des morts. Plus précisément, c’est plutôt à Hermès que cette fonction est dévolue. La messagère elle, coupe le cheveu fatal des femmes sur le point de trépasser alors que son homologue masculin se charge de faire sortir l’âme de son enveloppe physique. Héra, voyant Didon, première reine de Carthage, lutter contre la mort, envoie la déesse irisée lui ôter le cheveu fatidique que Perséphone, reine des enfers, refuse d’arracher, en raison d’une mort contre nature.

Lorsqu’un immortel se parjure, Zeus charge Iris d’apporter de l’eau du Styx, fleuve infernal, dans un vase d’or. Le menteur doit jurer devant le récipient et, s’il s’est parjuré, il reste une année, qui en contient en réalité plusieurs milliers, sans vie et sans mouvement. La déesse purifie aussi la reine de l’Olympe, à chaque retour de ses visites dans le royaume souterrain, à l’aide de délicieux parfums.

 

Personnification de l’arc-en-ciel

L'écharpe aux sept couleurs d'Iris
L’arc-en-ciel, un aspirateur d’eau selon les croyances anciennes. [Image par David Mark]

Chez les Anciens, l’arc-en-ciel ne se compose que de trois tons : le rouge, l’orangé et le vert. Bien sûr, on sait aujourd’hui qu’il présente les sept couleurs du spectre lumineux : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet. On le surnomme alors l’écharpe d’Iris.

On croyait aussi que la messagère possédait une tête de taureau qui lui servait à aspirer l’eau et qu’elle nourrissait ainsi les nuages. Chez les Romains, cette croyance que l’arc-en-ciel boit les eaux était répandue. Puis, toute cette eau finit par retomber en pluie.

Chez les Grecs, un arbre touché d’un arc-en-ciel se dote d’une odeur suave, ce qui lui vaut désormais le nom d’iriskapata (« frappé par Iris »). Le pied de l’arc-en-ciel est aussi réputé pour abriter un trésor que garde le leprechaun, un lutin du folklore irlandais.

 

Iris et les Vents

Boréades contre Harpies
Les Boréades pourchassent les Harpies jusqu’au ciel. [The Persecution of the Harpies de Rubens]

Les principales aventures d’Iris restent liées aux vents et elle se déplace aussi vite qu’eux. Pour aider les Argonautes à la recherche de la Toison d’or, Héra l’envoie chez Éole, maître des courants d’air, le prier d’enchaîner tous les tourbillons afin que le navire des héros continue sa route. Une autre fois, Iris intervient en faveur des Harpies en lutte contre l’équipage. Les Boréades Calaïs et Zétès, eux aussi liés à l’atmosphère, pourchassent les monstres ailés dans les airs et menacent de les tuer. Alors qu’Aello se noie dans le fleuve Harpyx, les autres gagnent les îles Strophades où leur sœur Iris apparaît et convainc les deux frères de les épargner.

Lors de la guerre de Troie, elle part à la recherche de Borée, vent du Nord et père des Boréades, et de son frère Zéphyr, qui souffle sur l’Ouest, dans le but qu’ils ravivent le bûcher de Patrocle, ami d’Achille. Éprise de Zéphyr, elle connaît une aventure avec lui, avant d’être rappelée à l’ordre par Héra. Leur courte relation donnera naissance à Pothos, personnification du désir. Durant la bataille entre les Troyens et les Grecs, elle secourt Aphrodite blessée par Diomède, un roi d’Argos.

 

Iris épaule Aphrodite lors de la guerre de Troie
Iris ramène la déesse de l’amour Aphrodite, blessée au cours de la guerre de Troie, sur le mont Olympe. [Venus, supported by Iris, complaining to Mars de George Hayter, 1820]

Langage des fleurs et des pierres

La fleur d'Iris
La fleur d’Iris [Image par S. Hermann & F. Richter]

Iris a laissé son nom pour désigner d’autres éléments. On pense à l’iris, la partie colorée de l’œil, mais aussi à la fleur ornementale du même nom. Cette plante, capable de revêtir différentes nuances, signifie, dans le langage floral, la transmission d’un message d’amour. D’ailleurs, Héra se servait de sa messagère pour envoyer de l’affection à ses enfants. La fleur, dès l’Antiquité, se dépose dans les cimetières, accompagnant tout comme la divinité dont elle porte le nom, les défunts dans leur dernier voyage. Elle pousse au bord des rivières, rappelant le lien d’Iris avec l’eau.

