Mormô : épouvantail grec des craintes vaines et enfantines

Dévoreuse d’enfants, Mormô demeure un terrible croquemitaine de l’Antiquité grecque. Ses multiples formes représentent les terreurs vaines et enfantines. Associé au monde infernal, cet épouvantail se retrouve dans des masques à l’aspect terrifiant. La simple prononciation de son nom suscite la crainte chez les enfants.

Mormo, un épouvantail grec qui effraie les enfants

Reine de l’épouvante

Tout commence dans la cité grecque de Corinthe située sur l’isthme éponyme où une jeune femme du nom de Mormô se livre à un crime effroyable. En effet, un jour, elle en vient à dévorer ses propres enfants. Les mythologues ignorent la vie qu’elle menait et la raison qui la poussa à commettre l’irréparable.

Quoi qu’il en soit, l’ogresse devient un affreux croquemitaine destiné à effrayer les enfants pas sages. Son nom signifie « épouvantail », un signe déjà de sa nature inquiétante. À l’origine, les épouvantails ne désignaient pas les mannequins disposés dans les champs et les jardins pour affoler les oiseaux. Ils représentaient toutes choses qui inspiraient de vaines terreurs. Pour contenir les petits indisciplinés, les Grecs, et notamment les nourrices, en évoquaient d’autres comme Acco ou Alphito, toutes des femmes qui rappellent les vilaines sorcières.

Le personnage de Mormô reprend cette idée. Dotée du don de métamorphoses, elle apparaît sous la forme d’un cheval, d’un loup ou même un gémissement angoissant, un bruit sourd. Son nom seul suffit à insuffler la crainte chez l’enfant turbulent. Les peurs enfantines se manifestent souvent dans l’irrationnel et Mormô représente bien le principe d’une peur infondée.

Spectre infernal

Mormô fait partie des apparitions. Déesse de la magie, Hécate l’invoque pour effrayer les mortels comme d’autres fantômes féminins tels qu’Empusa (ou l’empuse). Les jeunes ayant des terreurs différentes, Mormô se démultiplie pour donner naissance à un groupe de spectres hideux, les Mormones. Elles prenaient l’apparence de féroces animaux pour susciter l’effroi.

L’épouvantable spectre possède ainsi un lien avec le monde des enfers. Sous l’appellation de Mormolycia, « loup terrible », elle devient la nourrice d’Achéron, le fleuve infernal de la douleur. L’association avec le loup rappelle sa nature cannibale et le monstre menaçant qui rôde dans les parages. D’ailleurs, le canidé sauvage inquiète dans les contes merveilleux et se nourrit de chair humaine, comme dans le Petit Chaperon rouge. D’autre part, le nom de Mormô suggère le murmure bouillonnant de l’eau et le rattache à l’Achéron.

Découvrez l’histoire d’Hécate, déesse de la magie et des spectres

Épouvantail masqué

Dérivé de Mormô, le mormolukeion désigne une sorte de masque qui représente les ombres au théâtre. Il signifie à la fois « épouvante » et « masque ». Par extension, il correspond aux masques tragiques et aux créatures épouvantables.

Un masque de Satyre à l'époque romaine
Un masque de satyre à l’époque romaine.

Les femmes se servaient des mormolukeia pour intimider leur progéniture. Suspendus aux temples de Dionysos, dieu de la vigne, ces faux-visages conjuraient le mauvais sort et rappelaient les visages inquiétants des Satyres.

Tout comme Mormô figure une crainte irréelle, le masque demeure un simple objet et non le vrai visage qui se dissimule derrière. Il rappelle la capacité de métamorphoses de la femme-épouvantail. Notons que le terme « loup » définit aussi un demi-masque de tissu noir que les dames portaient autrefois.


