Le cheval d’ébène : construction merveilleuse entre cheval de Troie et Pégase

Le Cheval d’ébène, parfois intitulé Le Cheval enchanté, appartient aux contes des Mille et Une Nuits. Il fait référence à une invention fabuleuse qui permet de se rendre en tout lieu à la vitesse de l’éclair. Ornée de pierres précieuses, la monture prodigieuse n’en reste pas moins en bois et rappelle le cheval de Troie. Sa ressemblance avec Pégase tient de sa capacité à voler…

Le cheval d'ébène à l'origine d'aventures orientales

Or et ébène

Shéhérazade, prisonnière du sultan Shahryar, lui conte, lors d’une fameuse mille et une nuits, les aventures causées par un cheval mécanique aux capacités étonnantes. Cela se passe en Perse où l’on fête le premier jour de l’année, appelé le Nevroux, qui correspond aussi à l’arrivée du printemps. Ainsi, un shah du nom de Sabur, gouverne Schiraz, capitale persane à l’époque. Il reçoit, à l’occasion de la célébration, des inventeurs venus des quatre coins du monde.

Les créateurs paradent de magnificence devant le puissant souverain. En premier, un Indien lui présente un homme en or, serti de pierres précieuses. Muni d’une trompette, il paralyse tous les ennemis au royaume, qui finissent par trépasser, en soufflant dedans. Il s’avère donc un excellent gardien à placer aux portes de la ville. En deuxième position, un Grec lui dévoile un paon doré, posé au milieu d’une bassine d’argent et entouré de ses vingt poussins eux aussi en or massif. Capable de déterminer l’heure, l’oiseau donne un coup de bec à l’un de ses petits à chaque intervalle de la journée. De plus, à la fin de chaque mois, il ouvre son bec où brille un croissant de lune.

cheval sculpté dans l'ébèneEn troisième et dernier lieu, un sage Persan s’approche à son tour vers le trône. Il tire derrière lui un curieux cheval tellement bien sculpté qu’on en dirait presque un vrai ! Devant la perplexité du monarque qui se montre plus attiré par l’or, il assure qu’il n’a jamais rien vu d’aussi prodigieux que son équidé en bois. En effet, la reproduction animale peut voler avec rapidité et atterrir là où l’on souhaite.

Un pégase sans ailes

un pégase noir
Des pégases noirs existent aussi dans la culture populaire (peinture d’Anne Zamo).

Le propriétaire de l’équidé noir effectue une démonstration de haut vol, sous les regards stupéfaits de l’assemblée royale. Il se rend jusqu’à une montagne d’où il ramène une feuille de palmier comme preuve. Cet exploit rappelle celui de Pégase, cheval ailé de la mythologie grecque, qui lui demeure bien vivant et sert de montures à divers héros. Ici, une cheville, placée au niveau du cou de l’animal inanimé, se tourne afin d’activer le mécanisme, un peu comme une boîte à musique.

Le roi Sabur, qui avait jugé la création par son extérieur, admet sa valeur précieuse. Le Perse lui révèle qu’il n’est pas le constructeur de ce prodige, mais l’a échangé au vrai fabricant en ofrant la main de sa fille. Et il ne lui cédera son bien que contre le mariage avec la plus jeune princesse de Schiraz.

Destination l’amour

Prince Lune et princesse Soleil sur le cheval noirLe prince Kamar-al-Akmar (« Lune des lunes »), héritier du shah, s’indigne qu’on puisse offrir sa sœur contre un simple objet, aussi merveilleux soit-il. Mais son père désire vivement l’acquérir. Il propose alors à son fils d’essayer la marchandise afin de trancher. Avant même que le Persan lui explique comment revenir, le jeune homme fougueux disparaît dans les airs !

En effet, il existe une autre cheville qui permet de redescendre. Inquiet, le souverain avertit que si son enfant ne rentre pas d’ici trois mois, il décapitera le responsable. Ainsi, le Perse finit dans les geôles du palais. Heureusement, le disparu, qui a essayé de tourner la pièce du cou à l’envers, découvre une seconde cheville, plus petite, au niveau de l’oreille droite. Passé minuit, il débarque sur la terrasse d’un somptueux palais qui appartient à la princesse du Bengale, Shams-al-Nahar (« Soleil du jour »). Il reviendra avec elle en Perse, deux mois plus tard.

Un cheval de Troie en Inde

Le Persan enlève la princesse du SoleilLe roi, ému de revoir son fils, consent à son mariage. Il libère le Persan et lui ordonne de disparaître avec son maudit canasson. Pour se venger de l’affront, celui-ci enlève la promise et s’envole avec elle. Il l’emmène à Cachemire, une province d’Asie, où la belle convainc le sultan de cette contrée de la méchanceté de son ravisseur qui se fait finalement décapiter. Mais voilà que son sauveur veut désormais l’épouser ! La malheureuse feint alors la maladie. Tous les médecins du royaume défilent à son chevet, mais aucun ne trouve la raison de son mal.

