Vertumne : dieu romain du cycle végétal et des jardins

À l’approche du printemps, le cœur du dieu romain Vertumne, qui règne sur les jardins et le cycle de la végétation, fleurit d’une passion pour Pomone, nymphe des vergers. Oui, mais voilà : la déesse se lasse des avances d’une multitude de prétendants champêtres infidèles. Pas découragé, son soupirant se déguise afin de l’approcher. Laissez-vous croquer cette histoire d’amour printanier et les origines d’un être protéiforme…

Vertumne et Pomone, un amour fruité
Tableau par Emily Balivet

Du pétale amoureux au fruit partagé

Dans la mythologie romaine, Vertumne se présente sous la forme d’une jeune divinité, couronnée d’herbes d’espèces variées. Il garde divers fruits dans sa main gauche et une corne d’abondance dans celle de droite. Mais le protecteur des jardins, dont le nom provient du latin vertere, « tourner », dispose de la faculté de modifier son apparence.

Pour séduire Pomone, plus heureuse en compagnie de ses arbres fruitiers que des dieux trompeurs, il se transforme en moissonneur chargé de gerbes de blé. La belle, coiffée de fleurs, enracine rapidement ses ardeurs. Il retente sa chance dans la peau d’un faucheur sali de foin, d’un bouvier muni de son aiguillon, d’un vigneron équipé de sa serpe, d’un cueilleur de pommes avec son échelle, d’un soldat à l’épée et d’un pêcheur, la ligne à la main. L’échec s’avère cuisant !

Vertumne déguisé séduit Pomone
Vertumne se pare de vieillesse pour séduire Pomone [Clément Belle, 1772]

Sous les traits d’une dame âgée, aux cheveux blanchis, il pénètre enfin dans le verger de sa bien-aimée. Sous des bavardages qui n’en finissent plus, il la flatte, vante les qualités de celui qu’il est en réalité. Pour la convaincre de s’ouvrir aux sentiments, il lui raconte des tragédies survenues à la suite d’un amour éconduit. Anaxarète qui repoussa le malheureux Iphis, d’une classe inférieure à la sienne, n’a-t-elle pas été changée en statue par Vénus ?

Devant tant de preuves, Pomone s’impatiente de rencontrer son prétendant verdoyant. Celui-ci lui dévoile sa forme originelle et elle en tombe amoureuse. Leurs noces fleuries se célèbrent sous les feuillages emplis de bourgeons. Malgré son caractère changeant, le transformiste reste fidèle à son épouse. Par métaphore, les multiples figures pour plaire à la déesse retranscrivent l’action de mener les fruits à maturité. Lorsqu’il avance en âge, le couple rajeunit, perpétuant l’ordre de la nature.

Protecteur des marchands

Le temple de Vertumne, à Rome, se dresse près du marché, car le dieu patronne les marchands. Chaque année, les maraîchers lui offrent les premiers boutons de fleurs au printemps et les premiers fruits de leur récolte en automne. Vertumne s’occupe en particulier de la vigne et n’hésite pas à revêtir l’apparence de Bacchus, divinité du vin. Quant à sa femme, elle cultive la pomme.

Comme on l’adorait sous mille formes, le poète Horace évoquait plusieurs Vertumnes. Ces nombreuses entités soulignent l’abondance et la variété des dons et des phénomènes de la nature au cours des saisons.

De saison en saison

Coeur de Vertumne en automneVertumne régit les saisons à travers le cycle annuel végétal. Ces déguisements symbolisent le changement du temps. Parfois, les mythes n’accordent que quatre métamorphoses au dieu lors de son idylle, chacune rattachée à une période : le laboureur printanier, le moissonneur estival, le vendangeur automnal et la vieille dame hivernale. Sa fidélité préfigure l’immuabilité des saisons.

En son honneur, on célèbre les Vertumnales au mois d’octobre, le moment de la récolte. Il présidait, de ce fait, à l’automne, mais également aux pensées humaines et au changement. À l’origine, chez les Étrusques, il régnait plutôt sur le printemps.

Racines étrusques

feuillesLes origines de cette déité latine se perdent dans les légendes étrusques. Ancien roi d’Étrurie, il soignait les jardins et obtenait de merveilleux fruits qui nourrissaient toute la population. Il accéda, à sa mort, au rang des immortels, pour ce mérite. On le priait sous la forme d’un tronc d’érable.

D’une nature à la fois masculine et féminine, il se confond avec Voltumna, la déesse-mère des Étrusques et maîtresse du printemps. Celle-ci change de sexe en entrant dans le panthéon romain et Vertumne ne s’avère qu’un de ses nombreux avatars. Il en va de même pour Pomone, ce qui explique pourquoi elle et son époux veillent tous les deux sur les fruits et les jardins.