Sources :

  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863.
  • Dictionnaire de la fable de François Noël, 1803.
  • Comment effrayer les enfants : le cas de Mormô/Mormolukê et du mormolukeion de Maria Patera, 2005.
  • Figures grecques de l’épouvante de l’antiquité au présent : Peurs enfantines et adultes de Maria Patera, 2014.
  • Dictionnaire de l’Académie française.
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Jouvence : nymphe des eaux jeunes

Vous connaissez tous le mythe de la fontaine de Jouvence. Mais savez-vous qui se cache derrière le nom Jouvence ? Pour percer ce mystère, nous devons remonter au temps de la mythologie grecque, à la recherche d’une nymphe très discrète.

Jouvence, océanide des jeunes eaux

Nymphe de la jeunesse

Après bien des batailles, Zeus accède au trône de l’Olympe et règne sur l’ensemble des dieux. Il épouse sa sœur Héra, protectrice du mariage, qui lui donne plusieurs enfants, dont Hébé, déesse de la jeunesse. Ébloui par l’éclat de sa fille, le roi divin lui confie le soin de verser le précieux nectar aux immortels.

Si la jeunesse descend du maître des cieux, cela n’est pas un hasard. En effet, bien avant ses noces avec Héra, Zeus se met en tête de trouver une nymphe très mystérieuse, détentrice des secrets de la vitalité. Elle s’appelle Jouvence et, tout le monde se demande si elle existe vraiment.

La belle se cache, en fait, dans le vaste océan. Fille des Titans Océan et Téthys, Jouvence demeure l’océanide des eaux jeunes. Lorsque Zeus l’aperçoit, son cœur se remplit d’amour. Non seulement la nymphe lui révèle ses mystères, mais elle partage ses sentiments avec lui. Désormais, le secret de la jeunesse éternelle coule dans les veines de l’Olympien et se transmet à sa descendance.

Fontaine de Jouvence

Pour remercier la nymphe Jouvence, Zeus lui accorde de réaliser son vœu le plus cher. Elle choisit d’être encore plus difficile à trouver. Aussitôt, le roi des dieux exécute son souhait et la transforme en fontaine aux couleurs éclatantes et aux parfums revigorants. Elle sera, sous cette forme, plus inaccessible. Puis, il la dissimule dans un lieu confidentiel. On raconte qu’Héra s’y baigne chaque année pour recouvrer sa virginité.

Cairos, dieu des opportunités
Saisissez la mèche rousse de Cairos pour bénéficier d’opportunités !

Bien des années, après toutes les conquêtes amoureuses de Zeus, un dieu juvénile surgit des eaux rajeunissantes de la source secrète. C’est de cette façon que Cairos, personnification de l’opportunité, émerge au grand jour. Il devient le plus jeune fils du souverain olympien et l’unique enfant de Jouvence.

Éternel adolescent, Cairos symbolise le moment favorable pour réussir. Aussi insaisissable que sa mère, il possède une longue mèche de cheveux roux sur le front, seul moyen de l’attraper et de saisir sa chance. Une fois qu’il se retourne, son crâne rasé ne laisse aucune prise. Il s’échappe grâce à des ailes disposées sur ses épaules et ses talons et plus jamais ne repasse au même endroit.

Secret de l’éternelle jeunesse

La Fontaine de Jouvence possède la propriété de rajeunir tous ceux qui s’y baignent. Mais pour les humains, elle reste difficile à trouver. Alors, quand Zeus, voulant renforcer les liens avec eux, leur promet d’exaucer leur désir le plus cher, préserver leur jeunesse pour l’éternité arrive en haut de la liste.

Ne souhaitant pas révéler l’emplacement de la fontaine par respect pour la nymphe, le dieu de la foudre en prélève un certain volume. Il en confectionne une liqueur, l’élixir de jouvence, et charge l’âne du vieux satyre Silène de l’apporter aux mortels.

Lors de la Gigantomachie, guerre entre les dieux et les géants, l’animal avait annoncé, d’un braiment, la retraite des colosses. C’est ce qui lui vaut l’honneur d’accomplir cette tâche. En chemin, la soif le tenaille. Il interrompt son voyage et s’approche d’une fontaine, dont les eaux ondulent, pour se désaltérer.