Quant à la pierre d’iris, il s’agit d’un cristal blanc fendillé qui reflète les couleurs de l’arc-en-ciel lorsqu’il est exposé aux rayons solaires. On la trouve en grande quantité en Sicile et en Éthiopie. Les arcs-en-ciel, eux, apparaissent partout dans le monde et si vous en voyez un, c’est le signe qu’un être supérieur souhaite communiquer avec vous.

Iris, messagère comme les anges

 Découvrez la déesse Iris en vidéo


Sources :
  • Revue des traditions populaires
  • Les Admirables Secrets d’Albert le Grand, 1774.
  • Encyclopédie méthodique : antiquités, mythologie, diplomatique des chartres et chronologie, 1790.
  • Nouveau dictionnaire universel de Maurice La Châtre, 1865.
  • Encyclopédie Atlas de la Mythologie d’Eric Mathivet.

Hora : déesse grecque de l’hiver

Déesse de l’hiver, Hora est l’une des quatre Heures célestes qui régissent le cycle des saisons, dans la mythologie grecque. Sa beauté glaciale séduit le titan Cronos ainsi que Zeus, roi des immortels. Au-delà des périodes froides, elle veille sur les oiseaux aquatiques et possède un lien avec le serpent.

Hora, heure de l'hiver

Heure hivernale

Dans les mythes antiques, les Heures célestes personnifient les saisons. Le mot hora, « saison » s’avère féminin d’où l’emploi de déesses pour figurer les quatre périodes de l’année. Ce terme désigne aussi la divine Hora qui règne sur l’hiver. Puis, Thallo se charge du printemps, Auxo de l’été et Carpo de l’automne.

Au commencement de l’hiver, les Grecs offrent à Hora des sacrifices solennels, les horées. Les Anciens la représentent parfois recouverte d’une mante, long manteau qui préserve du froid. Parmi ses attributs figurent l’arbre dépourvu de feuillage et les fruits secs, ridés. Elle protège les oiseaux aquatiques : le canard colvert, le cygne, le flamant rose, le grèbe huppé, le héron cendré ou encore le martin-pêcheur. Ils apprécient, en effet, l’air humide de la rude saison.

l'alcyon, oiseau mythique
L’alcyon est une sorte de martin-pêcheur. (Denis Doukhan)

Lors du solstice d’hiver, elle adoucit l’atmosphère afin de permettre à l’alcyon, oiseau fabuleux, d’établir son nid et de pondre ses œufs. Plusieurs personnages se métamorphosent en cet animal à la suite d’un événement douloureux. Ainsi, Héra, reine de l’Olympe et déesse du mariage, transforme la pauvre Alcyone, désespérée par la perte de son mari Céyx, en cet être ailé, signe d’heureux présage. Amphitrite, souveraine de la mer au côté de Poséidon, change les sept Alcyonides, filles du défunt géant Alcyonée, en alcyons alors qu’elles se jetaient de tristesse dans les eaux.

Les Saisons et le Temps

Hora et ses sœurs sont les filles d’Ouranos, le Ciel et de Gaïa, la Terre. Pour se venger de son fils le titan Cronos, maître du Temps qui l’a castré et exilé dans le firmament, Ouranos charge ses filles saisonnières d’assassiner leur frère. Cependant, la maîtresse des frimas et du gel tombe sous le charme de l’être temporel et convainc ses sœurs de s’abandonner à lui. Les saisons, qui coexistaient au cours de l’année, apparaissent désormais selon le cycle du temps.

Lorsque Zeus détrône à son tour son père Cronos, il ordonne aux Heures de veiller sur son palais et sur la porte céleste, un nuage qui sépare le monde des mortels de celui des éternels. Elles les gardent chacune, à tour de rôle, selon la saison. On les surnomme « les portières du ciel ».