Le peuple étrusque s’organise en dodécapole, association de douze cités, sous la tutelle de Voltumna à laquelle on consacre un temple, auprès duquel se rassemblent les représentants de ces villes. Il se situe près du lac Ciminius, dont un papillon porte le même nom. À ce sujet, on raconte que nos deux tourtereaux continuent de papillonner de nos jours…

Vertumne se dévoile à Pomone
Pomone et Vertumne par Paul Rubens.

Sources :
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert et Roland Harari, 2000.
  • Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772.
  • Encyclopédie Atlas de la Mythologie d’Eric Mathivet.
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829.
  • Dictionnaire de la mythologie de tous les peuples avec les rapprochements historiques de Luigi Capello di Sanfranco, 1833.
  • Dictionnaire abrégé de la fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837.
  • Vertumne et Mécène de R. Lucot, 1953.

Mercurius : l’esprit dans la bouteille

Mercurius, un esprit sournois, apparaît dans un conte des Frères Grimm, L’esprit dans la bouteille. Colosse trompeur, il puise son origine dans le dieu romain Mercure. Associé à l’alchimie, la médecine ou encore aux métaux, le puissant génie dévoile de vastes pouvoirs. Mais, pour l’instant, il se trouve emprisonné dans une bouteille

Mercurius, piégé dans une bouteille

Un colosse dans une bouteille

Esprit malfaisant, Mercurius sème le malheur partout où il passe. Il finit par se faire capturer et, en punition, se retrouve enfermé dans une bouteille. Les années s’écoulent jusqu’à ce qu’un étudiant ôte le bouchon.

Le jeune homme, fils d’un bûcheron, revient chez son père, car, par manque d’argent, il ne peut pas poursuivre son cursus universitaire. Muni d’une cognée empruntée au voisin, il aide son père à couper du bois. Puis, à l’heure de la pause, il s’aventure au cœur de la forêt où il tombe sur un vieux chêne immense.

Soudain, une voix retentit : « Fais-moi sortir ! ». Le garçon découvre entre les racines de l’arbre, cachée dans une cavité, une bouteille. À l’intérieur, une sorte de grenouille saute dans tous les sens. Il retire le bouchon pour délivrer la créature. Aussitôt libre, elle grandit jusqu’à atteindre la taille d’un effrayant colosse.

Mauvais génie

Mercurius, un esprit colossal et malfaisantLoin d’exaucer les vœux, le redoutable géant promet une terrible récompense à son libérateur : il va lui tordre le cou ! Le jeune homme se montre rusé et demande une preuve que c’est bien lui, être puissant, qui se trouvait dans le récipient de verre. Agacé, Mercurius rapetisse et retourne dans sa prison. L’étudiant bloque immédiatement l’ouverture.

Le génie le supplie de le délivrer en échange d’un vrai cadeau. Le fils du bûcheron prend le risque de le relâcher. Cette fois, Mercurius tient sa promesse et lui offre un petit carré de chiffon. Un de ses côtés guérit les plaies ; l’autre transforme l’acier et le fer en argent.

L’étudiant teste le morceau magique sur un tronc. Avec sa hache, il écorche l’arbre et constate que l’entaille disparaît, après application du tissu. Satisfait, il laisse l’esprit partir. En changeant le tranchant de sa cognée en argent, il finit ses études et, grâce à son chiffon, devint un fameux médecin.

Mercurius et Mercure

Le nom Mercurius est la racine latine de Mercure, une divinité romaine. Assimilé à Hermès, messager des dieux grecs, l’immortel lie les quatre éléments : l’eau, le feu, la terre et l’air. Il occupe une place importance dans l’alchimie, science occulte qui étudie la transmutation des métaux en or. Cela rappelle le chiffon du conte qui transforme le métal en argent. D’ailleurs, le mercure est lui-même un métal argenté, appelé autrefois le vif-argent. Il se trouve à l’état liquide, un élément qui renvoie à l’image métaphorique de Mercurius emprisonné dans son contenant.

Mercure, divinité de la mythologie romaine, avec son caducée
Le dieu Mercure et son caducée

D’autre part, Mercure offre aux hommes la connaissance, parmi laquelle figure la médecine. Un de ses attributs est le caducée, bâton entouré de deux serpents et emblème du corps médical qui choisira plutôt par la suite le bâton d’Asclépios, dieu de la médecine, comme symbole. L’étoffe magique du conte possède ainsi le pouvoir de soigner les blessures. Le jeune homme qui délivre l’esprit a besoin du don de Mercurius pour retourner à ses études, ce qui veut dire accéder au savoir.