La mue du serpent
Grâce à l’eau de Jouvence, les serpents changent de peau et conservent leur vigueur. ©Adobe Stock

Soudain, un serpent transparent comme l’eau jaillit de la cascade sacrée et le toise. Si le mammifère souhaite boire, il devra offrir le breuvage au gardien de la fontaine rampante. Épuisé, l’âne troque son fardeau contre quelques gorgées.

Dès lors, les serpents acquièrent la faculté de muer : leur peau se renouvelle et conserve son éclat. Les pauvres mortels, eux, restèrent contraints par la vieillesse et maudirent les ânes.

Découvrir l’histoire d’une autre fontaine qui contient l’Eau de la vie.


Images :

  • Kairos par Francesco Salviati, 2002.

Carpos : dieu grec des fruits

Dans la mythologie grecque, le dieu Carpos veille au développement des fruits. Rien de plus normal pour ce fils du Vent occidental, Zéphyr, et de la nymphe des fleurs, Chloris… Grâce à lui, des fruits de toutes sortes poussent sur la terre. Lorsqu’il rencontre le beau Calamos, sa vie connaît un destin tragique.

Carpos, dieu grec des fruits.

Carpos, fruit de l’action du vent sur les fleurs

Dans les mythes antiques, Carpos naît de l’union de Zéphyr, le Vent de l’Ouest et de Chloris, déesse des fleurs. Cette dernière demeure à l’origine la nymphe des îles Fortunées. Quand le doux Zéphyr l’aperçoit, il l’enlève puis la demande en mariage. Il lui offre un magnifique jardin et lui donne le pouvoir sur la flore.

Découvrir l’histoire de la déesse florale Chloris

Cette histoire d’amour légendaire personnifie le cycle de la fleur. D’abord, le vent transporte et disperse les grains de pollen, organes mâles des végétaux. C’est la pollinisation. Ils atterrissent sur le stigmate d’un pistil, organe femelle des plantes à fleurs. La fécondation se déroule lorsqu’un pollen pénètre dans un ovule, gamète femelle produit par l’ovaire. Une graine résulte de l’insémination pendant que l’ovaire se transforme pour constituer la chair du fruit.

Découvrir l’histoire du dieu du vent occidental Zéphyr

Dieu aux pouvoirs fruités

cynorhodons
Les cynorhodons, fruits du rosier.

Le jeune Carpos à l’apparence d’adolescent règne sur l’ensemble des fruits. Comestibles ou non, ces produits végétaux deviennent aussi nombreux que la variété de fleurs dont ils sont issus. Par exemple, le fruit du coquelicot prend la forme d’une capsule munie de pores qui contiennent des graines noires.

La rose sauvage offre des cynorhodons consommables et riches en vitamine C. Plus poétique, dans un conte chinois, le fruit de la rose bleue est le véritable amour.

Découvrir la légende de la rose bleue

Celui du tournesol est un capitule d’akènes, des fruits secs. Au-delà des classiques fraises, framboises, oranges, pêches, citrons, bananes, kiwis, pommes, poires, myrtilles et autres, une foule de fruits naissent des fleurs. L’un d’eux porte une référence directe à Carpos, le carpo-balsamum issu du baumier, un arbre produisant du baume. D’ailleurs, le nom de la jeune divinité signifie « fruit ». Les Athéniens nomment pancarpe le sacrifice où ils offrent toutes sortes de fruits.

Découvrir l’histoire de Clytie, la nymphe transformée en tournesol

Toute comme la déesse de l’automne, Carpo, qui tire son nom de la même étymologie, le dieu des baies, des grappes et des agrumes, prête son nom à la carpologie, l’étude des graines et des fruits.