Les amours de Zeus et d’Hora

Le symbole du serpent
D’or ou de glace, le serpent symbolise la déesse Hora.

Hora change parfois ses jambes en deux serpents afin de glisser furtivement sur les chemins gelés. Zeus, pas indifférent à ses charmes, se métamorphose en cygne, oiseau qu’apprécie la déesse, et s’unit à elle. Elle devient ainsi mère de Colaxès, roi de Bisaltie, une région de Macédoine.

En mémoire de l’origine de leur souverain, les guerriers Bisaltiens prennent la foudre ailée, armée de trois pointes, comme emblème sur leurs boucliers. Colaxès y ajoute le symbole de sa mère : deux serpents d’or, opposés l’un à l’autre, et lançant leur dard sur une pierre précieuse à l’éclat éblouissant.


Sources :
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829.
  • Mythologie pittoresque de Joseph Desnos, 1839.

Le trident : attribut divin de Poséidon

Célèbre sceptre de Poséidon, dieu grec de la mer, et de son équivalent romain Neptune, le trident se présente sous la forme d’une fourche à trois dents. Il sert aussi d’attribut à d’autres divinités, de simple outil aux pêcheurs, ou encore d’arme redoutable manipulée par les gladiateurs. Entre objet et merveille, il recèle bien des utilités.

Le trident du dieu Poséidon

Sceptre de Poséidon

Qui dit trident, dit Poséidon (Neptune en latin) ! Avec la foudre de Zeus et le casque d’invisibilité d’Hadès, seigneur des Enfers, la lance à trois pointes demeure à l’origine une arme forgée par les Cyclopes. On qualifie d’ailleurs le dieu marin de Tridentier ou Tridentiger, c’est-à-dire « armé d’un trident ». En remerciement de leur libération du Tartare, la prison souterraine, les trois géants munis d’un seul œil créent un armement à destination des dieux. Les immortels gagnent ainsi la guerre contre les Titans.

Le maître des flots transforme son cadeau en un bâton de commandement. À travers lui, il marque son triple pouvoir sur l’eau : la diriger, la soulever et la calmer. Les trois piques symbolisent aussi les domaines de la mer, des fleuves et des fontaines où le dieu exerce sa domination.

Poséidon séduit la danaïde Amymoné
Poséidon charme la danaïde Amymoné et lui offre une triple source d’eau (par Milos Duskic).

À chaque colère de Poséidon, le trident entrouvre la croûte terrestre. Alors qu’il souhaite devenir titulaire d’une nouvelle cité de l’Attique, le dieu entre en compétition avec Athéna, déesse de la sagesse. D’un coup de fourche, il fait jaillir le premier cheval, baptisé Scyphios, symbole de la guerre. Les habitants lui préfèrent l’olivier, représentation de la paix, offert par sa concurrente. La ville s’appelle désormais Athènes.

Le trident s’avère capable de véritables miracles, car il déterre des sources. Un jour, Poséidon, enragé, provoque une sécheresse. Le roi Danaos charge ses filles, les Danaïdes, d’aller puiser de l’eau. En chemin, Amymoné, l’une d’elles, est agressée par un satyre. Le dieu, amoureux de la princesse, lance aussitôt son arme sur la créature. Le sceptre se plante dans un rocher alors que la mortelle devient l’amante du sauveur. Puis, celui-ci l’invite à retirer le trident d’où jaillit une triple source qui prit le nom d’Amymoné.

Attribut des créatures marines

Le trident associé au dauphin
Dauphins et trident font souvent bon ménage (mosaïque romaine).

En relation avec l’élément aquatique, l’arme fabuleuse demeure l’attribut des esprits marins et du dauphin, expert de la navigation. Les Néréides, nymphes des vagues qui chevauchent d’ailleurs le cétacé, aiment jouer avec le bâton tridenté de leur père Nérée, gardien des richesses maritimes. L’une d’elles n’est autre qu’Amphitrite, l’épouse de Poséidon. Les descendants de ce dernier, les Tritons, issus de son fils Triton, brandissent eux aussi la fameuse lance. Dans une autre mesure, le trident personnifie les dents des monstres abyssaux, comparables aux vagues hérissées d’écume soulevées par les tempêtes.