À la fois protecteur des marchands et, à l’opposé, des voleurs, le dieu aux sandales ailées possède une double facette. Il apparaît parfois sous la forme d’un fourbe ou d’un dragon, pour protéger ses secrets. Rien d’étonnant à ce que Mercurius trompe son libérateur. Il symbolise aussi l’inconscient qui manifeste l’étendue de son champ d’action par sa grandeur. En Égypte, les Anciens évoquaient Hermès Trismégiste, une déité « trois fois plus grande ». Notons que le chêne demeure associé à Jupiter (Zeus chez les Grecs), le roi divin et le père de Mercure. L’esprit dans la bouteille se révèle un conte très mythologique !

Lire le conte


Sources :
  • Contes de l’enfance et du foyer, recueil des frères Grimm, 1812.
  • Dictionnaire des mythologies de Myriam Philibert, 1997.
  • Le Langage Secret des Étoiles et des Planètes : la clé des mystères de l’astronomie de Geoffrey Cornelius et Paul Devereux, 1996.

Janus : dieu romain aux deux visages et gardien des portes

Mystérieux, Janus demeure une des plus anciennes divinités romaines. Aucune autre mythologie ne mentionne une telle déité munie de deux visages. Gardien des clefs, il veille sur les portes qui prennent bien des significations et symbolise les commencements.

Janus-dieu

Gardien des portes

Autrefois, Janus régnait sur l’Italie. Il y accueillit Saturne, titan du Temps, exilé du ciel par son fils Jupiter. En remerciement, le banni lui fit don de la prudence et de la connaissance du passé et de l’avenir. Janus utilisa ses nouveaux pouvoirs pour protéger les foyers avec des portes, des serrures et des clefs. Le lituus, un bâton augural à l’extrémité recourbée, concentre ses capacités de voyance.

Le dieu surveille à la fois les entrées et les sorties d’où sa double face. Sa fonction se révèle plus complexe qu’il n’y paraît. Ainsi, son vieux visage barbu se tourne vers le passé, la terre et endure le solstice d’hiver. Ses traits juvéniles, au contraire, regarde le futur, le ciel et s’illumine du solstice d’été.

Dieu des commencements

Janus-dieu-clef
La clef et le lituus sont des attributs de Janus.

La clef est l’attribut principal de Janus. Avec les Heures romaines, nymphes des saisons, il garde les portes célestes. D’ailleurs, il est parfois affublé de quatre faces qui représentent les saisons. Le nombre 65 figure au creux de sa main gauche. Dans celle de droite, c’est le nombre 300 qui s’y trouve. Le tout correspond aux jours de l’année.

Très vite, Janus symbolise les commencements : le début du jour, de l’année… Il donne son nom au premier mois, januarius, qui deviendra janvier. Puis, les Januales, dédiées au dieu, se fêtent durant cette période. Amis et parents s’y offrent des étrennes sous la forme de feuilles de laurier ou de figues sèches. Janus reçoit, en offrande, un gâteau nommé janual. Son double visage suggère qu’il est également le dieu des fins.

Érigées aux entrées des villes, des arches à quatre faces lui servent de sanctuaires. Son temple principal se caractérise par l’ouverture de ses portes en temps de guerre et leur fermeture lors de la paix.

Janus et la nymphe Carna

Janus-Carna-portesJanus séduit plusieurs nymphes comme Carna. Rusée, celle-ci échappe à ses prétendants en les amenant dans une grotte d’où elle se sauve à la faveur de l’obscurité. Avec sa double vision, Janus comprend son stratagème et la rattrape. La nymphe, qui avait fait vœu de chasteté, cède à la divinité.

Pour la remercier, le dieu lui offre le pouvoir sur les gonds des portes. Loin de se contenter de ce rôle, Carna devient une puissante déesse. Elle prend soin des mortels en protégeant leurs organes vitaux et en leur procurant du bien-être. Elle vieille sur le sommeil des nouveau-nés en repoussant les attaques des Stryges, des démons femelles ailés.

Le petit +

Janus est qualifié de biphormis, c’est-à-dire d’une forme qui appartient à deux natures différentes ou avec deux visages. Les Centaures ou le Minotaure appartiennent aussi à cette catégorie.


Sources :
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Gilles Lambert & Roland Harari, 2000
  • Dictionnaire des Mythologies de Myriam Philibert, 1997
  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863
  • Dictionnaire abrégé de la Fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837