Découvrir l’histoire de Carpo, la déesse automnale

Amoureux tragique

Un jour, Carpos tombe amoureux du beau Calamos, le fils du dieu-fleuve Méandre situé en Carie, une contrée de l’Asie Mineure. Alors que les deux amants se baignent dans le cours d’eau, ils se défient à la nage. D’une rapidité extrême, Calamos ralentit à chaque fois pour laisser gagner son camarade de jeux. Mais le dieu des fruits, qui a hérité de la mortalité de sa mère, se noie.

Les roseaux au bord de l'eau.
Les roseaux poussent sur les rives.

Sentant le vent, Calamos pense que l’un des courants d’air se trouve responsable de la mort de son compagnon. Il interroge la naïade du fleuve pour connaître l’identité du coupable et ainsi se venger. Face au silence, il se coupe une mèche de ses cheveux brillants et la jette dans les eaux. Puis, il remonte sur la rive pour pleurer son bien-aimé. Ses larmes coulent tellement qu’il finit par se dessécher et se métamorphose en roseau. Depuis, le calame désigne cette plante qui s’épanouit au bord de l’eau et dont les anciens se servaient pour écrire.

Conscient du rôle important de Carpos dans la nature, Zeus, le roi des immortels, le transforme en fruits de toute espèce. Dans les Dionysiaques, le poète grec Nonnos de Panoplis raconte l’épopée de Dionysos, divinité du vin, et y narre les amours de Calamos et Carpos.


Sources :

  • Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772.
  • Histoires amoureuses des dieux et déesses de la mythologie de René Ponthus, 2012.
  • Dictionnaire de la fable de François Noël, 1803.
  • Abrégé de la mythologie universelle de François Noël, 1805.
  • Les Dionysiaques de Nonnos de Panoplis.

Images :

  • Garçon avec un panier de fruits par Caravage, vers 1593.

 

Zéphyr : dieu grec du vent de l’ouest

Zéphyr, l’un des huit vents de la mythologie grecque, souffle sur l’Ouest. Avec son frère Borée, il déchaîne le ciel. Il s’adoucit, peu à peu, au contact de Chloris, la déesse des fleurs. Ensemble, ils diffusent un parfum d’amour sur la terre.

Zéphyr-Vent-Chloris
Le dieu Zéphyr et son épouse Chloris

Vent occidental

Zéphyr (Favonius, en latin) naît de l’union d’Astréos, titan des étoiles, et d’Éos, déesse de l’aurore. Aux côtés de ses sept frères, il s’engage dans la bataille contre le dieu Zeus qui souhaite détrôner son propre père Cronos et s’emparer du trône du mont Olympe. Les Titans et les Dieux s’affrontent ainsi dans une terrible guerre surnommée la Titanomachie.

Après un combat acharné, Zeus sort vainqueur et enferme les fils d’Astréos dans une urne qu’il précipite dans le profond océan. Clément, le nouveau roi les libère à sa guise, sous le contrôle d’Éole, devenu maître des vents, et leur attribue un territoire.

Les Anémois, comme les Grecs les appellent, soufflent désormais sur le monde. Au Nord, Borée répand le froid alors que Zéphyr propage la douceur à l’Ouest. Notos survole le Sud et Euros, l’Est. Quant aux quatre autres, ils parcourent des régions moins vastes : le Nord-Ouest pour Sciron, le Nord-Est pour Caecias, le Sud-Ouest pour Lips et le Sud-Est pour Aphéliotès.

Compagnon du vent nordique

Zéphyr-Vent-Mythologie
Zéphyr prend exemple sur son frère Borée

Chaque vent s’associe à l’un de ses frères pour former un puissant duo. Pour le meilleur et pour le pire, le sensible Zéphyr s’allie au glacial Borée. Tout les oppose. Le vent nordique provoque les aquilons, des courants d’air froids et violents. L’autre dispense les zéphyrs, des vents agréables, et annonce la fonte des neiges. Leur union déclenche des tempêtes et de terribles orages.