Pendant ce temps, Kamar, déguisé sous l’habit de derviche, parvient jusqu’aux Indes. En entendant les rumeurs sur la pathologie incurable dont souffre une étrangère venue sur un coursier enchanté, il revêt l’apparence d’un médecin et retrouve sa bien-aimée. Il prévient le sultan, qui ignore le fonctionnement de l’équidé, que la princesse a contracté un mauvais sort sur la monture et que, pour une guérison complète, il doit désensorceler l’objet maléfique. On pense alors un passage de la guerre de Troie où les Grecs construisent un imposant cheval en bois, sous la ruse d’Ulysse, pour l’offrir aux Troyens, leurs ennemis. En réalité, les guerriers se cachent à l’intérieur et mettent la cité à feu et à sang.

Le lendemain, le sultan fait amener le bucéphale de jais sur la grande place et y installe Shams dessus. Le faux docteur accroche des casseroles autour et y déverse des parfums qui bientôt empêchent toute visibilité. Le garçon se jette alors sur la croupe et s’échappe avec sa future épouse. Tous deux reviennent pour de bon au royaume de Schiraz et cela le roi s’en assure en détruisant le mécanisme du cheval d’ébène.

Ainsi s’achève le récit de Shéhérazade alors que Shahryar regrette que la construction chevaline n’existe plus. Mais il n’aura pas besoin d’elle pour conquérir le cœur de la conteuse, mais ceci est une autre histoire…

Le trident : attribut divin de Poséidon

Célèbre sceptre de Poséidon, dieu grec de la mer, et de son équivalent romain Neptune, le trident se présente sous la forme d’une fourche à trois dents. Il sert aussi d’attribut à d’autres divinités, de simple outil aux pêcheurs, ou encore d’arme redoutable manipulée par les gladiateurs. Entre objet et merveille, il recèle bien des utilités.

Le trident du dieu Poséidon

Sceptre de Poséidon

Qui dit trident, dit Poséidon (Neptune en latin) ! Avec la foudre de Zeus et le casque d’invisibilité d’Hadès, seigneur des Enfers, la lance à trois pointes demeure à l’origine une arme forgée par les Cyclopes. On qualifie d’ailleurs le dieu marin de Tridentier ou Tridentiger, c’est-à-dire « armé d’un trident ». En remerciement de leur libération du Tartare, la prison souterraine, les trois géants munis d’un seul œil créent un armement à destination des dieux. Les immortels gagnent ainsi la guerre contre les Titans.

Le maître des flots transforme son cadeau en un bâton de commandement. À travers lui, il marque son triple pouvoir sur l’eau : la diriger, la soulever et la calmer. Les trois piques symbolisent aussi les domaines de la mer, des fleuves et des fontaines où le dieu exerce sa domination.

Poséidon séduit la danaïde Amymoné
Poséidon charme la danaïde Amymoné et lui offre une triple source d’eau (par Milos Duskic).

À chaque colère de Poséidon, le trident entrouvre la croûte terrestre. Alors qu’il souhaite devenir titulaire d’une nouvelle cité de l’Attique, le dieu entre en compétition avec Athéna, déesse de la sagesse. D’un coup de fourche, il fait jaillir le premier cheval, baptisé Scyphios, symbole de la guerre. Les habitants lui préfèrent l’olivier, représentation de la paix, offert par sa concurrente. La ville s’appelle désormais Athènes.

Le trident s’avère capable de véritables miracles, car il déterre des sources. Un jour, Poséidon, enragé, provoque une sécheresse. Le roi Danaos charge ses filles, les Danaïdes, d’aller puiser de l’eau. En chemin, Amymoné, l’une d’elles, est agressée par un satyre. Le dieu, amoureux de la princesse, lance aussitôt son arme sur la créature. Le sceptre se plante dans un rocher alors que la mortelle devient l’amante du sauveur. Puis, celui-ci l’invite à retirer le trident d’où jaillit une triple source qui prit le nom d’Amymoné.

Attribut des créatures marines

Le trident associé au dauphin
Dauphins et trident font souvent bon ménage (mosaïque romaine).

En relation avec l’élément aquatique, l’arme fabuleuse demeure l’attribut des esprits marins et du dauphin, expert de la navigation. Les Néréides, nymphes des vagues qui chevauchent d’ailleurs le cétacé, aiment jouer avec le bâton tridenté de leur père Nérée, gardien des richesses maritimes. L’une d’elles n’est autre qu’Amphitrite, l’épouse de Poséidon. Les descendants de ce dernier, les Tritons, issus de son fils Triton, brandissent eux aussi la fameuse lance. Dans une autre mesure, le trident personnifie les dents des monstres abyssaux, comparables aux vagues hérissées d’écume soulevées par les tempêtes.