Hermès (Mercure en latin), astucieux messager divin, dérobe un jour le trident, ce qui traduit son habileté dans la navigation. Il protège également le commerce maritime. Une seconde interprétation provient de l’association d’un élément à l’un des enfants de Zeus : l’eau pour Hermès, la terre pour Apollon, l’air pour Aphrodite et le feu pour Héphaïstos.

Instrument de pêche et de gladiateur

Dans le domaine de la pêche, le trident désigne un harpon à trois pointes, disposé au bout d’une perche, avec lequel on darde les poissons aperçus au fond des étangs. C’est l’un des plus anciens outils de marin. La fichure qualifie une sorte de trident utilisé pour le même emploi.

En ce qui concerne les combats de gladiateurs, les Romains équipent les lutteurs de diverses façons dans l’arène. Le guerrier classique s’arme d’une épée et d’une massue à bout plombé. Quant à celui qu’on nomme le rétiaire, il se munit d’un trident et d’un filet.

Le trident dans d’autres mythologies

La déesse Parvati et le trident
La déesse Parvati possède autant de bras que d’armes comme le trident !

Le trident s’apparente aussi à Sérapis, qui est un mélange de plusieurs divinités égyptiennes et grecques telles qu’Apis, dieu de la fertilité, Osiris ou encore Zeus. Il représente la vie et la mort, accompagné de nombreux attributs.

Dans la mythologie hindoue, Shiva, entité de la destruction, et son épouse Parvati, incarnation du principe féminin, possèdent comme emblème le trident, nommé le trishula. Il constitue la trinité, thème récurrent de cette religion. La déesse se dote de plusieurs armes comme l’épée, les deux lances ou le couteau : une vraie guerrière !

 

Le Tombeau des dieux, une histoire de trident à lire sur le Royaume Bleu

 


Sources :
  • Le Littré : dictionnaire de la langue française d’Émile Littré, 1863.
  • Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772.
  • Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, 1969.
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829.
  • Dictionnaire abrégé de la fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837.
  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863.

Le phénix : oiseau de feu et de cendres

Le phénix appartient à la catégorie des animaux légendaires. Tout comme la licorne, il reste difficile à observer, surtout qu’il n’en existe qu’un ! Renaissant de ses cendres tous les 500 ans, il joue un rôle important dans le cycle du Soleil et s’associe à l’élément feu.

Le phénix des légendes

Rouge phénix au chant harmonieux

Son nom provient du grec phoinix qui signifie « rouge ». L’oiseau présente, en effet, des ailes écarlates et dorées. Originaire d’Arabie, il possède un corps d’aigle gigantesque, des yeux étincelants et un lien de parenté avec le faisan et le paon. Son régime alimentaire se compose de cannelle, d’encens, de manne (sorte de sève sucrée émise par des végétaux), de rayons lumineux et de rosée. Tous les matins, il baigne son plumage dans un puits et répand d’envoûtantes mélodies.

Les Égyptiens le considèrent comme l’image de leur dieu solaire et le nomme Bennou. Il ressemble alors à un héron ou un vanneau aux belles couleurs. Les Grecs fixent le nom que nous connaissons et en font un symbole de renaissance et de résurrection.

Le dragon et le phénix
L’Empereur dragon et l’Impératrice phénix de Jiang Zi.

En Chine, le fenghuang (ou fong-hoang) possède des caractéristiques similaires et règne sur les animaux à plumes. Les Chinoises se parent d’une reproduction de sa figure, constituée d’or, d’argent ou de cuivre, selon leur fortune et leurs qualités. Alors que le dragon se fait emblème de l’Empereur, le phénix demeure celui de l’Impératrice. Dans la mythologie chinoise, Pangu (ou Pan-Kou), homme primordial, fruit du Ying et du Yang, sculpte le monde pendant 18 000 ans. Quatre animaux mythiques l’aident : le phénix le console et l’encourage, l’unicorne Qilin (ou Ki-Lin) lui donne sa force, le dragon sa splendeur et la tortue vénérée sa patience.