Le paisible esprit de l’air se montre influençable. Prenant exemple sur son frère bourru, coupable de l’enlèvement de la princesse d’Athènes, Orithyie, pour en faire sa reine, il ravit la nymphe Chloris (Flore chez les Romains). Puis, il devient complice du dieu de l’amour Éros pour enlever la princesse Psyché.

En savoir plus sur Borée, vent du Nord

Jeune amoureux

Hyacinthe-Apollon
Hyacinthe meurt dans les bras du dieu Apollon

Un événement dans la jeunesse de Zéphyr va tempérer définitivement ses manières brusques. Il s’éprend de Hyacinthe, un éphèbe, prince de la cité d’Amyclées, en Laconie. Apollon, le dieu de la lumière et des arts, noue lui aussi une passion pour l’adolescent et le séduit. Tous deux passent leur temps au stade où Apollon s’entraîne au lancement du disque. Jaloux, le Vent souffle sur l’un des palets qui frappe mortellement, par accident, le jeune homme. De sa blessure, des gouttes de sang teintent l’herbe. Apollon les laisse fleurir en jacinthes.

Après ce drame, Zéphyr se retire dans le palais de Borée. Il retrouve goût à l’amour lorsqu’Iris, personnification de l’arc-en-ciel, intervient pour le chercher lui et son frère afin de raviver le bûcher de Patrocle, ami d’Achille. C’est là qu’il tombe amoureux de la messagère et leur liaison engendre Pothos, dieu du désir. De plus en plus, Zéphyr s’adoucit. Témoin de la naissance d’Aphrodite, déesse de l’amour née de l’écume de la mer, il la transporte jusqu’à l’île de Chypre.

Époux de Chloris, déesse des fleurs

Fille du titan Océan qui règne sur les eaux et d’une mortelle, la belle Chloris veille sur les îles Fortunées qui accueillent les âmes des valeureux héros. Un jour, Zéphyr souffle dans sa direction et, subjugué, l’emporte avec lui.

Reprenant ses esprits, le ravisseur demande en mariage la nymphe. Charmée elle aussi, elle accepte. Pour l’en remercier, il lui insuffle l’immortalité, lui offre un merveilleux jardin et l’élève au rang de déesse des fleurs. Les Grecs la surnomment alors Zéphyritis, « femme de Zéphyr ».

Chloris-Zéphyr
Zéphyr et Chloris interviennent au printemps

Complémentaires, les tourtereaux propagent les plantes sur le sol aride. Un cycle floral s’établit : Zéphyr dissémine les graines, Chloris assure leur floraison et leur enfant, Carpos, les transforme en fruits.

Tout comme sa belle, le Vent d’Ouest est associé au printemps. Muni d’ailes, il souffle sur la terre pour faire renaître la végétation. D’ailleurs, son nom signifie « celui qui porte la vie » de zaein, « vivre », et pherein, « porter ». Son appellation latine Favonius vient de favere, « favoriser » ou de fovere, « nourrir », car il permet la naissance de toutes les plantes. Des fleurs couronnent sa tête et remplissent la corbeille qu’il tient dans ses mains.

 

En savoir plus sur Chloris, déesse des fleurs

Maître des doux vents

Le vent de l’Occident engendre les Zéphyrs, génies des doux courants d’air. Avant un départ en mer, les marins leur sacrifient une brebis blanche. Sous la direction de leur père, ils parent de fleurs l’enfance du monde, au printemps. Surnommées les Zéphyritides, les Auras demeurent les filles de Zéphyr et les nymphes des brises.

Père de chevaux immortels

Xanthos-Balios
Les chevaux Xanthos et Balios pleurent leur maître Patrocle

Dans les mythes grecs, les Harpies, monstres femelles à corps de rapace, sont les sœurs d’Iris et symbolisent les violentes rafales. Zéphyr s’unit à Podargé, l’une d’entre elles, alors que sous la forme d’une jument, elle paît dans une prairie. De cela, elle met au monde deux chevaux immortels, Xanthos et Balios. Le premier porte des taches blanches sur sa robe plus foncée (on qualifie les chevaux de la sorte de pie) et le deuxième possède une robe baie, c’est-à-dire brun rouge.