Hermès (Mercure en latin), astucieux messager divin, dérobe un jour le trident, ce qui traduit son habileté dans la navigation. Il protège également le commerce maritime. Une seconde interprétation provient de l’association d’un élément à l’un des enfants de Zeus : l’eau pour Hermès, la terre pour Apollon, l’air pour Aphrodite et le feu pour Héphaïstos.

Instrument de pêche et de gladiateur

Dans le domaine de la pêche, le trident désigne un harpon à trois pointes, disposé au bout d’une perche, avec lequel on darde les poissons aperçus au fond des étangs. C’est l’un des plus anciens outils de marin. La fichure qualifie une sorte de trident utilisé pour le même emploi.

En ce qui concerne les combats de gladiateurs, les Romains équipent les lutteurs de diverses façons dans l’arène. Le guerrier classique s’arme d’une épée et d’une massue à bout plombé. Quant à celui qu’on nomme le rétiaire, il se munit d’un trident et d’un filet.

Le trident dans d’autres mythologies

La déesse Parvati et le trident
La déesse Parvati possède autant de bras que d’armes comme le trident !

Le trident s’apparente aussi à Sérapis, qui est un mélange de plusieurs divinités égyptiennes et grecques telles qu’Apis, dieu de la fertilité, Osiris ou encore Zeus. Il représente la vie et la mort, accompagné de nombreux attributs.

Dans la mythologie hindoue, Shiva, entité de la destruction, et son épouse Parvati, incarnation du principe féminin, possèdent comme emblème le trident, nommé le trishula. Il constitue la trinité, thème récurrent de cette religion. La déesse se dote de plusieurs armes comme l’épée, les deux lances ou le couteau : une vraie guerrière !

 

Le Tombeau des dieux, une histoire de trident à lire sur le Royaume Bleu

 


Sources :
  • Le Littré : dictionnaire de la langue française d’Émile Littré, 1863.
  • Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Arts et des Métiers de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, 1772.
  • Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, 1969.
  • Cours de mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829.
  • Dictionnaire abrégé de la fable pour l’intelligence des poètes de Pierre Chompré, 1837.
  • Dictionnaire mythologique universel d’E. Jacobi, 1863.

La flûte de Pan : instrument d’un amour perdu

La flûte de Pan, baptisée la syrinx, porte le nom d’une nymphe aimée de Pan, dieu grec des campagnes et des bergers. La perte tragique de cette dernière inspira cet instrument enchanteur à la divinité.

La flûte de Pan

Pan et Syrinx

Né avec des cornes sur la tête et des jambes velues terminées par des pattes de bouc, Pan effraie sa mère. Celle-ci l’abandonne dans une forêt. Son père Hermès, le messager des dieux, le ramène sur l’Olympe pour amuser les divinités. Déjà, les deux grands aspects de sa vie se dessinent : l’abandon et l’amusement.

Joyeux, il établit sa demeure dans les bois de la région d’Arcadie, en Grèce. Un jour, il rencontre la belle naïade Syrinx, fille du dieu-fleuve Ladon. Elle veille sur les roseaux, des plantes s’épanouissant au bord de l’eau. Subjugué, il s’approche d’elle, mais elle s’enfuit face à sa laideur.

Flûte enchantée

Amusé, le dieu continue de poursuivre la nymphe. Prise au piège, elle court jusqu’au fleuve gouverné par son père et supplie ses sœurs, les Ladonides, de l’aider à échapper au dieu.

Pan fabrique la syrinx grâce aux roseaux
Les roseaux servent de matériaux à la syrinx.

Aussitôt, son vœu se réalise : elle se métamorphose en roseau. Dépité, Pan pleure la belle. Soudain, un vent doux et chaud se met à souffler et produit des sons au travers la plante aquatique. Le dieu a alors l’idée de le couper en 7 tubes de tailles inégales. Il les assemble avec de la cire pour former une flûte. La syrinx est inventée.

En soufflant dans sa flûte à 7 tubes, Pan devient un merveilleux musicien. Il divertit les bergers et charme enfin les nymphes. D’un amour non partagé est né un instrument qui rassemble des êtres vivants envoûtés par la mélodie émise.

 


Sources :
  • Cours de Mythologie d’Alexandre Lefranc, 1829
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et latine de Roland Harari et de Gilles Lambert, 2000
  • Dictionnaire Classique de l’Antiquité Sacrée et Profane de Marie-Nicolas Bouillet, 1841
  • Dictionnaire de la Fable ou Mythologie de François Noël, 1803
Crédit Image :
Image issue de The story of Greece : told to boys and girls de Mary Macgregor.