Une autre légende raconte que Huangdi, « L’Empereur jaune » charge son maître de musique de fixer les notes afin de s’y retrouver. Le serviteur parvient jusqu’à un vallon et découvre des bambous de la même épaisseur. Il en coupe un et souffle dedans, mais le son qui s’échappe ne lui plaît pas. Ayant entendu la sonorité, un phénix mâle et un autre femelle (en Chine, l’oiseau fabuleux se divise parfois en deux principes : le masculin Feng et le féminin Huang) se posent sur un arbre et sifflent, chacun, six vibrations différentes. L’homme fabrique alors douze tubes et reproduit la gamme harmonieuse de douze sons.

Oiseau immortel

Le bûcher du phénix
À l’approche de son trépas, le phénix se consume sur le bûcher.

Quand il sent la fin approcher, tous les 500 ans, le rapace prodigieux entonne, comme le cygne, un chant de mort. Il s’enduit ensuite d’encens et de myrrhe, une résine d’arbres d’Afrique, puis se jette sur un bûcher qu’il allume à Héliopolis, cité égyptienne. Une fois consumé, il renaît de ses cendres, au bout du troisième jour, sous la forme d’un petit ver à l’odeur merveilleuse. Puis, il grandit, grâce aux rayons de lumière, et devient plus fort et plus jeune qu’avant. La religion chrétienne, au Moyen Âge, associe ce mythe à la résurrection du Christ. De plus, le phénix personnifie l’immortalité de l’âme.

Le phénix, attribut de l'éternité
La déesse romaine de l’éternité a pour attribut le phénix.

Il demeure incapable de se reproduire, car il est le seul membre de son espèce. Son rôle consiste à pousser un cri qui annonce la naissance du monde, les levers du Soleil et de Sirius, seconde étoile la plus brillante du ciel terrestre.

À l’instar de l’éléphant, l’un des symboles d’Éternitas, déesse romaine de l’éternité, est le phénix. Il est aussi l’attribut de Phébus, dieu romain de la lumière.

Symbole d’excellence, de renaissance et de feu

Les Italiens bâtissent un opéra à Venise, la Fenice (« phénix » en italien). Il connaît un destin similaire à la créature fantastique, car il brûle et est reconstruit deux fois. Quant aux Américains, ils baptisent en son honneur la capitale de l’État d’Arizona, Phoenix. En 1603, l’astronome Johann Bayer décrit la constellation du Phénix dans l’hémisphère sud, étonnamment peu lumineuse, située dans la galaxie NGC 625.

Au sens figuré, l’oiseau mythique désigne une personne qui excelle dans son domaine. « Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois », complimente le renard au corbeau dans la fable de La Fontaine.

Le phénix, un élémentaire du feu
Le phénix est considéré comme un élémentaire du feu.

Basé sur la férocité du tigre et du léopard, le Pak Mei, style de Kung Fu, intègre une attaque appelée « la frappe en œil du phénix » qui vise les points vitaux du corps humain. « Le poing des cinq formes de Shaolin », style de boxe chinoise, s’inspire de mouvements animaliers associés à un élément : le singe ou le serpent à l’eau, le cerf ou le tigre au bois, le léopard ou le phénix au feu, l’ours à la terre et le héron ou la grue blanche au métal.

Dans les représentations modernes, l’oiseau renaissant apparaît souvent en flammes, ce qui souligne son appartenance à l’élément feu. Il symbolise également la chaleur, l’été, le rouge et le sud.

L’histoire du phénix en vidéo


Sources :
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et Roland Harari, 2002.
  • Dictionnaire de l’Académie française.
  • Les Créatures mythologiques d’Amedeo De Santis, 2007.
  • L’Encyclopédie du merveilleux : du bestiaire fantastique d’Edouard Brasey, 2006.
  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863.
  • Dictionnaire des sciences occultes de Jacques Collin de Plancy, 1846.
  • Encyclopédie technique, historique, biographique et culturelle des arts martiaux de l’Extrême-Orient de Gabrielle et Roland Habersetzer, 2004.
  • Le Dragon Impérial d’Armand Colin, 1893.
  • Chine d’Hervé Beaumont, 2008.