Les dieux offrent les deux coursiers au héros Achille. Il les amène avec lui au siège de Troie et les remet à son ami Patrocle. À la mort de ce dernier, Achille appelle Zéphyr et Borée pour raviver le feu du bûcher de son camarade.

Inconsolables, Balios et Xanthos pleurent leur maître et errent dans la région. Zeus, touché par leur chagrin, les guide jusqu’au camp des Grecs. Sous le choc de la mort de Patrocle, Achille leur reproche sa disparition. Xanthos révèle qu’Apollon demeure seul à l’origine de ce drame et, face à la colère du héros, annonce que lui aussi est destiné à périr sur les terres troyennes. Achille, ayant déjà eu connaissance de son avenir par un oracle, comprend que le cheval dit la vérité.

Zéphyr et Podargé sont aussi les parents d’autres chevaux. Les jumeaux Castor et Pollux, surnommés les Dioscures, en deviennent maîtres. Cyllaros, l’un de ces équidés, sert de monture à Castor. Les deux autres se nomment Harpagos et Phlogéos.

Récapitulatif des caractéristiques du dieu grec Zéphyr

  • Fonction : Vent de l’Ouest.
  • Parenté : Fils d’Astéros et d’Éos. Frère de Borée, Euros, Notos, Sciron, Caecias, Lips et Aphéliothès.
  • Descendance : Carpos avec Chloris ; Pothos avec Iris ; les Zéphyrs et les Auras ; les chevaux Xanthos, Balios, Cyllaros, Harpagos et Phlogéos avec Podargé.
  • Attributs : paire d’ailes, couronne de fleurs, corbeille remplie de fleurs.
  • Autres noms : Favonius, en latin.

Sources :

  • Dictionnaire de la Mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et Roland Harari, 2000.
  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863.
  • Dictionnaire universel de mythologie : ancienne et moderne de Jacques Migne, 1855.
  • Annales de l’Institut de Correspondance Archéologique, 1845.

Crédits images :

  • La Mort d’Hyacinthe par Jean Broc, 1801.
  • Balios et Xanthos de Giorgio de Chirico, 1963.

Auxo : déesse grecque de l’été et de la croissance

Dans la mythologie grecque, la divine Auxo règne sur lété. Elle appartient au groupe des Heures célestes, quatre déesses qui régissent les saisons. Sa capacité à accroître les éléments naturels la distingue en tant que divinité de la croissance. Subjugués par sa beauté, les Athéniens l’honorent comme l’une des Grâces.

Auxo-déesse-grecque-printemps-croissance

Heure estivale

Dans les mythes grecs, plusieurs groupes de déesses apparaissent sous le terme des Heures. Les Heures terrestres, filles de Zeus, le roi des dieux, organisent la vie humaine. Héritières d’Hélios, le Soleil, et de Séléné, la Lune, les Heures solaires divisent la journée en douze temps. Plus anciennes, les Heures célestes descendent d’Ouranos, le Ciel, et de Gaia, la Terre.

Ces quatre divinités des cieux établissent le cycle des saisons. Auxo, la deuxième, instaure l’été. Ses sœurs, Thallo, Carpo et Hora, veillent respectivement sur le printemps, l’automne et l’hiver. De plus, elles gardent le palais du maître de l’Olympe et la porte céleste. Cette dernière prend la forme d’un épais nuage qui entoure le mont Olympe.

En savoir plus sur Carpo, déesse de l’automne

Déesse de la croissance

Comme la nature qui se déploie sous un puissant soleil, Auxo symbolise l’expansion. Grâce à elle, les champs se développent et les plantes poussent. Son influence s’étend chez les hommes où elle assure la croissance des enfants. Son nom se retrouve dans l’auxologie, l’étude de la croissance des êtres vivants.

Grâce athénienne

Charmante comme ses sœurs, Auxo trouve une place parmi les Charites (les Grâces, en latin), déesses de la beauté et des bienfaits, dans la cité d’Athènes. Au même titre, la déesse Hégémoné apparaît à ses côtés. Toutes les deux veillent sur la croissance.

Protectrices des adolescents, elles sont qualifiées de courotrophes. Les éphèbes les invoquent dans le serment de la stèle d’Acharnes, en tant que figures de la fertilité, avec Thallo, Heure du printemps. D’ailleurs, selon certaines légendes, Auxo est parfois considèrée comme la reine du printemps et elle complète l’action de sa sœur Thallo.

Récapitulatif des caractéristiques de la déesse grecque Auxo

Auxo-déesse-grecque-croissance-printemps

  • Fonctions : heure de l’été, gardienne de la porte céleste du mont Olympe, déesse de la croissance, charite chez les Athéniens.
  • Parenté : Fille d’Ouranos (le ciel) et de Gaia (la terre). Sœur de Thallo (le printemps), Carpo (l’automne) et Hora (l’hiver).
  • Groupe : Les Heures célestes.
  • Mot associé : l’auxologie est l’étude de la croissance des êtres vivants.

Découvrir d’autres déesses de la mythologie grecque


Sources :

  • Dictionnaire Larousse en ligne
  • Dictionnaire portatif de mythologie pour l’intelligence des poètes d’André de Claustre, 1765.
  • Conférence de M. Steven H. Lonsdale dans Annuaires de l’École pratique des hautes écoles, 1992.
  • Guerre et religion en Grèce à l’époque classique : recherches sur les rites, les dieux, l’idéologie et la victoire, 1979.

Triteia : déesse grecque de la cité de Tritée et fille de Triton

Dans la mythologie grecque, Triteia demeure la fille du dieu-poisson Triton. En tant que nymphe marine, elle protège l’isthme de Corinthe, mais révèle des talents de guerrière. Pas étonnant qu’Athéna, déesse des combats stratégiques, et Arès, sanglant guerroyeur, interviennent dans son histoire. Ses amours avec ce dernier méneront à la construction d’une cité en son honneur.

Triteia-déesse-mythologie
Peinture de Diane Özdamar ©

Fille du dieu marin Triton

Triteia tient sa nature marine de son père Triton. Mi-homme, mi-poisson, il descend lui-même de Poséidon, le roi des mers, et d’Amphitrite, une néréide, c’est-à-dire une nymphe de la mer. Cet être amphibie élit domicile au fond d’un lac en Libye, une contrée africaine. C’est là qu’il rencontre la gardienne Tritonis et en tombe amoureux. De leur union naissent deux redoutables déesses guerrières : Pallas et Triteia.

La farouche Triteia appartient au groupe des Haliades, nymphes descendantes des premières divinités maritimes et qui veillent sur les plages et les côtes rocheuses. Elle préserve elle-même l’isthme de Corinthe, une bande de terre qui relie le Péloponnèse (une région grecque) à la Grèce continentale.

Son instinct de guerrière s’explique également par ses origines. Poséidon, son grand-père, exprime sa fureur par des tempêtes. Sous ses airs bienveillants, Triton aime déclencher des conflits. Quant à Tritonis, elle représente la nature sauvage.

En savoir plus sur Triton, dieu du mugissement de la mer

Prêtresse d’Athéna

La déesse de la guerre stratégique et de la sagesse, Athéna (Minerve dans les mythes romains), connaît une étrange naissance. Après avoir avalé sa femme Métis, son père Zeus, le roi des dieux, ressent de douloureux maux de tête. Sur les bords du lac Tritonis, il ordonne à son fils Héphaïstos, le forgeron, de lui fendre le crâne avec sa hache ! La divinité des batailles en sort aussitôt, armée de haut en bas.

Triton et son épouse prennent en charge l’éducation de la sublime combattante qui se lie, très vite, avec Pallas. Mais lors d’un entraînement, Athéna tue accidentellement sa sœur adoptive. Elle lui rend hommage en construisant une statue magique à son effigie, le Palladium.

Après le départ d’Athéna, Triteia se met à son service en tant que prêtresse. Dans la ville qui sera dédiée à la nymphe, un temple sera consacré à Athéna avec une représentation en marbre. Une parthénos, une vierge à l’image de la déesse, veille sur ce sanctuaire.

Protectrice de la cité de Tritée

Triteia entame une liaison sauvage avec le redoutable dieu de la guerre Arès (Mars, en latin). De leurs ébats naît Mélanippos, bâtisseur d’une cité en l’honneur de sa mère. Triteia veille ainsi sur la ville de Tritée, aussi appelée Tritia par Pausanias, située dans la région d’Achaïe, dans les contrées du Péloponnèse.

Avant l’entrée de cette commune se dresse un somptueux tombeau de marbre blanc, œuvre du peintre athénien, Nicias. Des peintures y représentent une femme assise sur une chaise d’ivoire. D’un côté, une suivante lève un parasol alors que de l’autre un jeune homme apparaît vêtu de pourpre. Près de lui, un esclave tient des chiens de chasse et des javelots. Sur ce territoire, on trouve « le temple des grands dieux » dont les statues se composent de terre.

Bientôt, les habitants honorent leur bienfaitrice comme une déesse. Au même titre qu’Arès, elle devient leur divinité favorite. Chaque année, des sacrifices célèbrent les deux amants divins.

Récapitulatif des caractéristiques de la déesse Triteia

  • Fonctions : déesse de la cité de Tritée, haliade de l’isthme de Corinthe, prêtresse d’Athéna.
  • Parenté : Fille de Triton et de Tritonis, sœur de Pallas.
  • Descendance : mère de Mélanippos, avec Arès.
  • Autres noms : Tritée, Tritia.

Sources :

  • Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772
  • Dictionnaire des Troyens de l’Iliade.
  • La fille d’Athènes de Pierre Brulé, 1987.

Crédit image :

  • Peinture de Diane Özdamar

https://dianeozdamar.myportfolio.com/

Les déesses de la mythologie grecque

Dans cet article, régulièrement mis à jour, retrouvez toutes les déesses de la mythologie grecque déjà apparues dans le Royaume Bleu. Des liens vous orientent vers les articles consacrés à chacune.

Auxo-déesse-grecque-printemps-croissance

 

Auxo

Déesse de l’été et de la croissance.

En savoir plus sur la déesse Auxo

 

 

Brizo-déesse-mythologie-grecque-déesses

 

Brizo

Déesse de la méridienne, des rêves prophétiques et des pêcheurs.

En savoir plus sur la déesse Brizo

 

Carpo-déesse-mythologie-grecque-déesses

 

Carpo

Déesse de l’automne et de la fructification.

En savoir plus sur la déesse Carpo

 

 

Chloris-déesse-mythologie-grecque-déesses

 

Chloris

Déesse des fleurs.

En savoir plus sur la déesse Chloris

 

 

Hécate-déesse-mythologie-grecque-déesses

Hécate

Déesse de la magie, des spectres, des démons infernaux, de la nouvelle lune, des carrefours, des expiations, de la santé et de la navigation.

En savoir plus sur la déesse Hécate

 

Némésis-déesse-mythologie-grecque-déesses

Némésis

Déesse de la justice distributive et de la vengeance divine.

En savoir plus sur la déesse Némésis

 

 

Triteia-déesse-mythologie

 

Triteia

Déesse de la cité de Tritée et protectrice de l’isthme de Corinthe

En savoir plus sur la déesse Triteia

 

 

Vous souhaitez en savoir plus sur une déesse qui ne figure pas dans cette liste ? Indiquez-le-nous !

N’oubliez pas de consulter le grimoire pour retrouver tous les personnages, lieux et objets apparus dans le Royaume Bleu.

 

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